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SOMME
THÈOLOGIQUE
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GouLOMMims. — Typ. A. MOUSSIN
SOMME
THÉOLOGIOUE
DE S. THOMAS D'AQUIN
IVADUITE EN FBAHÇAIS ET ANNOUËE
PAR F. LACHAT
RBMPBIIMAIIT LB TBXTB LATIN AVBC LBS MBILLB0R9 GOMMBIlTAIBBa
TROISIÈME ÉDITION
TOME QUATRIÈME
fb^iD^-r:^
PARIS LOUIS VIVES, LIBRAIRE-ÉDITEOR,
43, RUE DELAMBRE, i3.
187i
58323
'^'^H SOMME
THEOLOGIQUE
DE S. THOMAS D'AQDIN.
PREMIERE PARTIE
(SVITB).
TRAITÉ DE LA CRÉATION (suite)
QUESTION CVI.
CowBiAt urne er6at«.f« em nrat urne antre, et d*alMft Ae muuBimatiom
des amcee.
Nous avons maintenant à considérer l'action qu'une créature exerce sur une autre. Cette étude se divise en trois parties : la première a pour objet de voir comment les anges ^ qui sont des créatures entièrement spiri- tuelles, exercent leur action; puis nous verrons comment agissent les corps ; et enfin comment agissent les hommes , êtres composés d'esprit et de corps (1).
La première de ces parties se divise également en trois ; car nous avons
(1) n importe de bien remarquer, au commencement de Gha<iae théorie , la marcbe que le docteur angéUque le trace i lui-même , en abordant ton tujet. G*est le moyen de se recon*
PRIMA PARS
fconrummo},
TRAGTATUS DE GREATIONE (COmiOATIO).
QDJBSTIO CVI.
QwnMàû wna trwtwra aliam mmeai, el ffrimà de angeiorum iliuminalione^ i% quatuor
articuioi diviia.
Deînde conâdenodam est qnomodo una crea- tara moveat aiiam. Erit autem b»c eonaideratio tripartiUi. Ut prim6 consideremns qaomodo tngéli moYeant , qni sont creatorœ pure spiri-
toalea. Secundi, qaomodo corpon moveant. Terti6, qaomodo homines^ qui sunt ex spiritoali et corporali natura compositi. Circa primrnn tria consideranda occarrooi :
IV. i
2 PARITE î, QÏÏESnOlf CVl, AllTICLB 1.
à étudier, d'abord comment un ange agît sur \m autre ; ensuite comment il agit sur les êtres corporels ; puis enfin comment il igit sur les hommes, Stf ce premier point encore , il faut considérer «ucceaBivone&t PiUmni- nation des anges, lenr langage et leurs mutuels rapports; ce qui s'applique aux mauvais anges comme aux bons.
Touchant l'illumination des anges , quatre questions se présentent : !• Un ange meut-il l'intellect d'un autre ange en l'illuminant? 2» U i ange meut-il la volonté d'un autre? 3° Un ange inférieur peut-il illumi- ner un ange supérieur? 4*» Un ange supérieur illumine-t-il l'ange inférieur dans tout ce qu 'il connoît lui-même ?
ARTICLE L
Un ange en illumine-t'il un autre?
Il paroît qu'un ange n'en illumine pas un autre. !• Les anges possèdent maintenant la même béatitude que nous espérons posséder un jour, liais dans le ciel un homme n'en illuminera pas un autre, selcm cette parole , Jerem., XXXI , 34 : « Un homme n'enseignera plus son prochain ni son frère. » Donc également im ange n'en illumine pas un autre.
2° Il y a dans les anges trois sortes de lumière : celle de la nature,
nottre aisérncnt dans le développement de ees vastes études , et d'en retirer le plus grnnd fruit. Une rhose qu! nMmporte pas moins , c*est de bien saisir le rapport qui lie entre elles les théories succesarres, «t, par conséquent, révolation progressive de Tidée génératrice et r admirable unité de tout Touvrage. Après avoir considéré Faction de Bien sur rensemble dos choses y et sur chaque ordre d*ôtres en particulier^ saint Thomas va donc étudier, en suivant un ordre analogue , Taction que les créatures exercent les unes sur les autres. Ce quMl dit, en premier lieu , des relations qai existent entre les anges , de leurs fonctions et de leur acti- vité , ne sauroit être entièrement compris , si Ton n*a présent à Tesprit ce qu'il a dit de leur existence et de leur nature. Nous renvoyons donc W^ecteur au texte même de saint Thomas , et , dans tous les cas où cela seroit jugé nécessaire , aux notes dont nous avons accompagné ce texte. Toutes les difficultés qui résultent de Texpression , souvent aéme celles qui sont inhérentes à la doctrine , se trouvent éclaircics d'avance, n seroit au moins superflu de re-> noDvcler ces explications, ou même de les développer. Nous supposons que le lecteur est désormais assez familiarisé avec la langue et la pensée de notre auteur , pour qu'il aime A résoudre par lui-même la plupart des difficultés qui pounoient rester encore.
Prim6 qnomodo angélus agat in angelum. Se- cundo, quomodo in creaturam corporalem. Ter- tio, quomodo in homiaes. Circa primum cod- âderare oportet de illotninatione et locutioue angeloram , et ordinatione eonim ad iavicein , tam bonorum quàm maloram.
Circa iUuminationem qusruntar quatuor : i^ Utrùm unus angélus moveat intellcctum al- terius, iiluminando. 2** Utrùm uuus moveat vo- hmtatém alterius. 3» Utrùm inferior angélus posait illuoiinare superiorem. A° Ulrùm superior angélus illuûinet inferiorem de oiixdB)us qo» cogooficit.
ARTICULUS I. ZJlrum unus angélus illuminet alium.
Ad primum sic proceditur (1). Viletur quod unus angeins non illuminet aÙum. Angeli enim eamdem beatitudinem pofisident nunc^ quam nos in futuro expectamus. Sed tune unus homo non iUuminabit alium, secundum illud Jerem., XXXI : « Non docebit ultra vir proximum suum, et vir fratrem suum. » Ergo etiam nunc unus angélus non illuminât alium.
2. Praeterea , triplex est lumen in angelis ; oalane, et gratis, et glorie. Sed angetus illu-
(i) De his cliam in n, SenL^ dist. 9, art. 8, et dist. 11 , qu. 8, art. Si et qu. 9, de veriu, an. 1 ; et in I. ad Cor.^ Xin, col. S.
itt L'nxuHnrATioir des anges. 3
celle de la gftce et celle de la gloire. Or, Tange reçoit de son créateur la lumière de la nature, il reçoit de celui qui le justifie la lumière de la grâce, et celle de la gloire lui vient de Tobjet de sa béatitude , c'est-à-dire, tou- jours de Dieu. I>onc un ange n'en illumine pas un autre.
3» La lumière est une certaine forme de l'ame. Or , l'ame raisonnable est formée par Dieu seul et sans Hutermédiaire d'aucune créature, comme nous l'avons démontré ailleurs , conformément à la doctrine de saint Au- gustin. Donc un ange n'illumine pas l'inteUect d'un autre ange.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire; car, selon saint Denis, De cœh Hier. y VÏII, a les anges de la seconde hiérarchie sont épurés, illuminés et perfectionnés par ceux de la première hiérarchie, o
(CowcLTJsioN. — Un ange illumine un autre ange en lui transmettant la vérité qu'il connoît , soit qu'il fortifie son intellect même , soit qu'A n'agisse que sur la ressemblance de la chose connue.)
Un ange illumine im autre ange. Pour rendre cette proposition évidente, il faut considérer que la lumière, en tant qu'elle réside dans un intellect, n'est autre chose que la manifestation de la vérité , selon cette parole de saint Paul, Ephes., V, 13 : o Tout ce qui est manifeste est lumière. » illuminer donc, ce n'est pas autre chose que manifester à un autre la vérité qu'on a connue; c^est ainsi que l'Apôtre dit encore, Ephes.y DI, 8 : « Il m'a été donné, à moi le plus petit des saints, la grâce d'illuminer tous les hommes touchant l'économie de ce mystère qui étoit caché en Dieu depuis l'origine des siècles. » Ainsi donc , quand on dit qu'un ange en illumine un autre , c'est dire qu'il lui manifeste la vérité d'abord connue par lui. Voilà pourquoi TAréopagite dit encore, Oper. cit., VII : 0 Les théologiens enseignent ouvertement que les différents ordres des esprits célestes reçoivent des esprits les plus élevés la connois- sance des choses divines. » Or, comme deux choses concourent à l'acte de l'inteUect, à savoir la vertu intellective et la ressemblance de la chosp
ainatiir lamine natnreft créante, Inmine gratis I justiâraote, lumine gbriae à beatiflcante : quoU toîomDei est. Ergo unas non illominat alium.
3. Praeterea, Inmen est forma qusdam men- fiB. Sed mens rationalis à solo Deo formatur DoUa interposita creatora , ot Augastinus dicit felib. LXXXin. Quœst, (qn. 51). Ergounns angehis non illuminai mentem alterins.
Sed oontra est , quod dicit Dionysius VIII , cap. Cœlesi. hier,, quod a angeli secunds hie- nichjs porganlnr et illuminaLtur et perfidun- tir per angelos prims faierarchiae. »
(CoRCLUsio. — (Jnu8 angelns aUoffl illnminat m qnantom ei veritatem quam cognoscii, mani- festam facit ; vel confortando ipsius inteliectom, ^ ei parte similitodinis rei inteUecte. )
Respondeo dicendam, qnèd mini angelos il- hminat alinm. Ad ciqns etidentiam oonsideran-
dum est qnôd lamen secnndnm quôd ad intelleo- tom pertinet, nihil est aliod quàm qusdam ma- nifestatio veritatts, secundùm illud Ad Ephes», V : a Omne qaod manifestatur, lumen est : » llnde illuminare nibii aliud est quàm manifesta- tionem agnits veritalis alii tradere ; secnndnm quem modnm Apostolus dicit ad Ephes., IH : (( Mihi omnium sanctorum minimo data est gra- tia hxc , illaminare omnes, quse ait dispensatio sacramenti absconditi à sxculis in Deo. » Sic igitur unns angelns dicitur illuminare al'ram, in quantum ei mani restai veritatem quam ipse cognoscii. Unde Dionysius dicit VII, cap. Cad. hier,, quôd « Theologi pianè monstrant cœles- tîum Bubstantiarum ordines à supremis menti» bus doceri deificas scientias. » Cùm aoiem ad iiiteUectnm duo concnrrant, in ejus operatione, Qt suprk diximus, scilicet virtut inieliecii^'
4 PARTIE I^ QUESTION GYI^ ARTICLE i,
connue , un ange peut faire connoltre la vérité à un autre sous ce double rapport : premièrement, en fortifiant sa vertu intellective ; car, de même qu'un corps moins parfait se perfectionne par le rapprochement ou le contact avec un corps plus parfait, comme un corps moins chaud acquiert certains degrés de chaleur par la présence d'un corps plus chaud : de même la vertu intellective d'un ange inférieur se trouve fortifiée parce qu'un ange supérieur se met en rapport avec lui. Ces rapports spirituels produisent, en eSlet, entre les pures intelligences ce que le rapport local produit matériellement dans les corps. Un ange peut encore manifester la vérité à un autre ange , en agissant sur la ressemblance de la chose con- nue. L'ange supérieur, en efiét, perçoit la connoissance de la vérité par un genre de perception universelle, à laquelle ne pourroit pas s'élever l'intellect d'un ange inférieur, cet ange devant, par sa nature, n'avoir de la vérité qu'une perception plus particulière. Mais l'ange supérieur spécifie en quelque sorte la vérité qu'il a d'abord perçue d'une manière universelle, en sorte qu'elle puisse être comprise par l'ange inférieur; et c'est ainsi qu'il la propose à sa connoissance. Ainsi parmi les hommes, les maîtres , qui possèdent la synthèse d'une doctrine , établissent une foule de distinctions, pour rendre cette doctrine accessible à la capacité des autres. C'est encore ce qui fait dire à l'Aréopagite, Oper. cit., XV : «Chaque substance intellectuelle divise et multiplie avec une prévoyante sagesse la science qu'elle a reçue de Dieu sous une forme unique, afin d'élever jusqu'à cette science les esprits d'un ordre inférieur, o
Je réponds aux arguments : l"" Tous les anges , à quelque ordre qu'ils appartiennent, voient immédiatement l'essence de Dieu ; et, sous ce rap- port, l'un ne sauroit instruire l'autre. C'est de ce genre d'instruction que parle le Prophète, quand il dit : a Le frère n'instruira pas son frère, » en lui disant, par exemple : .Apprends à connoitre le Seigneur, a Tous me connoitront, depuis le plus petit d'entre eux jusqu'au plus gtand. » Mais
«imilitudo rei intellects , secuodam hsc duo uno8 angelùs alteri Teritatem notam notiûcare potest. Primo quidem, fortificando virtutem inteUectivam ejus. Sicut enim virtus imperfec- tions corporis coQfortatur ex âtuali propinqui- tate perfections corporis, ut minus calidum crescit in calore ex prssentia magis calidi : ita TÎrtus intellectiva inferioris angeli conforlatur «X con^ersione superioris angeli ad ipsum. Hoc eoim facit in splritualibus ordo conversionis, qood facit in corporalibus ordo localis propin- quitatis. Secundo autem unus angélus alteri manifestât veritatem ex parte similitudiois rei intellects. Superior enim angélus notitiam ve- ritatis accipit in universali quadam conceptione, ad quam capiendam inferioris angeli intellectus non esset sufOciens ; sed est ei connaturale ut magis particulariter veritatem accipiat. Supe-
rior ver& angélus veritatem , quam universa- llter accipit, quodammodo distinguit, ut ab in- feriori capi possit; et sic eam cognoscendam illi proponit Sicut etiam apud nos , doc! ores, quôd in summa capiuut, multipUciter distin- guant, providentes capacitati aliorum. Et hoc est quod Dionysius dicit XV, cap. Cœl, hier, : a Unaqusque substantia intellectualis datam sibi à diviniore uniformem intelligenliam provida virtute dividit et multiplicat ad inferioris sursum ductricem analogiam» (sive proportionem etc.). Ad primum ergo diceodum, qu6d omnes an- geli, tam snperiores quam inferiores, immedialà vident Dei essentiam ; et quantum ad hoc unus non docet alium. De bac enim doctrina Propheta loquitur. Unde dicit : « Non docebit vir fralrenr suum, dicens,» Cognosce Dominum : « Omne enim cognoscent me à minimo eorum usque a«
D2 Ll[LLTJlCINATION PES AN0B8. 5
les raisons primordiales des œuvres divines^ qui résident en Dieu comm6 dans leur cause^ ne sont toutes parfaitement comprises que par Dieu mème> qui les voit dans sa propre essence ; et parmi les êtres qui voient Dieu^ la connoissance qu^ils ont de ces raisons primordiales est proportionnée an degré de leur vision. Un ange supérieur découvre par conséquent en Dieu un plus grand nombre de ces types des êtres, que n'en connoit un esprit inférieur ; et c'est ainsi que l'un illumine l'autre. C'est également ce qui fait dire à saint Denis , De div. Nom. , IV : a Les anges sont illuminés quant aux raisons des êtres. »
Q^ Un ange n'en illumine pas un autre en lui transmettant la lumière na* turelle, celle de la grâce ou celle de la gloire ; il ne l'illumine qu'en forti- fiant en lui la lumière naturelle et en lui manifestant la vérité des choses qui appartiennent au triple état de nature, de grâce et de gloire, comme nous l'avons déjà dit.
S^" L'ame raisonnable est toujours immédiatement informée par Dieu , soit comme une image par son modèle, puisque c'est uniquement à l'image de Dieu que l'ame a été faite ; soit comme un sujet par sa dernière forme complétive , car un esprit créé est toujours regardé comme informe , s'il n'est uni à la suprême vérité. Les autres illuminations , qui viennent à l'ame par l'homme ou par l'ange , sont comme un acheminement vers la dernière forme.
ARTICLE IL
Un ange peut-il mouvoir la volonté d^un autre ange?
11 paroit qu'un ange peut mouvoir la volonté d'un autre ange. V Comme nous l'avons déjà dit d'après saint Denis , de même qu'un ange en illu- mine un autre, de même il l'épure et le perfectionne. Mais épurer et per- fectionner implique une action sur la volonté; car on épure quelqu'un de
maxîmam. » Sed rationes divinoram operum^ quae in Deo cognoscuntur sicut in causa, omues qoidem Deus in seipso cognoscit, quia seipsum cooiprehendit ; alionun yerô Deom videntium tanto unusquisque in Deo plores rationes cog- noscit , quanto eom perfectias videt. Unde sa- perior angélus plura in Deo de rationibus divi- norum operum cognoscit quam inferior, et de his eum illuminât. Et hoc est quod dicit Diony- sius IV, cap. De div. Nom,, quod « Angeli existenlium illuminantur rationibus. »
Ad secundum dicendum, qu5d unus angélus non illuminât alium, tradendo ei lumen nature, Tel gratis , vel gloiis ; sed confortando lumen naturate ipsins , et manifestando ei veriiatem de his qus pertinent ad statum naturs^ et gra- tim, et gloris, ut dictum est.
Ad tertium dicendum , qu&d rationalis mens
(1) DebUetiam i, %, qu.9,tfl.i; et Conlra (;enl.«Ub.m, cap.88et89«
formatur immédiate à Deo ; vel sicut imago ab exemplari , quia non est facta ad alterius ima- ginera , quàm Dei ; vel sicut subjectum ab ul- tima forma completiva, quia semper mens creata reputatur informis, nisi ipsi prims veri- tatiinhsreat. Alise vero illuminationes qus sunt ab homine vel angelo, sunt quasi dispositioues ad ulUmam formam.
ARTICULUS U.
An unus angélus possii movere volunt<item
alterius.
Ad secundum sic proceditur (1). Videtur qu5d unus angélus possit movere voluntatem alterius. Quia secundum illud, sicut unus angélus illumi- nât alium , ita purgat et perficit , ut patet ex auctoritate supra inducta. Sed purgatio et pe> feclio vldentur pertinere ad voluntatem ; aan
6 PARTIS I, QUESTION (m, ABTIGLB 2«
ses fautes^ lesquelles appartiennent à la volonté ; et un être ne se perfec- tionne qu'en obtenant sa fin , laquelle est l'objet de la volonté. Donc un ange peut mouvoir la volonté d'un autre ange.
2<' Selon TAréopagite^ De cœL Hier., Vll^ « les noms des anges désignent leurs propriétés ; » séraphin , par exemple , signifie répandant Tardeur ou le feu, c'est-à-dire l'amour. Or, l'amour appartient à la volonté. Donc un ange meut la volonté d'un autre ange.
3» Le Philosophe dit. De anima, lïï : a L'appétit supérieur meut l'ap- pétit inférieur. » Or, comme l'intellect d'un ange supérieur est supérieur aussi, il doit en être de même de son appétit. 11 suit de là, par conséquent, qu'un ange supérieur peut mouvoir la volonté d'un autre.
Mais, au contraire, mouvoir la volonté n'appartient qu'à celui qui a le pouvoir de justifier; car a la justice, c'est la rectitude de la volonté. » Or, Dieu seul justifie. Donc un ange ne peut pas mouvoir ou changer la volonté d'un autre ange.
(Conclusion. — Comme l'ange n'est pas le bien universel, ne manifeste pas même ce bien ; comme il n'est pas, en outre , l'auteur de la nature intellectuelle, un ange ne peut pas mouvoir la volonté d'un autre.)
Comme nous l'avons dit dans la question précédente , la volonté peut être changée de deux manières : par rapport à l'objet, et par rapport à la puissance elle-même. Sous le rapport de l'objet, la volonté est mue, et par le bien même qui est l'objet de la volonté, comme l'appétit est mû par l'appétible, etpar celui qui lui montre cet objet, en lui faisant voir, par exemple, que telle chose est un bien. Mais, comme nous l'avons également dit, les biens particuliers ne peuvent exercer sur la volonté qu'une action restreinte ; rien ne meut efficacement la volonté, si ce n'est le bien universel qui est Dieu même. Et c'est lui seul qui montre l'essence même de ce bien aux heureux habitants de la patrie ; car lorsque Moïse lui dit :
pnrgatio videtur esse à sordibas culps qns pertinet ad volantatem ; perfectio autem vide- tar esse per consecutionem finis qui est objec- tom Toluntatis. Ergo udos angélus potest mo- Tere volantatem alterios.
2. Pneterea , sicut Dionysios dicit VU , cap. C<bL hier,, nomina angelorum désignant eoram proprietates : Seraphim enim incendentes di- cnntur, aut calefacientes, quod est per amo- rem , qui ad voluntatem pertinet. Unus ergo tngelus movet volantatem alterins.
8. Prsterea, Philosophas dicit in UI. De anima, quod o appetitas superior movet appe- titam inferiorem. » Sed sicut intellectus augeli superioris superior est, ita etiam appetituK. Ergo lidetur quod superior angélus poèsit immutare -foluntatem alterius.
Sed contra est ; ejus est immutare voluntatem, «ntixg est justiâcare , ciiin joititia sit rectiludo
voluntatis. Sed solus Deus est qui justifîcat. Ergo unus angélus non potest mutare vo! nta- tem alterius.
( CoKCLUsio. — Gilm angélus nec sit honum nniversale, neque illud ostendat, nec sit auctor intellectualis naturs, alterius voluntatem mo- vere non potest. )
Respondeo dicendum, qu6d sicut suprà dlctum est ( qu. praec. art. 4 ) , voluntas immutatur dupliciter. Uno modo ex parte quidcm objecti; alio modo ei parte ipsius potentis. Ex parte quidem objecti , movet voluntatcoi , et ipsum bonum quod est voluntatis objectum , sicut ap- petibile movet appetitnm ; et ille qui demonstrat objectuin, puta qui demonstrat aliquid esse bo- num. Sed sicut supra diclum est , alla quidem bona aliqualiter inclinant voluntatem ; sed nihil sufQcienter movet voluntatem nisi bonum uni- veraalo, quod est Deos. fit hoc bonum flolu»
c Montrez^moi votre gloire ^ » il r^nd : « Je te montrerai tout bien , » Exod.y XXXIII, 48 et i9. Ainsi donc Tauge ne meut la volonté d'an antie^ ni comme objets ni comme montrant cet objet; il rincline seule- ment comme un être aimable en lui-même et qui lui découvre certain bien créé en rapport avec la bonté de Dieu : il peut^ de la sorte ^ incliner cette volonté à Tamour de la créature ou de Dieu^ par une sorte de persua- aion. Sous le rapport de la puissance même^ la volonté ne peut en aucune façon être mue par un autre que par Dieu. L'opération de la volonté es^ en effet, une inclination de celui qui veut vers l'objet voulu. Or, cette in- clination ne peut être cbangée que par celui de qui vient, dans la créature, la puissance même de la volonté : c'est ainsi que l'inclination naturelle peut seulement être changée par celui qui donne la puissance dont Tincli- nation naturelle est le résultat. Or, Dieu seul donne à la créature la puis- sance de vouloir, puisque lui seul est l'auteur de la nature intellectuelle. Donc un ange nepeut pas mouvoir la volonté d'un autre ange.
Je réponds aux arguments : 1** C'est d'après le mode d'illumination qu'il faut entendre le mode d'épuration et de perfectionnement. Et comme Dieu seul illumine en changeant l'intellect et la volonté, lui seul épure en corrigeant les défauts de ces deux puissances , lui seul perfec- tionne en leur faisant atteindre leur fin. Mais l'illumination produite par l'ange n'a rapport qu'à l'intellect, comme nous l'avons dit ; aussi l'épura- tion produite par l'ange ne doit - elle s'appliquer qu'au défaut de l'intel- lect, c'est-à-dire au défaut de science ; et, de même, la perfection dont il s'agit ne doit être entendue que de l'intellect ^ et consiste dans la vérité connue. C'est ce que l'Aréopagite dit lui-même. De eccL Hier., VI : ff Dans les célestes hiérarchies , l'épuration n'a lieu dans les essences qui en sont l'objet que parce qu'elles sont illuminées sur ce qui étoit aupa- ravant inconnu pour elles , et par là même amenées à une science plus
ipse ostendit, nt per essentiam videatur a bea- tis, qai dicenti Moysi : « Ostende mihi gloriam taam , » respondit : ce Ego ostendam tibi omne lioniim, » ut babetar Exod., XXXni. Angelas ergo non sofficienter movet Toluntatem, neque vt objectum , neque ut ostendens objectum ; fed inclinât eam nt amabile quoddam , et nt manifestans aliqiia bona creata ordinata in Dei bonitatem : et per boc inclinare potest ad amo- rem creatars vel Dei, per modum suadenUs. Ex parte ^ero ipsius potentis volontas nullo modo potest moveri nisi k Deo. Operatio enim volun- tatis est incUnatio qnsdam volentis in volitom. Banc autem ioclinationem soins ille immutare potest, qui virtutem volendi créature contulit : licut et naturalem inclinationem solum illud agens potest mutare quod potest dare virtutem qnam consequitur inctinatio naturalis. Solus «ntem Deus est qui poientiam irolandi tiibuii
creaturs ; quia ipse solus est auctor intellec- tualis natnrae. Unde angelas voluntaiem alterûis roovere non potest.
Ad primum ergo dicendum , qu5d secimdùm moJum ilIuminatioDls est accipienda et pargatio et perfectio. Et quia Deus illuminât immulando intellectum et voluntatem, purgat à defectibus iotellectûs et voluntatis , et perficil in finem intellectûs et \oluntatis. Angeli autem illumi- minatio refertur ad intellectum, ut dictum est; ideo etiam purgatio angeli intelli^âtur à defecta intellectûs , qui est nescientia ; pciTectio autem est consummatio in iinem intellectûs, qui est veritas cognila. Et hoc est quod dicit Diouysius, VI. cap. Eccles» hierarch, , quôd « in cœlesti hierarchia purgatio est in subjectis essentiis tanquam ignotorum illuminatio in perfectiorem scientiam inducens. » Sicut si dicamus visom oorporalem piugari in quantum removeatnr tt-
8 PARTIE I^ OI7E8TION GYI^ ABTIGLE 3.
parfaite. x> C'est comme si nous disions que la vue corporelle est épurée par réloignement des ténèbres, illuminée par la clarté dont elle est inondée^ perfectionnée enfin parce qu'elle est ainsi amenée à la perception des couleurs.
2® Un ange peut en exciter un autre à Tamour de Dieu , par voie de persuasion, comme nous Tavons dit dans le corps de l'article.
3« Le Philosophe parle de l'appétit inférieur sensitif , lequel peut , en effet, être mû par l'appétit supérieur intellectif, celui-ci appartenant à la nature de Tame, celui-là résidant dans les sens, mais l'un et l'autre affectant le même sujet; c'est ce qui n'a pas lieu dans les anges.
ARTICLE in. Un ange inférieur peut-il illuminer un ange supérieur?
n paroit qu'un ange inférieur peut illuminer un ange supérieur. 1<» La hiérarchie ecclésiastique dérive delà hiérarchie céleste, et la réprésente; et c'est pour cela que la céleste Jérusalem est appelée <c notre mère. » Or, dans l'Eglise, les supérieurs peuvent quelquefois être illuminés et enseignés par les inférieurs , selon cette parole de saint Paul , I Cor., XIV, 31 : a Vous pouvez tous prophétiser en particulier, afin que tous soient instruits et que tous soient encouragés. » Donc également, dans la hiérarchie céleste, les esprits supérieurs peuvent être illuminés par les esprits inférieurs.
2<* Comme l'ordre des substances corporelles dépend de la volonté de Dieu , l'ordre des substances spirituelles en dépend aussi. Mais , comme nous l'avons dit. Dieu accomplit certaines choses en dehors de l'ordre na- turel des substances corporelles. Donc il opère aussi parfois dans les sub- stances spirituelles, en dehors de leur ordre , c'est-à-dire en illuminant les esprits inférieurs sans l'intermédiaire des esprits supérieurs ; et, de la
nebrs, illaminari verô in quantum perfimditur lamine, perQci vero secundùm quôd perducilur ad cognitionem colorati.
Ad secundum dicendum, quôd unus angélus potest inducere alium ad amorem Dei per mo- dum persuadeotis , ut suprà dictum est (in Corp.).
Ad tertium dicendum, quôd Philosophus lo- quitur de appelilu inferiori sensitivo , qui potest moveri à superiori intelleclivo , qui pertinet ad eamdem uaturam animx; et quia inferior appe- titus est virtus in organo corporali. Quod ia an- gelis locom non habet.
ARTICULUS m.
Vtritm angeluM inferior tuperiorem illuminare
posiiL
Ad tertium sic proceditur (1). Videtor quôd
angélus inferior superiorem illuminare possit. Ecclesiastica enim bierarchia derivata est à c<b- lesti, et eam repneseutat : uude et superna Hierusalem dicitur o mater nostra, » Gai,, IV. Sed in Ecclesia etiam superiores illumina ntur ab inferioribus et docentur, secundum illud Apostoli, I. Cor,, XIV : « Potestis omnes per singulos propbetare, ut omnes discaut, et om- nes exhortentur. » Ergo et in cœlesti bicrarcbia superiores ab iuferioribus pos^unt illuminari.
%. Praeterea, sicut ordo corporalium substan- tiarum dependet ex Dei voluntatc , ita et ordo substantiarum spiritualium. Sed , sicut dictum est (qa. 105, art. 6 et 7), Deus quandoque prster ordinem substantiarum corporalium ope- ratur. Ergo etiam quandoque operatur prstet ordinem spiritualium substantiarum, Uluminando inferiores non per medios superiores. Sic erg*
(1) De hi» eUam in II, SmiI.« difl. 9^ art. 2; «t qa. 9, de verit., arU 3.
m L'iLLUHmiTION DBS INOBS. 9
sorte^ ceux-ci peuvent être illuminés par les autres qui ont reçu de Dieu une lumière immédiate.
9* Un ange en illumine un antre quand il se met en rapport avec lui, cooune nous Tavons dit plus haut. Mais de tels rapports étant volontaires, un ange de Tordre le plus élevé peut se mettre en rapport avec un ange do dernier ordre , en franchissant toutes les existences intermédiaires. Donc il peut Tilluminer immédiatement ; et celui-ci peut dès lors illumi- ner des esprits qui lui sont supérieurs.
Mais le contraire est renfermé dans ces paroles de saint Denis : a 11 est une loi divine , fixe et immuable , c'est que les choses inférieures soient ramenées à Dieu par le moyen des choses supérieures. x>
(Co.NCLusioN. — Un ordre étant renfermé dans un autre ordre , comme une cause est renfermée dans une autre cause^ un ange inférieur ne peut pas illuminer un ange supérieur^ du moins par sa puissance ordinaire et naturelle.)
Les anges inférieurs n'illuminent jamais les anges supérieurs ; c'est le contraire qui a toujours lieu. Et cela parce que, conune nous Tâvons dit plus haut, un ordre est renfermé dans un autre ordre, comme une cause est renfermée dans une autre cause. Ainsi, comme une cause est ordonnée par rapport à une autre, un ordre Test aussi par rapport à un autre ordre. Si donc une chose s'accomplit en dehors de l'ordre d'une cause inférieure, elle peut et doit rentrer dans l'ordre d'une cause supérieure: comme dans les choses humaines, par exemple , on passe sur le commandement d'im chef pour obéir à celui du prince. Voilà pourquoi il arrive que Dieu ac4X)mplit certaines choses en dehors de l'ordre naturel et d'une manière miraculeuse, afin de placer les hommes dans l'ordre de sa propre connois-
inferiores lUaminati à Deo possaat snperiores Slominare.
3. Prxterea, unas angélus alium illuminât ad quem se convertit^ ut suprà dictum est (arL 1 ). Sed cùm îsta conversio sil voluntariaj potest supremus angélus ad inûmum se conver- tere mediis pnBtermissis. Ergo potest illum im- médiate iUutninare; et ita potest illuminare soperiores.
Sed contra est, quod Dionysius dicit (1), c banc legem esse diviultatis immobiliter fir- matam , ut iuTeriora redacantur in Deum per superiora. »
( CoxGLUsio. — Cùm ordo contineatar sub ordinc sicut causa conlinetur sub causa, non
potest angélus inferior superiorcm illuminare, potentia scilicet naturali et orJinariii. )
Respondeo dicendum , qu6d inferiores angcli nunquam illuminant superiores, sed semper ab eis illuminantur. Cujus ratio est, quia sicut saprà dictum est (qu. 105, art. 6], ordo con- tinetur sub ordine , sicut causa conlinetur sub causa. Undc sicut ordinatur causa ad causam, ita ordo ad ordiuem. Et idco non est incon- veniens^ si aliquando aliquid fîatprxter ordinetn inferioris causas , ad ordinandum iu superiorem causam : sicut in rébus humanis prxtermittitur mantlatum prxsidis, ut obediatur priucipi. Et ila continglt ut prxler ordinem naturaî corpo- ralis aliquid Deus miraculosè operetur^ ad ordi-
(i) Goiligitur ex lib. De Eeeltt. hierareh., cap. 5, ubi panlè aliis Terbis : Lex e$t prineU paiuM divini saerotancta ( Oso{aô; Tii; OiApxÎA; Travtcpo; ) , ué ad illiut diviniuimam lueem seeunda reducanlvtr per prima ^ etc. Uaoc porrô legem diviniUUiê immoHliler firmaiam bené TeUis Interpres reddit , iodeqne S. Thomas, quia «quivalenier deopÀ; irixviepc; hoc signi- ficaC| cùm à fîrma posilione 6eo(i.o( ex oolione grsce Tocis dicalur, et iravispo^ vol eacrO' santia vel omnino sacra intelligatur, quia invioIablUs, adeoqne Immobilité! constituta; simi- ttaqoe «uprà ex cap. vni Cœlett. hierareh, indicata suni.
10 PARTIS ï, QUESTION cm, ÂATIGLE 3.
la.ioe. Mais agir en dehors de Tordre naturel des substances spirituelles^ ne pourroit servir en aucune façon à remettre Hiomnie dans Tordre de ses rapports avec Dieu^ puisque les opérations des anges ne sont pas des choses qui nous frappent y comme les opérations accomplies dans les corps sen- sibles. C'est pourquoi Dieu n'agit pas en dehors de Tordre auquel il a soumis les substances spirituelles , de telle sorte que les inférieures puis- sent jamais mouvoir les supérieures^ comme le contraire a lieu.
Je réponds aux arguments : 1° La hiérarchie ecclésiastique imite à cep- tains égards la hiérarchie céleste , cela est vrai; mais elle n'en porte pas la ressemblance parfaite. La hiérarchie céleste repose tout entière sur les divers degrés de rapprochement où chaque ordre se trouve par rapport à Dieu ; de telle sorte que les esprits les plus rapprochés de Dieu sont en même temps et les plus élevés en dignité^ et les plus puissants en science. C'est pour cela que les esprits supérieurs ne sont jamais illuminés par les esprits inférieurs. Dans la hiérarchie ecclésiastique ^ au contraire ^ il arrive quelquefois que les hommes les plus rapprochés de Dieu par la sainteté, se trouvent au plus humble rang et ne possèdent pas une grande science. Parfois aussi , des hommes très -savants sur un point ne le sont pas sur un autre; et voilà pourquoi les supérieurs peuvent quelquefois être éclairés par les inférieurs.
2*» Dieu n'a pas les mêmes raisons d'agir, et n'agit pas de la même ma- nière dads les choses naturelles et dans les choses spirituelles , ainsi que nous l'avons déjà dit. Cet argument n'a donc pas ici de valeur.
3p Un ange se porte sans doute par sa volonté à illuminer un autre ange ; mais la volonté de l'ange est constamment dirigée par la loi divine^ de laquelle vient Tordre qui règne parmi les anges.
oandam homines in ejus cognitionem. Sed prx- termissio ordinis qui debetur spiritualibus sab- stantiis, in nallo pertinet ad ordinatiouem ho- minum in Deam; cùm opcrationes angelorum Don sint nobis manifesta;, sicut operationes sen- sibilium çorporiim. Et ideo ordo^ qui convenit gpiritualibus substantiis , nunquam à Deo prse- têrmiltilur quin semper inferiora moveantur per superiora^ et non è converso.
Ad primum ergo dicendum^quôd ecclesiastica hierarcbia imitalur cœlestem aliqualiter; sed non perfcctè consequitur ejus similitudinem. In cœ- iesti enim bierarcbia tota ratio ordinis est ex pTopinquitate ad Deum; et ideo illi qui sunt Deo propinquiores , gunt et gradu sublimiores, €t Kîeutia dariores. Et propter lioc supetiores
nunquam ab inferioribus illuminantur. Sed in ecclesiastica hierarcbia interdum qui sant Deo per sanctitatem propinquiores, sunt gradu in- fimi et scientia non eminentes. Et quidam in uno etiam secundùm scienliam eminent, et in alio deticiunt. El propter hoc superiores ab in- ferioribus doceri possunt.
Ad secundùm dicendum, qu6d non est similis ratio de hoc quôd Deus agat prster ordinem natune corporalis et spiritualis, ut dictum est, Uude ratio non seqnitur.
Ad tertium dicendnm , quôd angeins volnn- tate convertitur adalium angelum illuininandum; sed voluntas angeli semper legulat or lege divina, qux ordinem in angelis instituîL
B£ L'iLLUVlICi^nON HBS SSG^. H
ARTICLE IV.
Vangè supérieur illumim'i^il Vang» inférieur eoitcemant toul oe qi^U sent
Im-^néme?
npapoît que Tangc supérietir n'illumine pas Tange inférieur concernant tout ce qu'il sait lui-même. !• L'Aréopagite dit. De cœl. Hier., XII : «Les anges supérieurs ont une science plus universelle , et les anges inférieurs une science plus particulière et subordonnée. » Or, une science universelle Tenferme plus de choses qu'une science paiticulîère. Donc les anges supé- rieurs ne transmettent pas aux anges inférieurs toute la science qu'ils possèdent eux-mêmes.
2* Le Maître dit , Sent, XI, 2 : « Les anges supérieurs ont connu le mystère de l'Incarnation dès l'origine des siècles, tandis que les anges in- férieurs l'ont ignoré jusqu'à son accomplissement. » C'est ce qui nous semble indiqué dans cette question faite par certains anges : a Quel est ce roi de gloire J» et dans la réponse faite par des anges plus éclairés : <x Ce roi de gloire est le Seigneur des vertus : » interprétation qui nous est donnée par saint Denis , De cœL Hier., VIL Or, cela n'auroit pas lieu si les esprits supérieurs transmettoient aux autres la science de tout ce qu'ils connoissent eux-mêmes. Donc ils ne les illuminent pas, concernant tous les objets de leur propre science.
3* Si les esprits supérieurs transmettent aux inférieurs tout ce qu'ils connoissent eux-mêmes, il est évident que les derniers n'ignoreront rien de ce que savent les premiers ; et il suivra de là que ceux-ci ne pourront plus rien apprendre aux autres, ce qui semble répugner. Donc les esprits supérieurs n'illuminent pas les esprits inférieurs , concernant tout ce qu'ils savent eux-mêmes.
ARTICULUS IV.
Utrém omgelut tuperior iUuminei wjériorem de omnibua HH noiit.
Ad qoarttrm sic proeedHur (i). Videtor qnôd •Dgelos soperior non illnminet inferiorem de omnibaB qu» ipse nont. DicH enim Dionysins, XU. cap. Cadest, Merarch. , qnèd <r angeli Boperiores babent scientiam magis nniversaleni ; inferiores ver5 ma^s particdarem et snbjec- tam. » Sed plora eontinentor sob scientia ani- versaii qokm snb particnlari. Ergo non omnia qu» Bcinnt superiores angeH, cognosennt in- feriores per snperiorum ilhiminationem.
9. Preterea, Magister dicH in XI. dist., II ,
yerô ignotum fuit usquequo completum est. » Quod videtur per hoc qnôd quibasdam angelis qnarentibns : a Quis est iste rex gloris ? » quasi ignorantibos alii respondent quasi scien* tes : a Dominos virtutum ipse est Rex gloriae; » nt Dionysins exponit, VU. cap. Cœlest, hie- rareh. Hoc antetn non esset , si superiores an- geli illuminarent inferiores de omnibus qoa? ipsi GOgnoscant. Non ergo eos illuminant de omnibos sibi notîs.
8. Pneterea, si snperiores angeli inferioriboa annantiant omnia qu» cognoscimt, nibil in- ferioribus ignoiom remanet quod superiores cognosennt. Non ergo de cstero superiores po- terunt illuminare inferiores : quod videtur in-
Sentent., quM « anperiores angeli cognorenrat oonTeniens. Non ergo snperiores de omniboa à SBcolis mysterinm bcamatioma ; inferioribns ' inferiores illuminant.
(1) Se Ua etiam te H, Sêtd.s 4ist. 9, art. 8; nt el dist. il , qn. 3, art. 1; et qn. 6| 4» ▼•rit., ail. etiam U
i2 PARTIE I^ QUESTION GYI, ARTICLE i.
Mais saint Grégoire dit , au contraire , Homil. XXXÏV in Evang. : a Dans la céleste patrie , bien qu'il y ait des dons excellents , il n'y a pas de possession exclusive. » Saint Denis dit également^ De cœl. Hier., XV : <x Toute existence céleste transmet à celle qui la suit la science qu'elle a reçue de celle qui la précède; » ce qui se voit d'ailleurs par le passage cité dans le premier article.
(Conclusion. — Comme il est de l'essence du bien de se communiquer et de se transmettre^ les anges supérieurs^ qui puisent abondamment à la source de la divine bonté , doivent illuminer les autres concernant tout ce qu'ils savent eux-mêmes ; de telle sorte néanmoins que possédant tou- jours une science plus parfaite, ils se maintiennent à un rang plus élevé.)
Toutes les créatures ont avec la bonté divine ce trait de ressemblance, qu'elles aspirent à répandre le bien qu'elles possèdent elles-mêmes; car il est de l'essence du bien de se communiquer. De là vient même que les agents corporels impriment leur image autant qu'il est en leur pouvoir. Par conséquent, plus un agent participe avec abondance à la bonté de Dieu , plus il s'efforce de transmettre, autant qu'il le peut, les perfections dont il est enrichi. C'est aux hommes qui participent à la bonté et à ia grâce de Dieu, que l'apôtre saint Pierre tient ce langage, I Petr., IV, 10 : a Suivant la grâce que chacun a reçue, vous devez la répandre sur votre prochain , comme de fidèles dispensateurs de cette grâce multiforme de Dieu. » A bien plus forte raison donc, les saints anges qui participent avec tant de plénitude à la bonté divine , doivent-ils aspirer à répandre sur leurs inférieurs les dons qu'ils ont reçus. Ces dons, toutefois, ne peuvent se trouver dans les esprits inférieurs, de la manière éminente qu'ils sont dans les esprits supérieurs. Voilà pourquoi ceux-ci demeurent toujours dans un rang plus élevé et possèdent une science plus parfaite ; de même que sur la terre, le maître comprend ordinairement mieux que son élève, les choses dont il l'instruit.
Sed contra est, quod Gregorius dicit, quèd « io illa cœlesU patria licèt quxdain data sint excellenter, ûihil tamen possidetur singulari- ter. » Et Dionysius dicit, XV. cap. Cœlest. hie- rarch,, qu6d « unaquxqae cœlestis essentia in- telligentiam sibi à superiori datam inferiori coin- manicat, » ut patet ex auctoritate suprà ioducta.
( CoKCLUsio. — Ciiin de ratione boni sit at se aliis communicet, oportet angelos superiores qui sunt in plenissima parlicipatione divins bonitatis, illuminare inferiores de omnibus qus noverant; ita tamen ut perfectiorem scientiam habentes, in altiori ordine permaneant.)
Respondeo dicendum , quèd omnes créature ex divina bonitate participant, ut bonum quod habcnt^ iu alia diffandant ; uam de ratione boni est quèd 8e aliis communicet. Et inde est etiam
' -^ agentia corporalia similitudinem suam aliis
tradnnt quantum possibile est Quantd igitur aliqua agentia roagîs in participatione diviuse bonitatis constituuntur, tanto magis perfectiones suas nituntur in alios transfundere , quaut am possibile est. Unde bealus Petrus monet cos qui divinam bonitatem per gratiam participant, dicens, I. Petr., IV : a Unusquisquc sicut ac- cepit gratiam^ in alterutrum'illam administran- tes, sicut boni dispensatores muitiformis gratis Dei. » Multô igitur magis sancti angeli , qui sunt in plenissima participatione civina: boui- tatis, quicquid à Deo percipiunt, subjectis im- partiuntur. Non tamen recipitur ab inferioribns ita excellenter, sicut est in superioribus. Et ideo superiores semper rémanent in altiori ordine , et perfectiorem scientiam habent. Sicut unam et eamdem rem pleniùs intelligit magister, qtiàm discipulus qui ab eo addiscit.
DU LAJEIGAGB BES ANGSS.
13
Je réponds aux arguments : l» La science des anges supérieurs est ap- pelée plus universelle y parce qu'ils comprennent les choses d'une manière plus éminente.
2» On ne doit pas entendre par les paroles citées du Maître , que les anges inférieurs aient entièrement ignoré le mystère de rincarnation (1); mais seulement qu'ib ne le connoissoient pas aussi bien que les anges supérieurs, et qu'ils avancèrent dans cette connoissance , à l'époque où le mystère s'accomplit.
3» Jusqu'au jour du jugement , Dieu ne cessera de révéler aux anges les plus élevés, des choses nouvelles touchant l'organisation du monde , touchant surtout le salut des prédestinés. 11 y aura donc toujours quelque chose concernant laquelle les anges supérieurs pourront illuminer les anges inférieurs.
QUESTION CVII.
Vm laMgase des amges.
Nous avons à traiter du langage des anges ; et sur cela cinq questions se présentent : t" Un ange parle-t-il i l'autre? 3^ L'ange inférieur parle- i-il à l'ange supérieur? ^ L'ange parle-t-il à Dieu ? 4^" Dans les entretiens des anges, la distance locale fait-elle quelque chose? 5"* La parole d'un ang eàun autre est-elle connue de tous?
(1) Les Mints docteun s*âccordent k dire que les anges ont connu le mystère de rincar- nation dès rorif^ dei choses. Plusieurs ont même pensé que e*est A l'occasion de cette ré^ ▼élatîon que les esprits célestes se divisèrent entre eux , et qu*un si grand nombre refusèrent k Dieu leur obéissance. Selon cette explication , Dieu leur imposa le dcToir d* adorer son Veibe, même après son union atec la nature humaine ; et c'est contre cette obligation , de rendre un jour les honneurs divins à rhomanité du Verbe , que se révolta Torgueil de Lucirer et de ses
Ad primnm ergo dicendnni, qoM snperiomm angelonim scientia didtur em univenalior, quantum ad eminentiorem modiim inteUigendi.
Ad secuodum dicendum, qaôd verbum Ma- gistri non est sic intelligendum, quôd inferiores ingcU peditas ignoraverint mysteriom Incarna- tionis; sed quia non lia plenè cognoveront sicut foperiores, et in ejos cognitione postmodum
profeceraut, dom iUud mysterium impleretur. Ad tertium dicendum , qaôd usqae ad diem jndicii semper nova aliqaa snpremis angelis levelantor divinitas de bis qua pertinent ad disponiionem mandi, et pr»cipaè ad salatem eiectomm. Unde semper remanet unde supe- riores angeli inferk^res illuminent
QUJSTIO CVIL
Dû /octtltont&tif anigtîoTum^ «n quinq^iu arUeuhs ditUa.
Deinde considerandum est de locutionibus angelonim.
£t circa hoc qoeruntur qainque : 1* Ulrùm «u» angelos loquahir aliL S« Utrùm Infenor
superiori. 8» Utrùm angélus Deo. 4» Utrùm in locutione angeli aliqnid distantia localis opère- tur. 5* Utrùm locutionem unius angeli ad altd- rum omnes cognoscaut.
41 PARTIE t, OUESTION GVn^ AlTlCtE !•
ARTICLE I. Un ange parle-t-il à Vautre?
n paroît qu'un ange ne parle pas à l'autre. 1" Saint Grégoire dît , Morale i XVIII : « Après la résurrection , les âmes ne seront plus cachées les unes aux autres par le voile épais du corps : d bien moins donc la pensée d'un ange peut-elle être cachée pour un autre. Mais la parole n*est que pour manifester ce qui est dans la pensée. Donc il n'est pas nécessaire qu'un ange parle à l'autre.
S*' Il y a deux sortes de paroles : l'une intérieure, par laquelle un esprit se parle à lui-même; l'autre extérieure, par laquelle un esprit se met en rapport avec un autre. Or, la parole extérieure a lieu par un signe sensible , par la voix , un geste , un simple mouvement du corps , de la langue ou du doigt , par exemple ; toutes choses qui ne peuvent convenir aux anges. Donc les anges ne se parlent pas entre eux.
S» Celui qui parle s'efforce d'éveiller l'attention de celui qui entend. Mais il ne semble pas qu'un ange puisse éveiller l'attention d'un autre ; car cela n'a lieu parmi nous qu'au moyen de signes sensibles. Donc un ange ne parle pas à un autre.
Mais le contraire est ainsi exprimé par l'Apôtre , f Corinth., Xlil , 1 : « Si je parlois les langues des hommes et des anges. »
(Conclusion. — Comme un ange peut faire connoître sa pensée à un autre
anges. Gela suppose évidemment que la Tuture incarnation da Verbe avoit été T objet d*une révélation primitive. Saint Jérôme, cependant, ce génie ai versé dans la science des Ecritures , dit eipressémeni , en commentant TEptUre aux Epbésiens : a Les natures angéU(iues n'ont connu ce mystère que lorsque la passion du Christ se fut accomplie, et que la prédication des Ap6tres eut retenti ches toutes les nations du monde. » Mais saint Augustin, dans son commentaire sur la Genèse , pose le sentiment opposé d*nne manière non moins formelle : « Les anges n'ont pas ignoré le mystère du royaume des cieux ; ce mystère leur a été connu dès Torigine des siècles... » G*esi également ropiuion de Pierre Lombard. Saint Thomas con- cilie les deux opinions , comme on peut le voir, par la restriction qu'il apporte aux expres- sions du Maitre des Sentences.
ARUCULUS I. Utrûm unus angelui alUri toguatur,
K& primum sic proceditar (1). Yidetor qu5d unus angélus aiteri non loquatnr. Dirlt enim Gregorius, XVUI. Moral,, qaôd « in statu re- surrcciioDis uniuscujusqae mentem ab alterius oculis membi'orum corpulenlia non abscondit; » milité igitur minus mens unius angeli abscon- ditur ab allero. Sed locutio e&t ad manifestandum aiteri quod latet in mente. Non igitur oportet qu6d anus angélus aiteri loquatur.
3. Prsterea , duplex est locutio : interior, per quam aliquis sibi ipsi loquilur, et exterior,
perquam aliquis loquttur aiteri. Exteriorantem tocutio fit par aiiquod aensibife signum, p-ilii voce , vel nntu , Tel aliqao corporis membre , putà lingna vel dtgito; qa« angells competere non possunt. Ergo anus angélus aiteri non lo- quitur.
3. Pneterea, loqaens excitât aa')ientem, ut atlendat sus locutioni. Sed non videtur quôd unus angelufi excitet alium ad attendendum; hoc enim fit apud nos aliqoo sensibili ûgno. Ergo unus angélus non loqaitur aiteri.
Sed contra est, quod dicitur L Cor,, Xlfli « Si linguis homlnam loquar et angeloruia. »
( CuNCLUSio. — Cùm unus angélus aiteri cOB-
(1) De his ctSam In II, 5eiil., dist. 11, qu. 9, art. 8; et qa. 9, 46 writ, «rt. i , 5 et Tf •t in 1. ad Cor. s XIU, lect., col. S.
, ange, par cela seul que celui qui veut trsinsmcttre sa pensée a le pouToîp de se mettre pour cela en rapport avec un autre , il est constant que les anges se parlent entre eux.)
Il faut admettre un certain langage entre les anges. Car, comme le dit saint Grégoire , Morale , n , « il est juste que notre ame , dépassant tout moyen corporel d'exprimer sa pensée, soit comme suspendue à une sorte de parole intérieure, sublime et inconnue. » Pour comprendre comment un ange parle à un autre , il faut rappeler ici ce que nous avons dit tou- chant les actes et les puissances de Tame, à savoir que la volonté peut mouvoir l'intellect ou le pousser à agir. De plus , Tintelligible se trouve dans Tintellect de trois différentes manières : en habitude d'abord, c'est- à-dire, quant à la mémoire, comme le dit saint Augustin ; secondement, en acte, quand il est actuellement perçu ou reçu ; troisièmement, par une sorte de relation ou de rapport avec un autre. Or, il est évident que l'in- telligible passe du premier au second degré par un commandement de la volonté : c'est pour cela que, dans la définition de l'habitude, on dit que c'est une chose a dont on se sert quand on le veut, o C'est également sous l'empire de la volonté , que l'intelligible passe du second degré au troi- sième ; car c'est la volonté qui dispose une conception de notre esprit par rapport à un objet quelconque, une opération, par exemple, ou une dé- monstration. Mais, quand l'ame s'applique à considérer en acte ce qu'elle possède en habitude, elle se parle alors à elle-même ; car toute conception de l'ame est appelée avec raison une parole intérieure. Par cela même que la volonté d'un ange dispose une de ses pensées à devoir être transmise à un autre ange , la pensée de l'un doit nécessairement être connue de l'autre. Et c'est ainsi que les anges se parlent entre eux; car parler n'est pas autre chose que manifester les conceptions de son esprit.
Je réponds aux arguments : !• Nos conceptions intérieures sont renfer-
ceptnm mentis sas patefaciat, per boc qaèd iUe, cojas est coflceptas, saa Yolootate ordinat ipsum ad manifestandum aliqaid alteri, unum angelum alteri loqoi constat. )
Respondeo diceodom, qu6d in angelis est aliqua locntio. Nam, sicnl dicit Gregorins, IL UoraL, « dignam est ut mens nostra qualita- tem corpores locntionis excedens^ ad sublimes atque incognitos modos locutionis intime sas- pendatar. » Ad intelligendum igîtur qualiter nous angelas alteri loqnatur, considerandum est quôd, sicot suprk dizimns (qu. 82, art. 2), eùm de actibas et potentiis anime ageretnr, folnotas mot«t intellectom ad suam operatio- nem. Intelligibile antem est in inteilectu tripli- citer. Primo quidem babitnaliter^ vel secnndàm nemoriam^ ut Augnstimis dicit. Seconde antem, nt in acto consideratnm vel conceptmn. Tertio, it ad aliud rebtmD. lUiitfestam est antem qndd
de primo grada in secundam transfertor intel- ligibile, per imperinm volantatis : unde in dif- finitione habitas, dicitar: «Quo qnis ntitur, cùm volaerit. » Similiter autero de secundo gra<!a transfertnr in tertium , per voluntatem ; nam per voluntatem conceptns mentis ordinatur ad altemm , putà vel ad agendam aliquid , vel ad manifestandum alteri. Quando autem mens conr vertit se ad actu considerandum quod babet in habitu, loquitur aliquis sibi ipsi; nam ipse con- ceptus mentis interius verbum vocatur. £x boc ver6 qu6d conceptus mentis angeliœ or- dinatur ad manifestandum alteri , per vohmta- tem ipsius angeli, conceptus mentis unius an- geli innotescit adteri. El sic loquitur unusaugelug alteri. Nihil est enim aliud loqui ad altemm , quim conceptum mentis alteri manifestare.
Ad primum ergo dicendum , quôd in noMs interior mentis conceptus quasi duplici obstaculo
16 PARTIE I^ QUESTION CYII^ ARTICLE 1.
mées en nous comme par une double barrière : d'abord par la Yolonté elle- même^ laquelle peut garder intérieurement les conceptions de la pensée^ ou les diriger vers une manifestation extérieure ; et, sous ce rapport, nul ne peut lire dans Tesprit d'un autre , si ce n'est Dieu , selon cette parole de saint Paul , I Corinth., Il , 11 : <x Ce qui est dans l'homme , nul ne le connoit, si ce n'est l'esprit de l'homme, qui réside en lui-même, d En second lieu , la pensée de l'homme est rendue invisible pour tout autre regard que le sien , par son enveloppe matérielle : aussi , lors même que la volonté dirige les. conceptions de l'esprit vers une manifestation exté* rieure, ces conceptions n'arrivent à la connoissance d'un autre que par le moyen d'un signe sensible. C'est là ce qui fait dire à saint Grégoire , Morale^ II : a Nous échappons aux regards des autres en nous renfermant dans le secret de notre pensée, où le corps nous environne comme un mur ; et quand nous voulons nous manifester , notre ame se produit en quelque sorte par la bouche , qui est ainsi comme la porte de son asile ; c'est par là qu'elle peut se montrer telle qu'elle est. 0 Mais l'ange n'a pas à vaincre de tels obstacles; aussitôt donc qu'il veut manifester sa pensée à un autre, celui-ci la connoit.
2<» La parole extérieure, qui se réalise par la voix, nous est nécessaire à cause des entraves du corps; aussi cette parole ne peut-elle. convenir à l'ange ; l'ange n'a que la parole intérieure , par laquelle il se parle non- seulement à lui-même par les conceptions de sa pensée, mais il parle encore aux autres par la volonté qu'il a de leur manifester cette pensée. C'est donc par métaphore qu'on parle de la langue des anges ; il faut en- tendre par là la puissance mên^e qu'ils ont de manifester leurs pensées.
S"* Quand il s'agit des bons anges qui se voient toujours réciproquement dans le Verbe, il n'est pas nécessaire de supposer un autre moyen d'atten- tion ; car, l'un voyant toujours l'autre, y voit par là même ce qui est o> donné par rapport à lui. Mais comme les anges pouvoient se parler dans
daudilur : prim6 qaidem ipBa volontate , qiue conceptom intellectûs potest retiaere lateriùs, ▼el ad extra ordinare ; et quantum ad hoc, men- tem unius duIIus alius potest videre, nisi solus Deus, secundùm illud I. Cor., II : « Qua suât hominis , nemo novit nisi spiritas homiois qui in ipso est. » Secundo autem clauditur mens hominis ab alio homine pergrossiiiemcorporis: nnde , cùm etiam voluntas ordinal conceptum mentis ad manifestanâum alteri, non statim cognoscitur ab alio, 86d oportet aliquod signnm senslbile adhibere. Et hoc est quod Gregorius dicit, II. MoraL : « Alienis oculis intra secre- tum mentis quasi post parietem corporis, sta- mus ; sed cîim manifestare nosmetipsoscupimus, quasi per lingns januam egredimur , ut quales suQms intrinsecùs , osteudamus. » Hoc autem '^^taculum non hsd)et aogelus. Et ideo quàa
cito vult manifestare suum conceptum, statim alius cognoscit.
Ad secnndom dicendom, qn6d locntio exterior qus fit per vocem, est nobis necessaria propter obstaculum corporis, nnde non conveuit angelo ; sed sola locutio interior, ad qnam pertinet non Bolùm qu6d loqnatur sibi , interiùs concipiendo, sed etiam qu5d ordinet per voluntatem ad alte- rius manifestationem. Et sic lingua angelorum metaphoricè dicitur ipsa virtus angeli , qoa con- ceptum suum manifestât.
Ad tertium dicendum, qu6d quantum ad.au- gelos bonos qui semper se invicem vident in Verbo , non esset necessarium ponere aliquid excitativum; quia aient unns semper videt 9)ium, ita semper videt in eo quicquid est ad se ordinatum. Sed qoia etiam in statu nature coo* dit», sibi invicem loqoi poterant, et mali as-
m LANGAGE DBS ANGES. 17
fear état primitif^ dans le temps de leur épreuve ; et comme les mauvais anges peuvent encore se parler^ il faut dire que Tintellect est mû par Tin- telligible^ ainsi que le sens est mû par le sensible. Si donc un signe sen- sible frappe notre sens , il doit y avoir une puissance intelligible par laquelle Tattention de Tange est éveillée.
ARTICLE n. Vange inférieur peut^il parler à l'ange supérieur?
Il paroît que Fange inférieur ne parle pas à l'ange supérieur. !• Sur les paroles déjà citées de saint Paul : a Si je parlois les langues des hommes et des angeSj d la Glose dit : a Les paroles des anges sont des illuminations que les anges supérieurs transmettent aux anges inférieurs, d Or, les anges inférieurs n'illuminent pas les anges supérieurs , ainsi que nous Tavons dit. Donc ils ne leur parlent pas.
2° Illuminer, comme nous l'avons dit encore, c'est manifester à un autre les choses que l'on connoît. Or, c'est là parler. Donc il faut dire de la parole ce que nous disons de l'illumination.
9^ Saint Grégoire dit, dans l'ouvrage déjà cité : « Dieu parle aux anges, en rendant manifestes à leur pensée les choses cachées dans sa nature. » Mais c'est là les illuminer. Donc toute parole de Dieu est une illumination. De même , par conséquent , toute parole angélique est une illumination. Donc un ange inférieur ne peut, en aucune manière, parler à un ange supérieur.
Mais le contraire résulte de l'interprétation donnée par l'Aréopagite, sur ces paroles du psaume : a Quel est ce roi de gloire? d Puisque c'est là, d'après lui, une question que les anges inférieurs adressent aux anges supérieurs.
geli etiam nanc sîbi in^icem loqnnntar, dicen- dnm est quôd, sicut sensus movetur à sensibili, ita intellectas moretor ab intelligibiU. Sicat ergo per signum senaibile eicttatur sensus, ita per aliqnam virtutem intelligibileiD potest ex- ctoi meosangeli ad atteadeDdam.
ARTICULUS n.
Utfvm tnfertor angeluê tMperiori logicalifr.
Ad secandam sic proceditar (i). Videtur qndd înferior angélus superiori non loqnatnr; quia Buper iUnd 1. Cor,, XOI : « Si lingois hominam loquar et angelonim, » dicit Glossa quM « locut.oaes angeloram sont illnmina- tiooes qiiibas superiofes illuminant inferiores. »
Ergo nec inferiores saperioribos loquunttir.
2. Prseterea, soprà dictom est (qu. 106, ait. 1 ) quôd âlominare nihil est aliud quàm illad qood est alicoi manifestam , alteri mani- festare; et hoc idem est loqoi. Ergo idem est loqui et illuminare; et sic idem qood priùs.
3. Prseterea, Gregorios dicit, II. Bloral, (ut suprà), qnôd « Deos ad angelos loquitur eo ipso quôd eorum cordibos occulta sua invisibiiia os- tendit. » Sed hoc ipsum est illuminare. Ergo omnis Dei locutio est illuminatio. Pari ergo ra- tione omnis angeli locutio est illuminatio. Nullo ergo modo angélus inferior superiori loqai po- test.
Sed contra est, qnod sicut Dionysios ezponit.
Vil. cap. CadesU hier,, inferiores angeli supe-
I riorîbas dixerunt : « Quis est iste rex glori» ? »
nooes qu]0U8 sopenores luuminani inienores. » oea coaira est, quoa sicni uionysios ex Sed inferiores nuoqoam illuminant stiperiores. Vil. cap. CadesU hier,, inferiores angeli Ql luprà dictom est (quaest. 106, arU 3). | riorîbas dixerunt : «Quis est iste rexglo
(1) De bis etiam inCrà, qu, %\1 » %x\, i ) et qu. 9, de v«rit«Y ar|« 1 ; et Id J; ad Cer^s lect., col. 3.
xm.
18 PARTIE 1, QUESTION GTIt^ iJRTIGLE 2.
(GoNCLVdiCHi. -^ Un aoge mférietir pouvant communiquer à nn ange supérieur te qu'il a conçu dans sa pensée^ en tant qu'il a une volonté propre , et non par Faction directe de fe volonté suprême , ou doit recoii noitre qu'il lui parle^ sans toutefois Tilluminer.)
Les anges inférieurs peuvent parier aux anges supérieurs. Ponrrendtif cette proposition évidente, il faut remarquer que toute illumination chez les anges est une parole, mais que toute parole n'est pas une illumination ; car, ainsi que nous l'avcMis dit, la porcte d'un ange à un autre ange n'est autre chose que l'action par laquelle il lui manifeste sa pensée, sous l'im- pulsion de sa volonté propre. Or, les conceptions de notre esprit peuvent être rapportées à un double principe : d'abord à Dieu même , qui est la première vérité ; puis à notre volonté propre, qui nous pousse à considé- rer actuellement une chose. Mais, comme la vérité est la lumière de Tin- tellect, et comme la règle de toute vérité est Dieu même, la manifestation de ce que nous avons conçu dans notre esprit , en tant que cela dépend de la première vérité, est à la fois une parole et une illumination ; ainsi, quand un homme dit à un autre : a Le ciel a été créé par Dieu, d ou bien : a L'homme est un animal. » La manifestation de notre pensée , en tant que celle-ci dépend de notre volonté propre , ne sauroit être appelée illu- mination , on ne doit y voir qu'une parole ; ainsi quand un homme dit à un autre : « Je veux apprendre telle chose , je veux faire ceci ou cela. » Et la raison en est que la volonté créée n'est pas la lumière ni la règle de la vérité ; elle participe simplement à la lumière. Ainsi donc , communi- quer une chose qui vient d'une volonté créée et considérée comme telle, ce n'est pas illuminer. Il importe peu à la perfection de mon intellect de savoir vos intentions ou vos idées; ce qui m'importe, c'est de connoitre la vérité elle-même. Or, il est- évident que les anges ne se trouvent dans des rangs inégaux que par rapport à ce premier principe , qui est Dieu : et
( CoKCLusio. — Cùm angélus inferior ea quœ meDte concepit, superiori patefaciat, provt ex sua YOlantate , non autem à prima voluntaie dépendent, iUi qoidem loqoitur, sed eum noo iUumioat. )
Respondeo dicendum, qaôd angeli inferiores snperioribos loqui possunt. Ad ctijus evidentiam coDsiderandum est , quèd omnis iilaminatio eftt locutio in angelis, sed non omois locntio est il- lominatio; quia sicut dictum est (art. 1 ), aa- gelum loqai aogelo nihil aliud est quàm coa- ceptum saam ordiaare ad hoc ut ei mootescat, per propriam voluutatem. Ea verô qus roeaté concipiuntar, ad duplex principium refierri pos- 8unt, scilicet ad ipsum Deum, qui est prina Terilas, et ad voluntatem iotelligeutis, per qoam aliquid actu consideramus. Quia verô veritas est Inmen intellectûs, et régula omois teritatis est
cipitur fleGundùm qaod dependet à prima veri- tate, et locutio est etilluminatio : putà si unos homo dieat alii : « Cœlum est k Dec creaium, » vel : <x Homo est animal. » Sed manifestatîo eonim qus dépendent ex voluntate inteiligea- tis, non potest dici illuminatio, sed locutio taa- tùm : putà si aliquis alteri dicat : a Volo hoc addiscere, toIo hoc ^el illud facere. » Cnjus ratio est» quia voluLtas creata noo est Lux Aec régula veritatis , aed pariicipans lucem : unde oommunicare ea que sunt à iroluntate creata. « in quantum hujusmodi, non est illuoiioare. Non enim pertinet ad perfectionem intelieciû» mei, qûd tu velis, Tel quid tu inteUigas, oo- gnoftcere ; sed solùm ^luid rei veritas babeal. Manifestum est autem qu6d angeli dicuntur s»* periores vel inferiores per comparationem ad hoc piindpinm quod est Deus : ei ideo illomi-
->se Deusa nanifiistatio ejus quod mente con* [ natio qu» dependet à priucipio, quQ4 est Deus^
m LANGAGE BES ANGES. iO
▼oilà pourquoi rjllttmination qui dépend de ce premier principe qui est Dieu ) doit passer des anges supérieurs aux anges inférieurs* Mais dans Tordre d'un autre principe , qui est la volonté propre , celui qui veut est à cet égard cause première et suprême : et voilà pourquoi la manifestation de la pensée^ comme provenant de la volonté même, va de celui qui veut i un être quelconque. Sous ce rapport donc^ les anges supérieurs parlent aux anges inférieurs y et réciproquement (1).
De là résulte clairement la réponse à la première et à la seconde olh jection.
3^ Toute parole de Dieu aux anges est une illumination ; car^ comnoe la volonté de Dieu est la règle même de la vérité, savoir ce que Dieu veut, c'est encore une perfection et une illumination pour l'intelligence créée. On ne peut raisonner de même de la volonté des anges , comme nous l'avons dit
ARTICLE ffl.
Uange parU-Uil à Dieu?
Il paroît que l'ange ne parle pas à Dieu. V La parole a pour unique objet de manifester quelque chose à im autre. Or, l'ange ne peut rien ma- nifester à Dieu, qui connoît tout. Donc l'ange ne parle pas à Dieu.
(1) Les aoges étant des natures immatérielles , exemptes de tout contact personnel atee un corps quelconque , quand il s* agit de nous faire une idée de leur langage . nous devons re- pousser bien loin de notre esprit toute pensée de situes corporels et sensibles. Fun autre c^té , cependant , il n*est pas aisé de comprendre la nécessité ou même la possibilité de la parole entre des êtres spirituels. U semble , au premier abord , que de tels êtres , Jouissant de la Tue intuitive de Dieu, devroient se pénétrer réciproquement, et ne pouvoir rien se cacher run à r autre. Mais , s*il en étoit ainsi , on ne concevroit pas non plus la société des natures angéliques , ni même leur existence simultanée : elles s* absorberaient en quelque sorte et perdroient leur individualité dans Punité de la nature divine. Entre ces deux écueils , les prin- cipes posés par saint Thomas nous tracent une voie aussi sârc que lumineuse. Le saint Docteur oous apprend d*abord à distinguer, dans la parole même humaine, deux éléments, qui font de cette parole Texpresslon parfaite de cet être composé d^une ame et d*un corps : Vêlement spirituel et rélémcnt matériel , le verbe Intérieur, comme parle range de I^colo , et ce qui est n*est que le son ou le reflet extérieur. Nous pouvons donc séparer ces deux éléments , et concevoir le Verbe intérieur et spirituel , « cette parole , avec laquelle Phorome se parle i hri-mêrae , comme dit Bossuet, sans bruit de paroles » CTest évidemment le seul genre de parole qui puisse convenir i des êtres spirituels.
Souvenons-nous , en second lieu , que saint Thomas a démontré dans on antre endroit de
olhm per superiores angelofi ad inferiores de- i Dei sit régula veritatis^ etiam scire quld tacilur. Sed in ordine ad principium quod est velit , pertinet ad perfectionem et illuminatio-
nem mentis creaUe. Sed dod est' eadem ratio
Deus dacilur
Toluntas, ipse volens est primas etsupremus: et ideo manifestalio eonim qnse ad voluntatem
pertinent, per ipsum yolentem deducitur ad alios quoscunque. Et quantum ad boc, et superiores Uiferioribus, et inferiores superioribns loquon- tur.
Et per hoc patet solntio ad primnm et ad •ecnndum.
Ad tertium dîcendum, qnbd omnis Bei locntio id aogelos est iUumlnatio; foia, cùm Yoluntas
de voluntate angeli^ ut dictom est.
ARTICULUS in.
Otiiim angélus Deo toquatur.
Ad tertium sic proceditur. Videtur qu&d as- gelns Deo non loqiiatur. Locutio enim est ad Dianirestandum aliquid alteri. Sed angelas nihil potest manifestare Deo, qui omnia novit. £rgo angélus non loauitor Deo.
20 PIRTIE I^ QUESTION GYII^ ARTICLE 3.
2« Palier, c'est diriger vers un aatre les conceptions de son propre in- tellect , comme nous venons de le dire à l'article premier. Mais Tange dirige toujours ses conceptions vers Dieu. Si donc il lui parle quelquefois, il lui parle toujours ; et cela semble répugner, puisque Tange parle quel- quefois à range. Donc il paroit que Tange ne parle jamais à Dieu.
Maisle contraire est formellement exprimé dans TEcriture, Zach.y 1, 12: « L'ange répondit à Dieu et lui dit : Dieu des armées, jusqu'à quand n'aurez-Yous pas pitié de Jérusalem ? » Donc l'ange parle à Dieu.
((Conclusion. — Si les anges parlent à Dieu, ce n'est pas pour lui mani- fester quelque chose, c'est uniquement, ou pour consulter sa volonté, ou pour admirer sa grandeur suprême.)
La parole de l'ange consiste, comme nous l'avons dit, dans la direction de sa pensée vers un autre. Or, une chose peut être dirigée vers quelqu'un de deux manières : d'abord pour lui transmettre un bien réel ; c'est ainsi que dans les choses naturelles, l'être actif est ordonné par rapport à l'être passif; c'est encore ainsi que, dans la parole humaine, le maître est ordonné par rapport au disciple. Dans ce sens, l'ange ne parle pas à Dieu; il ne lui parle ni de ce qui appartient à la vérité des choses, ni de ce qui dépend de la volonté créée ; car Dieu est le principe et l'auteur de toute vérité et de toute volonté. Une chose, en second lieu, peut se diriger vers une autre pour en recevoir au contraire un bien; ainsi, dans les choses naturelles , le passif est ordonné par rapport à l'actif , et , dans la parole
la Somme , en traiiant des lois constitutifes de rétre spirituel , que la volonté peut mouvoir rintellect. Sans doute , il ne s'agissoit encore là que de rexerclce propre de Tintellect , ou •\t la connoissance y c'est-à-dire , du verbe intérieur et personnel. Hais des principes établis Jans celte thèse , suivent logiquement ceux qui lui servent à prouver maintenant qu*une nature intellectuelle peut diriger sa pensée vers une autre nature semblable , par un genre de mani- festation propre à de telles existences. Si la volonté créée peut agir sur la formation de la parole interne , à plus forte raison pourra-t-elle agir sur la communication de cette même parole. Elle est donc libre de la transmettre à qui elle veut ; et le Créateur n*a pu lui en re- fuser les moyens. Il résulte ultérieurement de là , que Tintelligence créée n*agit pas unique- ment comme instrument de Tintelligence incréée, qu*elle a son action propre, une sorte dMnitiative , et qu*elle est ainsi constituée dans son être individuel.
2. Prsterea, loqui est ordinare conceptum intellectûs ad alteram, ut dictum est (art. 1). •ed angélus semper conceptum suœ mentis or- ^t in Deum. Si ergo aliqaando Deo loquitur,
fnper Deo loquitar. Quod potest videri ali- ^oibas inconvenienSi cùm aliquando angélus angelo loquatur. Videtor ergo qu6d angélus nuDqoam loquatur Deo.
Sed contra est, quod dicitur Zach., I : « Res- pondit Angélus Deo , et dixit : Domine exerci- tuam, usquequo non misereberis Jérusalem. » Loqaitor ergo angélus Deo.
(CoKCLUsio.— Angeli non loquuntur Deo Qtilli quiiipiam manifestent ^ sed illi loqui di- Mir vel consulendo illius voluntatemde agen- 7el illius excellentiam admiranjo. )
Respondeo dicendum, qu6d sicut dictum est, locutio angeli est perhoc qu5d conceptio mentis ordinaiur ad alterum. Sed aliquid ordinatur ad alterum dupliciter. Uno modo ad hoc quùd communicet aliquid alteri, sicut in rébus natu- ralibus agens ordinatur ad patiens , et in locu- tione bumana doctor ordinatur ad discipulum. Et quantum ad hoc nullo modo angélus loquitur Deo. Btque de bis quse ad rerum veritatem per- tinent, neque de bis qu» dépendent à volun- tate creata; quia Deus est omnis veritatis et omnis voluntatis principium et conditor. Alio modo ordinatur aÛquid ad alterum, ut ab e« aliquid accipiat : sicut iu rébus naturalibuB, passivum ad agens, et in locutione bumana discipulus ad magistrum. Et hoc modo angélus
])U lAlCGÀGE DES ÀN6ES. 21
humaine , le disciple par rapport au maître. Dans ce sens , Tangc parle à Dieu , soit pour interroger la volonté divine , qu'il désire accomplir, soit pour admirer la grandeur suprême, qu'il ne sauroit jamais embrasser. C'est ce que dit saint Grégoire , toujours dans le livre que nous avons cité : a Les anges parlent à Dieu, quand de la considération de ce qu'ils ont en eux-mêmes ils s'élèvent , par un mouvement d'admiration , à la contem- plation de Dieu. »
Je réponds aux ai^uments : !• La parole n'a pas toujours pour objet de manifester quelque chose à un autre; celui qui parle se propose, au con- traire , souvent d'apprendre quelque chose , comme le disciple qui inter- roge son maître.
2^ Si l'on considère la parole par laquelle les anges louent, admirent et bénissent Dieu, on peut dire que les anges parlent toujours à Dieu ; mais, si l'on considère la parole par laquelle ils interrogent la sagesse divine sur les œuvres qu'ils doivent accomplir, on doit dire qu'ils ne lui parlent que pour l'interroger sur la chose touchant laquelle ils désirent être illuminés.
ARTICLE IV. La distance des lieux fait-elle quelque chose à la parole angélique ?
Il paroit que la distance des lieux fait quelque chose à la parole angé- lique. l"" Saint Jean Damascène dit , De fide orth., 1 , 17 : <x Où l'ange se trouve , c'est là qu'il agit, d Or, la parole est une action. Donc , puisque l'ange existe dans un lieu déterminé , il semble que sa parole doive être circonscrite par ce même lieu.
2« Celui qui parle crie à cause de la distance qui le sépare de celui à qui il veut parler. Mais le Prophète dit, en parlant des Séraphins, /s., VI :
loquiiur Deo , ^el consnlendo divioam voluota- 1 tem de agendis, vel ejasezcellentiam, quam nQQqoam comprehendit, admiiando. Slcut Gre- gorios dicit, li. Morai. ( ni suprà), qu&d a an- geli loquantar Deo, cùm per boc qaod saper semetipsos respiciunk, in moUun admiratioois sorgont. i>
Âd primnm dicendum, qo6d locutio non sem- per est ad manifestandmn alteri , sed qnandoqne ad hoc ordinatnr finaliter ut loqaenti aliqoid mamtestetur, sicnt cùm disdpnlas qoaerit ali- qoid à magistro.
Ad secundom dicendam , quôd locutione qna angelj loqauntuT Deo, laadantes ipsam et ad- mirantes, semper angeli Deo loqanntur*, sed locutione qna ejus sapientiam consulnnt saper tgendis, tune ei loqanntur, quando aliquod no-
vnoi per eos agendam occarrit, saper qoo de- siderant illuminari.
AHTICULUS IV.
Uttiim healis disiantia opet-einr aliquid in locutione angelica.
Ad quartam sic proceditur (1). Videtur quôd localis distantia operetar aliqoid in locutione angelica. Sicat enim dicit Damascenus : « An- geins ubi est, ibi operatur. » Locutio aotem est qusdam operatio angeli. Cùm ergo angélus sit in determinato loco, videtur quôd usque ad determinatam loci distantiam angélus loqui posait.
3. Prasterea, clamor loqusntis Ht propter dis- tantiam audientis. S^d Isa:., VI, ùicitur de I Seraphim, qo6d « cUmùt alttir ad allerum. m
(I) De bi9 etiam iiill,5eiil.^ dlst. 9, art. S ad 6; utetdist. 11, qu. 2, art. 3 ad S; et fp, 9, de verit.i «rt. 6.
22 PARTIE 1/ QUESTION CVlï, ARTICLE k.
« L'un crie vers Tautre. » Il paroît donc que, dans la parole des anges, la distance des lieux fait quelque chose.
Mais le contraire résulte de ce qui est dit dans l'Evangile , Luc , XVI , puisque le riche tombé dans Tenfer parioit à Abraham, sans en être em- pêché par la distance des lieux. Bien moins, par conséquent, cette distance peut-elle empêcher un ange de parier à un autre.
(Conclusion. — La parole des anges, consistant dans une simple opération intellectuelle, ne sauroit rencontrer un obstacle dans la distance des lieux.)
n résulte clairement de ce que nous avons dit, que la parole de Tanire consiste dans une opération intellectuelle. Or, Topération intellectuelle do range est entièrement indépendante des conditions de temps et de lieu ; car notre opération intellectuelle même fait abstraction de ces deux cod- ditions ; elle n'en dépend que par les images reçues, lesquelles n'existent pas chez les anges. Or, ce qui est affranchi des conditions de temps et de lieu ne sauroit être modifié par les époques ou les distances. Donc la dis- tance locale ne peut apporter aucun empêchement à la parole des anges.
Je réponds aux arguments : 1* La parole de Tange, quoique perçue par un autre , est , comme nous Tavons dit , une parole intérieure ; et , par conséquent, elle réside dans l'ange qui parle; elle est là où l'ange se trouve. Mais comme la distance locale n'empêche pas un ange d'en voir un autre , elle ne l'empêche pas non plus de découvrir en lui une pensée qui le regarde : et c'est là percevoir la parole.
2® Le cri dont il est ici parlé n'est pas celui d'une voix corporelle, il n'est pas motivé par la distance des lieux ; mais il exprime, ou bien la grandeur de la chose qui est dite , ou bien la grandeur de l'amour avec lequel elle est dite ; d'où vient cette réflexion de saint Grégoire , Morale , Il : « Un homme n'élève pas la voix quand il est pressé d'un médiocre désir. »
mm
Ergo videtur qnôd in locuUone angeloram ail- quid operetur ioc^lis distanlia.
Sed contra est, quôd sicut dicitur Lvc, XVI , dives in inferno positus loquehatur Abrahae, non impediente locali distantia. Mnlt6 igitur minus loealis distantia potest impedire locutio- nem unius angeli ad alterum.
( CovcLusfo. — In loentione anj^elorom, càm in inteUectual) operatione consistât, nulium impedimentum prsstat loealis distantia. }
Respondeo dicendum , quôd locuiio asgeli in iateliecluali operatione consislit, ut ex dictis patet. Inteliectnalis auteni operatio angeli om- nino abstracta est à loco et teinpore; nam etiam Dostra inteliectnalis operatio est per abstractio- nem ab hic et nunc^ nisi per accldens ex parte '^•'•tasmatum , qus in angelis nulla sunl. In n quod est omnino abstractum à loco et
tonipore, nihii operatat neque temporis direr* sitas, neqne loâ distantia. Unde in iocutione angeli nallum impedimentum facit distantia lod.
Ad primum ergo dicendam, qaèd locutio an- geli (sicut dictum est) est locutio interior» qa« tamen ab alio percipitnr : et ideo est in angelo loquente, et per oonsequens ubi est angélus lo<,D3na. Sed sicut distantia loealis noo impeditquia unus angélus alium videre pœsit, ita etiam non impedit quiu percipiat qood in eo ad se ordinatur, Quod est «jus Locutionem per- cipere.
Ad secnndnm dicendum, quôd clamor iile non est vocis corpores, que fit propter distao» tiam loci, sed slgniûcat magnitudinem rei qua dicebatur, vel magnitudinem affeclûs, secundùm quod dicit Gregorius, H. Moral,: a Tant6 quis- que minus clamât, quantè minus desiderat.»
su hkJSaXQB DES ANGES.
33
ARTiaE V. £a. parole <f tin amge è fomtm ut'^ile oofiniie àb toutf '
n pnrolt que la parole d'un ange à l'autre est connue de toas. i.^ Si la parole d'un homme à l'autre n'est pas entendue de tous, cela vient de la trop grande distance des lieux. Mais la distance des lieux ne fait rien à la parole de l'ange. Donc la parole d'un ange à l'autre est connue de tous.
2<» La puissance intellective est une chose commune à tous les anges. S donc une conception de l'un d'eux est connue de celui à qui elle s'adresse, il faut qu'elle soit également connue de tous les autres.
S*» L'ilhiminntion est une sorte de langage. Mais l'illumination qu'un ange transmet à un autre parvient à tous les anges , selon la parole déjà citée de saint Denis : « Toute existence céleste communique aux autras la lumière qu'elle a regue. o Donc la parole d'un ange à Tautre parvient à tous les anges.
Mais c'est le contraire qu'il faut dire ; car, si deux hommes ont le pou* voir de se parler seul à seul, à plus forte raison, cela doit-il avoir lieu chez les anges.
(Conclusion. — Un ange pouvant avoir un motif de communiquer sa pensée à l'un et non à l'autre, sa parole doit pouvoir être perçue par l'un d'eux^ à l'exclusion de tous les autres.)
D'après ce que nous avons dit, la conception d'un ange peut être perçue par un autre, à cause de la direction qui lui est donnée par la volonté de celui qui l'a eue. Or, on peut avoir un motif de transmettre une pensée à l'un et non à l'autre ; et voilà pourquoi celte conception peut être trans- mise à un ange en particulier. C'est ainsi que la parole d'un ange peut
AUTICULUS V.
Vtrkm locuthrutn vniua angeli ad alierum omnes eognoteant.
Ad qnintDin sic proceditar. Videtnr qu6d lo- cationem onius angeli ad aUerom omnes co- {moscant. Quod enim nnias hominis locutiooem noa omnes aadiant, facit insqualis lori dis- tautia. Sed io locaUone aogeli nihil operatur localis distantia^ ut dictmn est (art. 9 ). Ergo imo angelo loqnente ad alteram , omnes perd- piiiDi.
8. Pnet^ea , mimes angeti commnnicant in Vfftute inieUigeiidi. Si ergo concepius mentis mMif ordinatas ad aHenim eognoscitur ab uno , pni ratione oognescttnr ah alîis.
9. Pra terea, illuminalio est qusdam species locutioois. Sed iUuminatio unius angeli ab altère pervenit al omn s angelos; quia, ut Oionysius dicit, XV. Cœiett. hiera^çh, (ut jam suprà) ,
Cl «naqueqne netestis eflientia inkefiti^tiain sibi Iradi&am aliiacommvDictt j> Ergo et locntio umus angeli ad alteram, ad oaoes perdacitar.
Sed contra est, qnôd unus homo potest altoii aoli loqai. Multo igitur magis hoc in angelis esse potest.
(CoNCLUSio. ^Cùm unus angélus proprium conceptum mentis ordinare possit ex aliqua causa ad onum et boq ad alteram, locutiooem unius angeli potest percipere unus absqne aliis.)
Respondeo dioendum , qnèd sicut suprà die- tum est, ronceptus mentis unius angeli percipi potest ab allero, per hoc qo6d ille cujas est conceptus, sua Toluntate ordinat ipsum ad al- teriim. Potest antem ex aliqua causa ordinari aiiquid ad unum et non ad alterum : et ideo potest conceptus unios ab aliquouno cogoosci, et non ab aliis. Et sic locutionem unius angeli ad alterum potest percipere unus absque aliis; non quidem impediente distantia locali, sed
21 PARTIE J, OtTESTION GYni, ARTICLE 1.
être entendue d'un autre et non de tous, non à cause de la distance locale^ mais par la volonté de celui qui parle.
De là résulte la réponse à la première et à la seconde objection.
3<> Toute illumination provient de la première source de la vérité, qui est aussi le principe commun de tous les anges ; et dès lors, les illumina- tions leur sont aussi communes. Mais la parole peut avoir sa source dans le principe même de la volonté créée, ce qui est le propre de chaque ange ; et voilà pourquoi les paroles puisées à cette source ne sont pas destinées à tous les anges.
QUESTION CVIII.
ne la dlTlslOA des anges par Méraicliles et par ordres.
n faut ensuite examiner la division des anges par hiérarchies et par ordres. Car nous avons dit que les anges d'un ordre supérieur illuminent ceux d'un ordre inférieur, mais non réciproquement. Sur ce sujet, huit questions se présentent : !• Tous les anges ne forment-ils qu'une seule hiérarchie ? 2* Dans une hiérarchie, n'y a-t-il qu'un seul ordre? 3" Dans un ordre, y a-t^il plusieurs anges? 4<» La distinction des hiérarchies et des ordres est-elle fondée sur la nature ? 5<» Quels sont les noms et les propriétés de chacun des ordres? B'» Quels sont les rapports des ordres entre eux? ?• Les ordres demeureront-ils après le jour du jugement? 8« Les hommes sont-ib pris pour faire partie des ordres angéliques?
hoc faciente volantaria ordinatione, ut dictum est.
Unde patet responsio ad primum et ad se- cundam.
Ad tertiam dicendnm, quôd illaminatio est de his qas émanant à prima régula veritatis^ fDie est principiom commune omnium angelo-
rum ; et ideo illuminationes sunt omnibus com- munes. Sed locutio potest esse de bis que or- dinantur ad principium voluntatis create^ quod est proprium unicuique angelo; et ideo non oporiet quôd hujusmodi locutiones sint omnibus communes.
QUjESTIO CVIII.
De ordinalione angelorum ieeumdum hierarehiàt et ordinei, in oeto articulât divits,
Deinde considerandum est de ordinatione an- 1 uno ordine sint plures angeli. 4» Utnim dis- gelorum secundùm bierarcbias et ordines. Die- tinctio hierarcbiarum et ordinum sit à natura.
tum est euim qu6d superiores illuminant infe- riores, et non è converso.
Circa boc qusruntur octo : i» Dtrùm omnes angeli sint unius bierarcbis. 2» Utrùm in una luerarchia sit unus tantùm ordo. 8* Utrùm in
5» De nominibus et proprietatibus singulorum onlinum. 6» De comparatione ordinum ad in» ^icem. 70 Utrùm ordines durent post diem ju- dicii. 80 Utrùm homines assnmantor ad ordiaet angelorum.
DE LÀ DIVISION SES ANGES PAR HIÊRAKGHIES ET PAR ORDRES.
S5
ARTICLE I.
Totis les anges ne forment^ils qu^une seule hiérarchie?
n paroit que tous les anges ne forment qu'une hiérarchie. 1® Les anges^ occupant le rang le plus éleyé parmi les créatures, doivent être parfaite- ment disposés. Mais la disposition la plus excellente consiste à ranger la multitude sous le gouvernement d'un seul, comme le montre le Philo- sophe, Metaph., XII, et Politic, III. Donc la hiérarchie n'étant autre chose qu'un gouvernement sacré , il semble que les anges appartiennent à une seule hiérarchie.
if" Saint Denis, De cœL Hier., III, dit que a la hiérarchie est un ordre, une science, et une action, b Or tous les anges sont dans le même ordre de rapports avec Dieu, qui est l'objet de leur connoissance et le régulateur de leurs actions. Donc tous les anges appartiennent à une seule hiérar- chie.
3* Le gouvernement sacré appelé hiérarchie convient aux hommes et aux anges. Or les hommes ne forment qu'une seule hiérarchie. Donc, les anges aussi ne forment qu'une seule hiérarchie.
Mais, au contraire, saint Denis, De cœl Hier., VI, distingue trois hié- rarchies d'anges (1). •
(1) Deox Pères de TEgliaei saint Denis et saint Grégoire, Ton dans son traité de la Hiirarehi», rautre dans plusieurs passages de ses Homiliei, ont principalement fourni à saint Thomas les précieux éléments qii*i1 met en œune dans cette intéressante et remarquable théorie , où il nous montre , en quelque sorte , la constitution intime de la cité angéliqne. A ces deux sources , aussi pures qu^életées , il faut en ajouter une qui les domine , et dont elles doivent être regardées comme les fécondes dérlyations. C'est rScriture sainte. Mais quoique le Père grec et le Père latin se trouvent nécessairement avoir puisé à une source commune , on recon- noft, dans leurs aperçuf et leurs déductions , deux caractères fort distincts. Le génie du premier le pousse à découvrir la nature des fonctions angéliques et celle de leurs rapports , dans les noms mêmes des anges , tels qu*ils nous sont donnés par les Livres saints ; il raisonne, pour ainsi dire, à priori, et descend des principes aux actions extérieures, aux divers mi- nistères de ces purs esprits. Le second suit presque toi^ours une marche opposée; il remonte
ARTICULUS I.
Otrùm omnti angtli êini uniui hierarehiœ.
Ad primam sic proceditur (1). Videtnr qabà omnes angeli sint noiiu hienrchis. Cùm eoim tngeU sint supremi inter creataras^ oportet di- cere qaôd sint optimè dispositi. Sed optima dtsposikio est mnltitudinis secundùm quèd con- tioetor sub ono prindpata, ut patet per Phiio- lophnm, \\l.Metapky$, et in m. Polit. Cùm cvgo hierarchia nihil ait aliud qoèm aacer prin- dpatus, Tidetur quèd onmes angeli siot uniua tiieiarchchis.
2. Prcterea^ Dionysius dicit in III. cap. Cœlest. hieraivh., qnôd « hierarchia est ordo, scientia et actio. » Sed omnes angeli conve- oiunt in uno ordine ad Deum quem cognoscuat et à qoo in sois actionibus regulantor. £rgo omnes angeli sunt unius hierarchia.
3. Pneterea, aacer principatus, qui licitur hierarchia (2), invenitur in hominibus et ange- lis. Sed omnes homines snnt unius hiérarchie. Ergo etiam omnes angeli sunt unius hiérarchie!
Sed coutra est, quôd Dionysius, VI. cap. Cœlest. hierarch., distinguit très hierarcbiaâ angelorom.
(1) De his etiam In H, ShU., dist. 9, art. 1; et in Dionysium, llb. H col 6
26 PiUTIE I, QUESTION CVUI, ARTICLE 1.
(Conclusion. — Considérés par rapport à leur chef unique , lequel est Dieu , les anges et toutes les créatures raisonnables appartiennent à une même hiérarchie ; considérés par rapport à la multitude rangée sous le gouvernement de ce chef, lec anges ne forment une seule hiérarchie ni avec les hommes, ni entre eux, mais ils constituent entre eux trois hiérarchies.)
Une hiérarchie n'est, comme on Ta dit, qu'une principauté sacrée. Le nom de principauté comprend deux choses : le prince lui-même, et la multitude rangée sous son obéissance. Dieu étant Tunique prince , non- seulement de tous les anges , mais aussi des hommes et de toute créature , non-seulement les anges , mais encore toutes les créatures raisonnables capables de participer aux choses sacrées , ne forment qu'une hiérarchie. Dans ce sens, saint Augustin dit, De Civit. Dei, I : « fl y a deux cités ou sociétés : Tune formée par les anges et les hommes bons, l'autre par les mauvais. » Mais si Ton considère la principauté du côté de la multitude rangée sous le gouvernement du prince , c^tte principauté est dite une, lorsque la multitude peut être gouvernée d'une seule et même manière. Ceux qui ne peuvent être gouvernés par le prince, de la même manière, ap- partiennent à des principautés différentes. Ainsi il y a, sous un même
des ministères connus aux propriétés intimes des anges, et| par là même , à leurs rapports de subordination et d'honneur. An résultat , la classification établie est la même , à part une seule différence j signalée du reste et expliquée par saint Thomas.
Notre saint docteur ne se contente pas de recueillir et de coordonner les enseignements de la tradition , touchant les hiérarchies et les ordres angéliques; il en fait une exposition com- plète et raisomiée. G*est dans de semblables matières qu^on est heureux de voir Tœil profond •du métaphysicien sMUuminer des clartés supérieures de la théologie, mais pour les refléter à son tour avec plus de puissance et d* éclat. Nous ne sachons pas qvMI ait été rien écrit sur les anges de plus largement ou de plus vigoureusement conçu , que ce que nous en dit le docteur angélique. Nous ne serions pas étonnés même que ses admirables travaux sur la na- ture , les fonctions et les rapports des intelligences dégagées des sens , n*eussent beaucoup contribué à lui faire décerner le titre glorieux qu*il porte dans r£cole.
Certains hérétiques , surtout dans ces derniers temps , quand ils n* ont pas osé nier entiè- rement Texistence des anges , ont repoossé leurs hiérarchies comme des rêveries soolastiques. Calvin s>n moque dans ses IfutiHtiiont. Mais que prouve tout cela? Eh, mon Dieu, ce qne prouvoit , par exemple , le rire de la philosophie voltairienne : Tignorance de forgueil , <>« bien Torgueil de Tignoraoce. H est des hommes qui, non-seulement ignorent les travaux faits sur les questions dont ils osent parler, mais ne se doutent même pas de Timporlance et de la grandeur de ces questions considérées en elles-mêmes.
( CoKCLVsio. — Ex parte priocipis unius , scllicet Dei , omnes angelt et rationales creatane unias sunt hiérarchie; ex parte ter6 multitn- dinis ordinatae snb principe , augeli nec cum bominlbns, nec inter se, sunt nnius hierarchi»^ sed ipsi iiiter se angeii trescoQstituunt hierar- cbias.)
Respondeo diceadnm, qu5d bierardhia est sacer principatus , ut dictum est. In nonrine aulem principatus duo intelliguntur, scilioet ipse princeps, et multitude ordiQata sub prin- cipe. Quia igitur unus est Deus princeps , non BOiiim omnium aagelorum, sed etiam bominum
et totius creaturae; ideo non solùm omnium angelonmi, sed etiam totius rationalis creatorae, qnœ sacroram pariiceps esse potest, una ^t bierarchia. Secundàm quod Avgustinus dicit in Xn. De Civit. Dei, « dnas «SM civitates, hoc est societates, unam in angelis bonis et homi* nibus, alteram i& malis* » 8ed si consideretor principatus ex parte mulUtudinis ordinat»' sub principe , sic udub principatus dicitnr secund&a qu6d multitude une et eodem modo potest giH beroationem principis recipere. Qua; verô non possimt secundùm enmdem modiim gubernarl k principe , ad diverses priacipatiis perliueni '
DE LA DIVISION DES ANGES PAR HIÉRARCHIES ET PAR ORDRES. 27
roi, plusieurs cités gouvernées par des lois et des ministres différents. Or il est manifeste que les hommes reçoivent les illuminations divines, autrement que les anges. Car les anges les reçoivent dans leur pureté intelligible, et les hommes les reçoivent sous le voile des choses sensibles, comme le dit saint Denis , De caà. Hier.y I. C*est pourquoi il faut distin- guer la hiérarchie humaine de la hiérarchie angélique : et de la même manière on distingue dans les anges trois hiérarchies. Car nous avons dit, i l'article de la connoissance des anges, que les anges les plus élevés ont une connoissance de la vérité plus universelle que les anges moins élevés. Or retendue de cette connoissance universelle peut avoir, dans les anges, trois degrés distincts : car les raisons des choses sur lesquelles les anges sont éclairés, peuvent être envisagées de trois manières. D'abord en tant qu'elles procèdent du premier principe universel , qui est Dieu, Et cette manière convient à la première hiérarchie , qui est en rapport immédiat avec Dieu, et est comme placée dans les vestibules de la divinité, sui- vant l'expression de saint Denis , De cœl Hier., VI!. En second lieu , en tant que ces raisons dépendent des causes universelles créées , lesquelles se multiplient déjà d'une certaine façon : cette manière convient à la seconde hiérarchie. Troisièmement enfin, en tant qne ces raisons sont ap- pliquées à chaque chose suivant la dépendance où elle est vis-à-vis de ses causes particnlières : et cette manière convient à la dernière hiérarchie ; ce qui se verra plus pleinement lorsqu'il s'agira de chaque ordre en par- ticulier. Ainsi donc, on distingue plusieurs hiérarchies, du côté de la multitude soumise au même chef. D'où il est clair qne ceux-là se trompent et parlent contre l'intention de saint Denis, qui mettent dans les personnes divines une hiérarchie qu'ils nomment super-céleste. Car, dans les per- sonnes divines , il y a bien un ordre de nature , mais non de hiérarchie, lequel , comme le dit saint Denis , Ds cœl. Hier., Uï , consiste en ce que
dcut sub uno re^re sunt divers» civitates, quro I El iate moius convenit prim» hiérarchie, qcm
diversis regnntor legibas et mtnistris. Manifcs- tnin est autem qvM homines aiio modo divinas iDaminationes percipiunt, qnàm angeli. Nam aiifeli percipiunt eas in inteUigibiU poritate, domines veW> percipiant eu snb seasibiliam BÎmilitudiiiibiiB, ut Dionysius dicit, L Cœkst. hierarrh. Et ideo oportet distingui taomanam bierarrbiam abasgelica ; etpereumdem modum io angelis ires bierarehiae distiogaantnr. Dictum est enimsopr^, dom de cognitioDe aogelorum •geretor, quèd sapeiiores ao^ taabent mii- versaliorem eognitionem veritatis, quioi infe- riores. Hujusmodt autem nÛTersilis acceptio cognitionis secondùm très gradot in tngelis dÎBtiD{!iii potest. Posant enm rationes r8n.m, de quibus angeli illumioantur, coosiderari tri- pliciter. Priraè qnîdem secundùm quôd proce- dunt à ynsno principio unÎTenali, quod est Deiis.
immédiate ad Deam extenditor, et quasi in ves- tibulis Dei coUocatar, ut Dionysius dicit, VII. cap. Ccsiest, hierarch. Secundo ver6, proot hnjttsmodi rationes dépendent ab uuiversaUbui causiscreatis, qu» jam aliquo modo muUipIi- cantur; et hicmodas convenit secandx hiérar- chie. Tertio autem modo, secundùm qu&d hujus- mo(ii rationes applicantur singulis rébus prout dépendent à proprii^ causis; et hic modus con- venit infim» hiérarchie. Quod pleniùs patebit, cùm de singulis ordinibus agetur. Sic i^itur distingnuntur hierarchiae ex parte moltitudinis subjecte. Unde maniCestum est eos errare, et ooDtra inlentioiiem Diooysii loqni , qni ponnot in divii.is persoois hierarchiam, qoam voean» supercœlestem. In divuis eoiffl penmus eil quidam oido natnriP, sed non hienrchic. ^^m ot Dionysius dicit, VOL cap. Cœie$t, kùerur^k,.
28 PARTIE I, QUESTIOTT GVnii ARTICLE S.
les uns sont puriSés^ illuminés et perfectionnés^ tandis que les autres purifient, illuminent et perfectionnent; ce que jamais nous n'oserions ad- mettre dans les personnes divines.
Je réponds aux arguments : l*' Cette première objection considère la principauté du côté du prince , parce qu'il est très -bon que la multitude soit régie par un seul prince, comme l'indique en plusieurs endroits le Philosophe.
2« Quant à la connoissance de Dieu lui-même, que tous les anges voient de la même manière, c'est-à-dire dans son essence, on ne distingue pas parmi eux de hiérarchies, mais bien quant aux raisons des choses créées, comme nous venons de le dire.
30 Tous les hommes appartiennent à une seule espèce , et une seule manière de comprendre leur est également naturelle. Il n'en est pas de même des anges. D'où il n'y a point de parité.
ARTICLE II. Dans une hiérarchie y a-t-il plusieurs ordres ?
11 paroit que, dans une hiérarchie, il n'y a pas plusieurs ordres. i"* L'objet défini se multiplie en même temps que se multiplie celui par lequel on le définit. Or la hiérarchie , d'après saint Denis , est un ordre. Donc, s'il y a plusieurs ordres, il y aura plusieurs hiérarchies, et non pas une seule.
2o Des ordres difi*érents constituent différents degrés, et les degrés, dans les êtres spirituels, résultent de la diversité des dons spirituels. Or, dans les anges, tous les dons spirituels sont communs, parce qu'ils ne possèdent rien en particulier. Donc il n'y a pas d'ordres différents parmi les anges.
3^ Dans la hiérarchie ecclésiastique , les ordres se distinguent d'après
ordo bierarcbûe est alios quidem purgari ^ et iUuminari , et perfici ^ alios autem purgare , et illominare, et perQcere. Quod abat ut in divinis persoDis ponamns.
Ad pritnam ergo dicendum , qu6d ratio illa procedit de principatu ex parte principis; quia optimum est quèd multitude regatur ab uno prin- cipe, ut Pbilosophus in pluribus locis intendit (jamsuperiùs qu. ICI, art. 3, indicatis).
Ad secundum dicendum , qu&d quantum ad eognitionem ipsius Dei, qnem omnes uno modo^ scilicet per essentiam , vident, non distinguun- tur in angelis bierarchi® , sed quantum ad ra- tiones rerum creatarum, ut dictum est.
Ad tertium dicendum, qu6d omnes bomines sunt unius speciei, et unus modus intelligendi est eis connaturalis. Non sic autem est in an- gelis; onde non est similis ratio.
ARTICULUS U.
Virùm in una hierarchia rint plures ordinet.
Ad secundum sic proceditur (1). Videtur qu&d in nna hierarcbia non sint plures ordines. Mul* tiplicata enim dif&nitione multiplicatur et diffi* nitum. Sed bierarcbia, ut Dionysius dicit ( IH. De eœl. hierarch., ut suprà ), est ordo. Si ergo sunt muUi ordines, non erit una hierarcbia, sed mults.
2. Pnsterea, diversi ordines sunt diversi gradus , et gradus in spiritualibus constituuntur secundum diversa dona spiritualia. Sed in an- gelis omnia dona spiritualia sunt communia, qnia nihil ibi singulariter possidetur. Ergo non sunt divers! ordines angelorum.
3. Prsterea, in ecdesiasdca tûerarcbia dis- tinguuntur ordines secundum purgare, t7/t»-
't) De bis etiam in n, Smt., dist. 9, art. 3; et Contra Gent,^ lib. ni , cap. 80; et in I. ad If .« cap., lect. 7 , col. i.
DB LA DIYISION DES JlNGES PAR HIArâRGHIES ET PAR ORDRES. 29
fes trois actions, à savoir, purifier^ illuminer et perfectionner; car Pordre des diacres a pour fonction propre celle de purifier ; Tordre des prêtres a la fonction d'<tttm<ner; Tordre des évèques, celle de perfec- tionner, comme le dit "saint Denis , De eccl. Hier,, V. Or chaque ange illumine, purifie et perfectionne. Donc, il n'y a point distinction d'ordres parmi les anges.
Hais le contraire est exprimé par saint Paul, Fphes., I, 20, où il dit que 0 Dieu a établi Jésus-Christ au-dessus des principautés, des puissances, des vertus, des dominations, » lesquelles sont des ordres d'anges distincts, et appartiennent, pour quelques-unes, à une seule hiérarchie, comme on le verra plus bas.
(Conclusion. — Dans toute hiérarchie, on distingue trois ordres divers : Tordre supérieur. Tordre intermédiaire, et Tordre inférieur, d'après les fonctions et les actes divers des anges.)
D'après ce qui a été dit, une hiérarchie est une principauté, c'est-à-dire une multitude ordonnée uniformément sous le gouvernement d'un prince. Or, dans la multitude, il n'y auroit point d'ordre, mais confusion, s'il n'y avoit pas des ordres divers. Ainsi, l'idée même de hiérarchie de- mande une diversité d'ordres. Cette diversité d'ordres est en rapport avec la diversité des actes et des fonctions : dans une ville , par exemple , il y a des ordres divers suivant la diversité des actes; car autre est Tordre des juges, autre celui des soldats, des laboureurs, et ainsi des autres. Mais, pour nombreux que soient les ordres d'une cité, tous peuvent être rame- nés à trois , correspondant à ces trois choses qu'on remarque dans toute multitude parfaite , le principe, le moyen et la fin. D'où il y a, dans les cités , trois ordres d'hommes. Les uns sont élevés au - dessus des autres , comme les nobles ; les autres occupent le dernier rang, comme la popu- lace ; les autres, un rang intermédiaire, comme la bourgeoisie. De même.
minare eiperficere; nam ordo diaconoram est purgativus, sacerdotum Uluminativus, epi- Bcoporum perfectivus, ut Dionysins dicit, V. cap. Ecclesiast, fti>rarcA. SedqoilibetaDgelas irargat, illumioat et perfidt. Non ergo est dis- tioctio ordinam in angelis.
Sed coDtra est^ quod Apostolus dicit ad Ephes., qa6d « Deua constituit Cbristam bo- minem supra omnem priDdpatam^ et potesta- tem, et virtutem^ et dominationem; » qai suot divers! ordines angelonim, et quidam eorum ad onam hierardûam pertinent, ut infrà patebit {art 6).
( CoiiCLUBio. — Id omni hierarcbia distin- gnuntur très ordioes diversi, summus, médius et infimus, secondùm varia angelorum officia €tactus.)
Respondeo dicendum, quM sicnt dictum est (art. S ), una hierarcbia est unus principatus^
id est, una multitudo ordinata uno modo sub principis gubérnatione. Non autem esset mul- titudo ordinata, sed confusa , si in muUitudine divers! ordines non essent. Ipsa ergo ratio bie- rarcbie requirit ordinum (Ùversitatem. Qua quidem diversitas ordinum secunilùm diversa officia et actus consideratur, sicut patet qu6d in una civitate sunt divers! ordines» secundùm diversos actus ; nam alius est ordo judicantium, et alius pugnantium , et alius laborantium in agris, et sic de aliis. Sed quamvis multi siut unius civitalis ordines , omnes tamen ad très possunt reduci , secundùm quôd quaelibet mul- titudo perfecta babet principium , médium et finem. Unde et in c!v,itatibus triplex ordo ho> minum invenitur. Quidam enim sunt supremi, ut optimates ; quidam autem sunt infimi , ut vilis populos; quidam autem sunt medii, ut populus bonorabiUs. Sic igitur et in quaUbe
30 PARTIS l, QUESTION GYIU, ARTIGLB S.
dans chaque hiérarchie angélique , les ordres se distinguent d'après la diversité des actes et des fonctions; et cette diversité se ramène à trois points, ce qu'il 7 a de plus élevé, d'intermédiaire et de plus bas. C'est pourquoi saint Denis a mis trois ordres dans chaque hiérarchie.
Je réponds aux arguments : l*" Le mot ordre s'emploie dans deux sens : n désigne d'abord la coordination elle - même , qui comprend au-dessous d'oUe plusieurs degrés; dans ce sens, la hiérarchie est appelée ordre. Il désigne aussi un degré ; et dans ce sens, on dit que, dans une hiérarchie, il y a plusieurs ordres.
2° Dans la société angélique toutes choses sont communes sans doute ; il y a des choses cependant qui sont possédées d'une manière plus excellente par les ims que par les autres. Une chose est possédée plus parfaitement par celui qui la peut communiquer que par celui qui ne peut le faire ; ainsi, cet objet possède plus parfaitement la chaleur, qui peut la com- muniquer, que l'objet qui ne le peut; et celui-là sait plus parfaitement qui peut enseigner, que celui qui ne le peut. De plus celui-là possède un don à un degré plus parfait qui peut le communiquer d'une manière plus parfaite; ainsi celui-là est un maitre plus parfait qui enseigne une science plus élevée. C'est d'après cette comparaison qu'il faut juger la diversité des degrés ou des ordres parmi les anges, sdon la diversité de leurs actes et de leurs fonctions.
3* L'ange qui occupe le dernier degré est supérieur à l'homme qui, dans notre hiérarchie , occupe le premier, selon cette pai'ole , Matth., XI , i 1 : « Celui qui est le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui (Jean-Baptiste), lequel cependant, parmi les enfants nés de la femme , n'a pas vu s'en élever de plus grand que lui. » D'où l'ange qui, dans la hiérarchie céleste, occupe le dernier rang, peut non-seule- ment purifier, mais aussi illuminer et perfectionner d'une manière plus élevée que les ordres de notre hiérarchie. Par suite, ce n'est pas d'après
hierarchia angelica ordines distinguuntar se- cundùm diverses actus et ofûcia ; et omnis ista diversitas ad tria reducilur, scilicet ad summum, médium et inûmum. Et propter hoc in qualibet hierarchia Dionysios ponit Ires ordines ( ut lib. De cœlest. hierarch, patet, cap. 7, 8 et 9).
Ad primum ergo diceadum , quèd ordo du- pliciter dicitur. Uno modo, ipsa ordinatio com- prehendcns sub se diverses grados ; et hoc modo hierarchia dicitur ordo. Alio modo dicitur ordo gradua unus; et sic dicuntur plures ordines unius hiérarchie.
Ad secundum dicendum, qn6d in societate
angelorum omnia possidentur communiter ; sed
tamen qusdam excellentiùs habentur k quihus-
dam. auàm ab aliis. Unumquodque autem per-
^.lur ab eo qui potest illnd commu-
^ ab eo qui non potest ; sicut per-
fectius est calidum quod potest calefacere, quàm quod non potest ; et pericclius scit qui potedt docere , quàm qui non potest. Et quantè pei^ fectiùs donum aUquiscommunicare potest, Unti in perfcctiori gradu est : sicut in perfecliori gradtt magisterii est, qui potest docere alliorem scientiam. Et secundum hanc similitudinem consideranda est diversitas graduum vel orùinum in angelis, secundum diversa ofQcia et actus.
Ad tertium dicendum, quôd ioferior augeloB est superior supremohomine uostre hierarchia, secundum illud Matth., XI : « Qui minor est in regno cœlonim , major est illo , » scilicet Joanue Baptista^ quo « nullus major inler natos mulierum surrexit. » Unde miiior nn;îelns c(B* iestis hiérarchie potest non solîiin purgare, sad illuminare et perficere, et alliori modo quàm or- dines nostrs hiérarchie. El sic, secundàm dit-
SE LA Dnrrsioir du Asats pab hïêràbghiis vt par ordres. 31
les différences qui existent entre ces actions qn'on distingue les ordres célestes^ mais d'après d^autres différences existant entre leurs actions.
ARTICLE in. Dam tm ordre y a-t-il fduneurs anges?
U paroît que dans un ordre il n'y a pas plusieurs anges. !• On a dit plus haut que tous les anges sont inégaux entre eux. Or les choses égales peuvent seuks appartenir à un même ordre. Donc dans un ordre il n'y a pas plusieurs anges.
2° Lorsqu'une chose peut suflBsamment se faire d'une manière, il est superflu de la faire de plusieurs. Or, ce qui regarde une fonction angé- lique peut suffisamment se faire par le ministère d'un seul ange. De même que par un seul soleil se fait suffisamment ce qui appartient à la fonction du soleil , et d'une manière d'autant plus parfaite que l'ange est plus élevé en perfection au-dessus du corps céleste. Donc si les ordres se distinguent d'après les fonctions , comme on l'a dit, il devient superflu qu'il y ait plusieurs anges dans un seul ordre.
3<^ On a dit précédemment que tous les anges sont inégaux. Donc, si dans un ordre il y a plusieurs anges, par exemple, trois ou quatre, le moins élevé de l'ordre supérieur aura plus de traits de ressemblance avec le plus élevé de l'ordre inférieur qu'avec le plus élevé de son ordre : et ainsi il ne semble pas appartenir davantage à l'ordre de celui-ci qu'à Tordre de celui-là. Donc, dans un ordre il n'y a pas plusieurs anges.
Mais le contraire est renfermé dans ces mots àUsaïe , VI , 3 : « Les Séraphins criaient l'un à l'autre. » Donc dans l'ordre des Séraphins il y a plusieurs anges.
(Conclusion. — Dans chacun des ordres à nous connus il y a plusieurs
tinctionem harnm actionum non distingnnntar i multô roagis qukm per nnum solem safGcienter «siestes ordines^ sed secondùm alias differentias fit quod pertinet ad officium solis (1), quântôper-
actionnm.
ARTICDLUS m. Virum in «no ardme tint pèure» angeH.
Ad terthim sic proceditnr. Videtur qn6d in uno ordine non sint plures angeli. Dictum est enim snprà (qu. 47, art. «, et qu. 50, art. 4), omnes angelos inseqnales esse ad invicem. Sed nnius ordinis esse dieuntur qus snnt sqaaiia. Ergo plures angeli non sunt unius ordinis.
9. Prslerea, qood potest snfTicienter fieri per luram, snperflavm est qu5d fiât per multa. Sed illnd qnod pertinet ad anum ofUcium angeUcnm, tafficienter potest fieri per unum angelom.
fectior est angelas coelesti corpore. Si ergo or- dines distingnnntar secandiim officia, ut dictum est (art. S)y superfluum est quôd sint plures angeli unius ordinis.
8. Prxterea, suprà dictum est (art. i ), quod omnes angeli sunt insequc^Ses. Si ergo plues angeli sunt unius ordinis, putà très vel quatuor, inûmus superioris ordinis magis conveniet cum supremo inferioris, quàm cum supremo sui or- dinis ; et sic non videtur qu6d magis sit unius ordinis cum hoc , quàm cum illo. Nou igitor sunt plures angeli unius ordinis.
Sed contra est , quod Isai., VI , dicitilr, quôd « Seraptiim clamabant alter ad alterum. » Sunt
(1) Qui proin^ vnas taot&in est, et ideo Sol «ppellatvr quasi tolus; nempe vel quia tolut m ommibùi jïdmdt» at tantwt; tel quio eùm Ml eoeorlut obtcwratiê omnibut iofut appa- fit; aie ipse Gic«n>, lib.U Xte mtUwra JD$arum, paalè oate mediiiiD.
S2 PABTIB l, QUESnON GTni^ ARTICLE 3.
anges ; mais chaque ange a un ordre particulier que nous ne connois- sons pas.)
Celui qui connoit parfaitement certaines choses peut distinguer en elles jusqu'aux moindres particularités leurs actes, leurs vertus et leur nature. Celui qui ne les connoit qu'imparfaitement ne les peut distinguer que d'une manière générale ; et cette distinction repose sur un plus petit nombre d'objets. Car celui qui connoit imparfaitement les choses natu- relles distingue leurs ordres d'une manière générale , mettant dans un ordre les corps célestes, dans un autre les corps infériefrs inanimés^ dans un autre les plantes, dans un autre les animaux. Celui, au (X)n- traire, qui connoitroit plus parfaitement les choses naturelles pourroit distinguer dans les corps célestes et dans chacun des autres ordres; de nouveaux ordres distincts. Nous ne connoissons qu'imparfaitement les anges et leurs fonctions, comme dit saint Denys, Be cœU Hier., 6. Par suite, nous ne pouvons distinguer les ordres et les fonctions des anges qu'en général, en tant que plusieurs anges sont compris dans un seul ordre. Mais si nous connoissions parfaitement les fonctions des anges et ce qui les distingue, nous saurions parfaitement que chaque ange a une fonction qui lui est propre, et son ordre particulier parmi les choses, beaucoup plus encore que chaque étoile^ quoique nous ignorions comment cela a lieu.
Je réponds aux arguments. 1* Tous les anges d'un même ordre sont égaux d'une certaine façon, quant à la i^ssemblance commune qui les range dans cet ordre ; mais ils ne sont pas égaux sous tous les rapports. De là saint Denys dit. De cœl. Hier., 40 : a Dans un même ordre il y a les premiers, les moyens et les derniers. »
2<> Cette distinction spéciale des ordres et des fonctions d'après laquelle chaque ange a un ordre et une fonction propres, nous est inconnue.
ergo plures angeli in uno ordine Seraphim.
(CoNCLUsio. — MuUi angeli sunt in uno or- dine nobis note, sed quilibet angélus proprinm habet ordinem nobis incognitum.)
Respondeo dicendum , quôd ille qui perfectè cognoscit res aliquas , potest usque ad minima et aclus^ et virtutes, et naturas earum distin- guère. Qui autem ragnoscit eas imperfectè, non potest distinguer nisi in universali; que qui- iem distinclio fit per pauciora. Sicut qui im- perfectè cognoscit res naturales, distinguit ea- rum ordines in universali , ponens in uno or- dine cœlestia corpora , in alio corpora inferiora inanimata , in alio plantas , in alio animalia ; qui autcm perfectiùs cognosceret res naturales^ posset distinguere et in ipsis corporibus cœies- tibus diversos ordines , et in singuiis aliorum. Mi%« autem imperfectè angelos cognoscimus, et ^Icia, ut Oionysius dicit , VI. cap. CœL Unde non possuinus distinguere officia
et ordines angelorum nisi in communia secun» dùm quem modnm mulli angeli sub uno ordine coutiiientur. Si autem perfectè cognosceremus officia angelorum et eorum dislinctiones , per- fectè sciremus qu6d quilibet angélus habel suam proprinm officium et suum proprium ordinem in rébus, multô magis quàm quslibet Stella, etsi nos lateat.
Ad primum ergo dicendum, qu6d omnes an- geli unius ordinis sunt aliquo modo squales . quantum ad communem similitudinem , secun- dùm quam constituuntur in ordine, sed simpli- citer non sunt squales. Unde Dionysius dicit, X. cap. Ccslest, hierarch., quôd «in uno et eodem ordine angelorum est accipere primos, medios et ultimos. »
Ad secundum dicendum, quôd illa specialis distinclio ordinum et ofticiorum, secundum quam quilibet angélus habet proprium oi&cium «t or* dinem, est nobis ignoia.
DE LA BIYISION DES AN6SS PAR HrfaABCHIES BT FAR ORDRES. 39
S^ De même qae dans une surface en partie blanche, en partie noire , les deux parties qui sont sur les limites du noir et du blanc ont un plus grand rapport de position que deux autres parties blanches, bien qu'elles aient un moindre rapport de qualité : ainsi deux anges qui sont sur les limites de deux ordres ont des rapports mutuels plus marqués quant à la proximité de leurs natures , que l'un des deux arec quelques autres df son ordre; mais ils ont entre eux des rapports moins marqués quant i leur aptitude pour des fonctions semblables ; laquelle aptitude s'étend jusqu'à un tetme fixe.
ARTIO-E IV. La distinction des ordres et des hiérarchies angéliques f)ient»elle de la nah»ref
n parott que la distinction des hiérarchies et des ordres angéliques ne Tient pas de la nature, l» On appelle hiérarchie une principauté sacrée; et dans sa définition saint Denys dit : « Elle est une image de Dieu aussi parfaite que possible. » Or la sainteté et la ressemblance avec Dieu dans les anges leur vient de la grâce et non de la nature. Donc la distinction des ordres et des hiérarchies angéliques provient de la grâce et non de la nature.
99 On attribue aux Séraphins la propriété de brûler ou d'enflammer, comme le dit saint Denys, De cœU Hier., 7. Or cela paroit appartenir à la charité , qui ne vient pas de la nature, mais de la grâce : a Car elle est répandue dans nos cœurs par l'Esprit saint qui nous a été donné , » est-il dit, ad Rom. y V, 5; et cela appartient non-seulement aux hommes saints, mais encore^ d'après saint Augustin, De Civit. Dei, XII, 9, aux saints anges. Donc les ordres angéliques ne viennent pas de la nature, mais de la grâce.
Ad teriium dicendom, qaèd àcai m superfl- eie, qus partim est alba et partim nigra, doc partes qu« sunt io coofinio albi el aigri, magis conveiiiunt secundàm âtom qaàm alis dus partes albe^ minus tamen secaadùai qnalitatem ; ita duo angeli qui sunt io terminis duorom or- dinniD^ magis secum eonveoiimt secoodùm pro- piDqniUtem natora, quàm imiiseomm comali- auibus aliis soi ordinis ; miaùs autem secundùm Moueitatem ad siinilia officia. Qaae quidem ido- neitas usque ad tliquem cerCom termiAam pro- teaditor.
ARTICULAS IV.
Vtrùm disiinetio hierarchiarum et ordinmm êit à natura in angetis.
Ad qiiartum sic proceditur (t). Videtur qnèd dîstinctio hierarchUirom et ordinnm non sit à
(i) De bis etiam in U, Se%t.j dist. 9, art. 7.
1V«
natura in angelis. Hierarchia enim dicitur saeer jnincipatus; et in difBnilione ejus Oionysiiu ponit quèd « Deiformi, quantum possitnleest, assimilât. » Sed sanctitas et deiformitas est i| angelis per gratiam, non per naturam. Ergt disUnctio hierarcbiarum et ordinum in angeUs est per gratiam, taon per naturam.
2. Prsterea, Seraphim dicunUir ardentes Tel incendentes, ut Dionysius dicit, VIL cap» CcUest. kierareh. Hoc autem videtur ad cha- ritatem pertinere^ qu» non est à natura, sed ^ gratta : « diffnoditur eoim in cordibus nost4'* per Spiritum sanctom qui datus est nobis, b %\ dicitur ad Rom., V. Quod non solùm adsanct^i homines pertinet^ sed etiam de sanctis ans^Hf dici potest, ut Augustinus dicit, Xll. De CivH Dei ( cap. 9 ). Ergo ordines in angelis non saf à natura, sed à gratia.
3" La hiérarchie ecclësiastiqiie est formée d'aiiris celle du ciel. Or les •rdres conférés aox hommes leur sont donnés non par la nature^ mais ^r un don de la grâce ; car la natore ne fait pas que Tun soit évftqne^ ira antre prêtre, nn autre diacre. Donc les ordres dans les anges ne pro- tiennent pas de la nature, mais de la grâce seulement.
Mais, au contraire, le Maître dit. Sent., IX, 2 : c On appelle ordre a»- gélique une multitude d'esprits célestes qui se ressemblent par quelque don de la grâce, comme ils se ressemblent par la participation des mêmes dons naturels. x> Donc la distinction des ordres angéliques est fondée n<HH seulement sur les dons gratuits, mais encore sur les dons naturels.
(Conclusion. — Si Ton considère la fin naturelle des anges, leurs ordres se distinguent par les dons naturels ; si on considère leur fin surnatu- relle, leurs ordres se distinguent d'une manière définitive par les dons gratuits, et quant à ce qui les dispose à receroir ces dons gratuits, par les dons naturels; mais pour les hommes, leurs ordres se distinguent par les dons gratuits seulement).
L'ordre d'un gouvernement, qui est Tordre d'une multitude établie sous une principauté, doit être considéré relativement à sa fin. Or la fin des anges peut être entendue de deux manières : d'abord, d'après la puissance de leur nature, c'est-à-dire, en tant qu'ils connoissent et aiment Dieu d'une connoissance et d'un amour naturels ; et selon leur rapport avec cette fin, on distingue les ordres des anges par leurs dons naturels. On peut entendre, en second lieu, la fin de la multitude angélique,en tant qu'elle surpasse leur puissance naturelle ; fin qui consiste dans la visioa de la divine essence, et dans la Jouissance permanente de la bonté divine ; et cette fin , on ne peut l'atteindre que par la grâce. D'où , selon leur rapport avec cette fin, les ordres des anges se distinguent définiti- vement par les dons gratuits, et quant ace qui les y dispose, par les
8. Pneterea , bierarcfaia ecclesiastica exem- platar à cœlesti. Sed ordines in hotninibus non sut per naiuram, aed per donum gratie; non enim est à natura qu6d anus est episcopus, et alias est sacerdos, et alius diacoous. Ergo neque in angelis suât oiëines à natura , sed à gratia tiBtàm.
Sed contra est, quod Magister dicit, IX. disL n« Sentent. , quàd « ordo angelonun diciUir mnlUUido cœle&tium spirittiuoiy qû in ter se aliqiio muoere gratis similanlury sicut et aata- ralâum datorom participatione conveniunt. » Diitioctio erge ordinum in angelis est non solùm seoBodùm dooa gratuita^ sed ettam aecundùm doM oaloralia.
( CoHCUMio. — Secundùm finem naturalem
^tur ordines in angelis per naturalia
>dii(n supernaturalem verô finem ^
er dona gratuita et diapositive per
naturalia distingimntnr; in hominiboB ver6 per dona graitnita tantùm. )
Respondeo diceudnm , qo6d ordo gubenia» tioniSf qui est ordo nultitudmis sub prinripata existens, alteoditor per respectam ad finem. Finis anteoi angelorum polest accipi dapliciter. Uno modo seenndiun fàoultateoi suc nator», ut scilicet GOgnoscant et ament Deum natnratt oogoitione et amore ; et secundùm respectum ad huncflaern, distinguuntar ordin«s angelorum secundùm naturalia dona. Alio modo potest ae- cipi Unis angelicas multitudinis supra naturalem facultatem eorum , qui consistit in visione di- vins esseniiae, et in immobili fruitione bonitatis ipsius : ad quem finem pertingere non possuni nîsi per graliam. Unde secundùm respectum ad bunc finem, ordines distinguuntar in angelii» complétive quidam secundùm clooa gialuita, di&positivè aatem secundùm dona naturalia^
DE LA DITTSION DES ANGES PAR HTÉlURGHIES ET PAR ORDRES. 35
dons naturels; parce que les dons gratuits ont été accordés aux anges d'une manière proportionnée à la capacité de leurs dons naturels (1) : €e qui n'a pas lieu pour les hommes, comme nous l'avons déjà dit. C'est pourquoi, dans les hommes, les ordres se distinguent par les dons gra- tuits seulement, et non par leur nature. Ainsi s'évanouissent les difficultés qui nous sont opposées.
ARTICXE V.
Les ordres angéliques sont^ils convenablement nommés ?
n paroit que les ordres angéliques ne sont pas convenablement nom- mes. l'Tous les écrits célestes sont dits anges, vertus et puissances célestes. Or^ les noms communs ne sauroient être convenablement pris pour les noms propres de quelques individus. Donc, ce n'est pas conve- nablement que l'on nomme un ordre l'ordre des Anges, et un autre celui des Vertus.
2* Dominer ou être seigneur ai4)artient i Dieu seul , selon cette parole du Psalmiste, Psalm. XCIX, 3 : a Sachez que le Seigneur est Dieu lui- même. » Donc c'est à tort qu'on appelle Dominations un ordre des esprits célestes.
3" Le nom de Domination semble indiquer un gouvernement. Or il en
(1) Voilà «M Ihèie oà uiit Thomas réfute encore, mais indirectement et sans le nommer, roptnion d*Origène. Selon ce Père , comme le lecteur ne sauroit Tavoir oublié , les divers étals des esprits, anges ou âmes humaines, ne sont autre chose qu'une récompense on un thAlimeiA. les êtres spirituels auroient tous été , selon lui , créés en même temps et dans une égaUté parfaite ; ils eonstttueroient donc nne seule espèce , et leurs différences actuelles profiendroient uniquement d*tto mérite acquis ou d*un démérite encouru dans une épreuve an- Cérieure et primiiive En faisant reposer sur la nature , sur les lois même de leur création , la dittinctfoo des chœurs angéliques, sahit Thomas renverse par sa base la dangereuse hypo- thèse du professeur d'Alexandrie ; mais en faisant concourir la grâce à oette même distinc- tion, en montrant les esprits célestes fidèles à ce double bienfait de la nature et de la grâce, notre saint docteur laisse subsister le peu de véâlé qui se rencontre dans l'opinion combattue. Car, s'il est vrai qu'il n*y a pas d'erreur absolue , qu'il y a toujours un fond de vérité dans une eirear quelconque , cela doit être vrai , surtout quand il s'agit des aberrations où sont tMibét eeriaiM génies, empreints d* ailleurs de tant d'élévation et de puissance.
qoia angelis daU ront dont graiuita secundùm capacitatem uaturaliam. Qood non est in ho- minibus, at suprà dicium est (qu. 62, art. 6). l'fide ko bominibos disUoguuntur oHioes bc- dmdùm dMU graiuita tautùoi, et non secujidiun nataram. El per hoc patet responsio ad objecta.
ARTICULUS V.
Utritm ordineM angelorum convenienler nùminentur.
Ad qaintom sic procediiar (1). Videtur qu6d OBdÎLes angelorum non convenienter aomiuen-
tor. Omoes enim cœlestes spiritus dicnntur et aogeli , et virtutes, et potpstates ca lestes. Sed uoinina communia inconvenienter aliquibus ap- proprianlor. Ergo inconvenienter nominalor uttus ordo i4n^Wortim, etalius Virtutum,
2. Prsierea, esse dominum est propriuin Dei> secundùm ili«d Psalm, XCfX : « Scitote quo- niam Dominas ipse est Deus. » Ergo inconve- nienter dhus ordo cœleslium spirituum Domi» natianes vocatar.
S. Prcterea, nomen Dominationis ad gu- bernatiooeoi pértinere videtur. Similiter autem et iiomen Prineipatuum et Potestatum» In-
(1) De bis eiiam in n, Senê,^ dist. 9, arU'i; ei Cof^ra Gent.. Ub. ni , cap. 80.
36
PARTIE I, QUESTION CVIII, ARTICLE il.
est de même du nom des Principautés et des Paissances. Donc c'est à tort qu'on donne ces trois noms à trois ordres difiTérents.
4*^ Le nom d'Archanges signifie princes des anges. Donc ce nom n'a pas dû être donné à un autre ordre qu'à celui des principautés.
5» Le nom des Séraphins leur est imposé en signe de l'ardeur qui esl propre à la charité. Le nom des Chérubins leur est imposé en signe de science. Or la charité et la science sont des dons communs à tous les anges. Donc^ ces noms ne doivent pa3 appartenir à des ordres spéciaux,
6« Les Trônes signifient des sièges. Or Dieu est dit siéger dans la créature raisonnable, par cela qu'il la connoît et l'aime. Donc l'ordre des Trônes ne doit pas difiérer de celui des Chérubins et des Séraphins. Donc , il paroit que les ordres angéliques ne sont pas convenablement nommés.
Mais l'autorité de l'Ecriture, qui les nomme ainsi , établit le contraire. Le nom des Séraphins se trouve dans Isaf 6, VI; celui des Chérubins, dans Ezéchiel, l; celui des Trônes, dans saint Paul, Coloss., 1; celui des Dominations, des Vertus, des Puissances et des Principautés, Eph., l; celui des Archanges, dans l'Epitre canonique de saint Jude; celui des Anges dans plusieurs endroits de l'Ecriture.
(Conclusion. — Les neuf ordres angéliques, les Séraphins, les Chérubins, les Trônes, les Dominations, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Archanges et les Anges, sont nommés convenablement, en ce que leurs noms sont en harmonie avec leurs perfections spirituelles et leurs divers ministères.)
Dans la dénomination des ordres angéliques, il faut considérer que lea noms propres de chacun des ordres désignent leurs propriétés, comme le dit saint Denis, De cœl Hier., Vil. Pour voir quelle est la propriété d'un ordre, il faut considérer que , dans les ètres*ordonnés , une chose peut se trouver de trois manières : par propriété, par excès, et par participation.
convenienter ergo tribus ordinibos hsc tria Domina imponuntur.
4. Prxterea, Arcbangeli dicuntur quasi priti* cipes angeii. Non ergo hoc nomen débet Im- pool alii ordini quàm ordini principatuum.
5. Prxterea, nomen Seraphim imponitur ab ardore , qui ad cbaritatem pertinet. Nomen autem Cherubim imponitur à scientia. Charitas autem et scientia sunt dona communia omni- bus angelis. Non ergo debent esse nomina spe- cialium ordinnm.
6. Prxterea, Tkroni dicuntur sedes. Sed ex hoc ipso Deus In creatura rationali sedere di- citur, qu6d ipsam cognoscit et amat. Non ergo dcbet esse alius ordo Thronornm ab ordine Cherubim et Seraphim. Sic^igitur videtur qu6d * — ^"•••nienter ordincs angelorum nominentur.
Ura est auctoritas sacr« Scriptur», 1 Dominât, Nomen enim Seraphim
ponitur Isai., VI; nomen Cherubim, Exech., I; nomen Thronorum, Coioss., 1; Domina" tiones autem et Virtutes, et Potestates^ et Principatus ponuntur Ephes., I ; nomen autem Archangeli ponitur in Canonica Judtf; nomen autem Angelorum in pluribus Scriptiire Ificis* (CoNCLusio. — Novem angelorum ordines, Seraphim, Cheiubim, Throni, Oominationeb, Virtutes, Potestates, Principatus, Archangeli et Angeii, convenienter (secundilm convenientiam scilicet ad spirituales eomm perfectiones et mi- nisteria ) nominantur. )
Respondeo dicendum, qu5d in nominalione angelicorum ordinum considerare oportet, qu&d propria nomina singulorum ordinum propiieta- tes eorum désignant, ut Dionysius dicit, VU. cap. Cœlest, hierarch. Ad videndum autem I qu« sit propiietascujuslibet ordinis, considerare I oportet, qu6d in rébus ordinatia tripliciler ftli*
SE LA DIVISION DES ANGES PAR HIÉRARCHIES ET PAR ORDRES. 37
Une chose est dans un être par propriété, lorsqu'elle y est d'une ma- nière adéquate et proportionnée à sa nature. Elle est dans un être par scès^ quand ce qui est attribué à cet être est moindre que cet être, mais loi convient cependant avec un certain excès , comme on l'a dit de tous les noms attribués à Dieu. Une chose enfin est dans un être par participa- lion , quand ce qui lui est attribué ne se trouve pas pleinement en lui , mais d'une manière défectueuse : ainsi les saints sont appelés dieux par participation. Si donc on doit nommer un être de manière à désigner ce qui lui est propre , on ne doit pas le nommer par ce dont il ne participe qu'imparfaitement, ni par ce qu'il possède par excès, mais par ce qui lui est adéquat. Ainsi, celui qui veut nommer proprement l'homme, l'appel- lera une substance raisonnable ; mais non pas une substance intellectuelle^ nom propre de l'ange, parce que l'intelligence pure convient à l'ange par propriété , et à l'homme par participation ; il ne le nommera pas non plus une substance sensible , nom propre de la brute , parce que le sentiment est moins que ce qui est propre à l'homme, et convient à l'homme d'une &(0D qui rélève au-dessus des autres animaux. Gonséquemment, on doit considérer, dans les ordres angéliques, que toutes les perfections spiri- tuelles sont communes aux anges , et existent toutes plus abondamment dans les ordres supérieurs que dans les inférieurs. Mais comme dans les perfections elles-mêmes se trouve une certaine gradation, on attribue la perfection supérieure à l'ordre supérieur par propriété , et à l'ordre infé- rieur par participation. Réciproquement , la perfection inférieure est attribuée à l'ordre inférieur par propriété, et à l'ordre supérieur par excès; et ainsi Vordre supérieur reçoit son nom de la perfection supérieure. Saint Denis expose donc les noms des ordres , selon la convenance de ces iioms avec les perfections spirituelles. Saint Grégoire, en les exposant.
qDidesse cootingit, scilicet per proprietatem, per ezcessam et per participationem. Per pro- prietatem aalem dicitur esse aliquid in re ali- qaa, quod adsquatar et proportionatur natars ipsius. Per excessum autem, qoando illud quod attribuilor alicui, est minus quàm res cui at- triboitur, sed iamen convenit ilU rei per quem- dam excessum, sicut dictum est de ooiuibus oominibus qu« atlribuuntur Deo. Per partici- pationem autem, quando illud quod attribuitur alicm, non plenariè invenitur in eo, sed deQ- cicnter; sicut sancti homines parlicipativè di- cunUir cii. Si ergo aliquid nominari debeat no* mixte désignante proprietatem ipsius, non débet nominari ab eo quod imperfectè participât, neqoe ab eo quod eicedenter habet, sed ab eo quod est sibi quasi coxqnatum : sicut si quis vdit propriè nominare hominem, dicet eum Mubstantiamratiimalem^ non autem substan- tion* i/itelieUualem, quod est proprium nomen
angeli , quia simplex iotelligentia convenit ao» gelo per proprietatem, bomini ver6 per partici- pationem; neqoe substantiam sensihilem, quod est nomen bruti proprium, quia sensus est minus quàm id quod est proprium homini, et convenit bomini excedenter prs aliis anima- libus. Sic igitur considerandum est in ordiuibus angeiorum, quôd omnes spirituales perfectiones sunt omnibus angelis communes, et omnes abuudantiùs existunt in superioribus quàm in inferioribus. Sed cùm in ipsis etiam perfectio- nibus sit quidam gradus superior , perfectio at- tribuitur superiori ordini per proprietatem , in- feriori verô per participationem. E converao autem, inferior attribuitur inferiori per proprie- tatem , superiori autem per excessum ; et ita superior ordo à superiori perfectione uominatur. Sic igitur Dionysius exponit ordinum nomint secuudùm convenientiam ad spirituales perfec- tiones eorum. Gregorius verô in ex"'»^**'*"^
38 PARTIE l, QUESTION GYIII^ ARTICLE 5.
semble faire une plus grande attention à leur ministère extérieur. Car, selon lui, les Anges sont ceux qui annoncent les choses les moins impor- tantes ; les Archanges annoncent les plus importantes; parles Vertus, sont opérés les miracles ; par les Puissances , sont éloignées et repoussées les puissances mauvaises ; les Principautés sont les anges qui commandent aux bons esprits.
le réponds aux arguments : I** Ange signifie messager. C'est pourquoi les esprits célestes, en tant que chargés de manifester les choses divines, sont appelés anges. Mais les anges supérieurs ont, dans cette manifestation, une prééminence de laquelle les ordres supérieurs prennent leurs noms. Le dernier ordre des anges n'ajoute aucune excellence à cette manifesta- tion, qui est commune à tous les ordres : aussi reçoit-il son nom de cette manifestation seule ; et de cette sorte , le nom commun devient le nom propre de Tordre le moins élevé , comme le dit saiilt Denis , Be cœL Hier., V. L'on peut dire encore que Tordre le moins élevé peut être nommé spécialement Tordre des Anges, parce qu'ils nous annoncent les ordres divins immédiatement. Pour le mot vertu, il peut être pris en ces deux acceptions différentes. 11 peut être entendu d'abord communément, en tant que la vertu tient la place intermédiaire entre l'essence et Topé- ration : et ainsi tous les esprits célestes sont appelés vertus célestes, comme essences célestes. Il peut être encore entendu comme désignant une surabondance de force. Et dans ce sens , c'est le nom propre d'un ordre. C'est pourquoi saint Denis dit. Le cœl. Hier., VIll : « Le nom des Vertus signifie une force mâle et inébranlable, d'abord pour toutes les opérations divines qui leur conviennent ; puis, pour recevoir les choses divines ; » et ainsi il signifie qu'ils abordent sans crainte les choses divines qui les regardent, ce qui paroît appartenir à la force de Tame.
2o Comme le dit saint Denis, Be div. Nom., XII, a la domination est
toam nominum magis attendere yidetnr exte- riora ffiinisterïa ; dicit eoim qu6d Angeli dicun- tar qui miniina nuntiant; Archangeli ^ qui BQOima; Virtutes, per quas miracula finnt; Potestates, quibus adverse potestates arcentur Tel repeltuQtur; Principatus, qui ipsis bonis spiritibus prssunt.
Ad pritnum ergo dicendum, qn5d angélus «tifittt» dicitur. Omnes ergo cœtestes spiritus^ in quantum sunt manirestatores divinornm, dnyeli vocantur. Sed superiores angeli habent quamdam excellentiam in hac manifestatione , I qua superiores ordines nominantnr. Intimus tutem angetorum ordo nullam excellentiam (upra communem manifestationem addit; et Ideo ï simplici manifestatione nominalur : et sic commune remanet infimo ordini quasi . ut dicit DionysiuSy V. cap. Qœlest, Vel potest did qu6d inlimus ordo
MAmAn
specialiter potest dici ordo Angeloram, quia immédiate nobis annnntiant. Virtvs antem d&- pliciter acripi potest. Uno molo comm imiter, secundùm qu6d est média inter essentiam et operationem; et sic omnes cœlestes s^âritns nominantur cœlestesvirtutesj sicut et cœlestes essentis. Alio modo, secuu'lùm qn&d importât quemdam excessum fortitudinis ; et sic est proprium nomen ordints. Unde Dionysins dicH, VHI.cap. CœL hterarrh,, qii6d « nomen Virt«- tum signilicat quamdam Tirilem et inconcnssam fortitudioem , primo qiiidem ad omoes opéra- tiones divinas eis convenientes ^ secundo verft ad suscipiendum divina : et ita signilicat qu6d sine aliquo timoré aggreiHnutur divina qus a( eos pertinent; » quod Tidetur ad fortitudinem animi pertinere.
Ad secuttdum dicendum, quôd sicnt didi Dionysius , XII. cap. De div» Nomin., « do-
DE LA BTYISTON MS ANGBS PAR HIÉRÀRCKIBS ET PAE ORDRES. 39
attribuée à Dien d^ioe manièie propre y par excès ; mais la parole divine •ppelle Dominations par partidpation les principaux ordres qui commo- niquent aux ordres infâneurs ks dons de Dieu. » De là , le mdne saint Denis dit, Dt eod. Hier., Vfll ; « Le nom des Dmninations signifie d'abord «ne liberté qui exempte de la condition s^vile et de la soumission com- mune à laquelle est astreinte la popubce , et de ro[qpression tyrannique que de temps en teaaps les grands souffirent eux-mêmes. En second lieu, il signifie un gouvernement ferme et inflexible qui n'est incliné à aucon acte servile ni à aucun de ces actes qu'entraîne la siqétian ou Toi^ession estfercées par les tyrans. Il signifie, en troisième lieu, le désir et la parti- cipation dtt véritid>le domaine qui est en Dieu, d Le nom de chaque ordre signifie ëgaiement la participation à une qualité qui est en Dieu ; par exemple, le nom des Vertus signifie la participation à la vertu divine ; et ainsi des autres.
3<> Les noms de Domination, de Puissance et de Principauté expriment le gouvernement sous divers rapports : car la chaire du Seigneur consiste seulement à ordonner ce qu'il £uit faire. Aussi saint Grégoire dit - il que a certains bataillons d'anges , parce que les autres leur doivent obéissance, sont tiq[)elés Dominations. » Le nom de Puissance emporte l'idée d'un cep- tain ordre, selon ce passage de l'Apôtre, Rom., Xill, 2 : a Celui qui résiste à la puissance résiste à l'ordre voulu par Dieu. » C'est pourquoi saint De- nis dit que a le nom de Puissance désigne la réalisation d'un ordre em^ brassant et la réception des choses divines et les actions divines que les ordres supérieurs exerçait sur les inférieurs , en les élevant vers Dieu, p A l'ordre des Puissances appartient donc de mettre l'ordre parmi les choses que les inférieurs doivent exécuter. Etre prince, d'après saint Gré- goire, a c'est être le premier parmi les autres;» par exemple, être les pre-
mioatio landatur in Deo singnlariter per qiiem- dam excessum, sed per puiidpatioiieni divin eloqnia vocant Dominationes principaliores or- dînes, per quos inferiores ex donis ejus acci- piunt. » Uode et Dionysiiis dicii in Vdl. cap. CalesL hierarch., qaôd « nomen Dominatio- nmi priiDÔ qaidem significat quamdaœ liber- tatem q«aB est à aenrilt coodiitone et pedestri fnbjectioDe ; sicut plebs subjicitur, et à tyrao- nka oppressioDe, quam interthim etiam majores palhiDUiT. Secondô siçBîficatquamdam rigidam •i infieiibilem gnberBatioDeffl, quai ad nalUun •ervHeM actum incliutar, neque ad aliquem •ctun subjectonmi tel oppressorum à lyraDois. TerCiô signilkat appetitom et partscipatioDem ^ert doniimi qiod est îb Deo. b Et siioiliter ■omeB cuJQslibel ordiais s^gniSeat participa- tionein ejus quod est in Deo ; aicut nomea Vir- Mum fignilicat partjôpiiioaemdivio» viitiiUs; fiiicdeaiiis.
Ad tertina dicendom, qnèd nomen Domina" iionisH PatestatùeX IVincipo/ti^diversimodè ad gubemattonem pertinet; nam dooiÎDi est solumiiodo proeipere de agendis. Et ideo Gce- goriuB dicit ( ut suprâi ), qu6d a qusdam ange- loriim agmina, pro eo quîd eis cetera ad obe- diendum subjecta sunt, Dominationes vocantor.» Nomea ver6 Polestatit ordinationero quaffldam désignât , secundùm illud Apo&toli aid Rom., XIII : « Qui poteatati resistit, Dei ordinationi resisiit. » Et ideo Dionysius dicit ( cap. 8 ) , quèd onmen PotesIcUis significat qoamdam or- dioationem, et cijrca susceptionem divinoram, et circa actiones divinas, quas superieres in in- feriores aguot, eossursom ducendo. Ad ordinem ergo Pot^statnoi pertinet ordinare qu» à sob- ditis aint agenda. Piincipari yetà^ nt Gregoriot diôty « est inter reliquos priorem existere,» quasi primi sint in execntione eorum qu» in^ petantur. El ideo Dionysins dicit, IX. cap.
M PARTIE T^ QUESTION GYHI^ ARTICLE 5.
miers à exécuter les ordres prescrits. De là saint Denis dit. De eoBi. Hier., V, que « le nom des Principautés désigne l'action de conduire les tutres dans la réalisation d'un ordre sacré. » Ceux, en effet, qui condui- sent les autres , étant ainsi les premiers parmi eux , sont proprement appelés princes , conformément à ce passage , Ps. LXYII , 26 : a En tète marchèrent les princes unis aux chanteurs. »
4» Les Archanges, selon saint Denis, tiennent le milieu entre les Prin- cipautés et les Anges. Or ce qui tient le milieu, comparé à Tun des extrêmes, en paroît différent, en tant qu'il participe de la nature des deux. Ainsi, ce qui est tiède paroit froid à côté de ce qui est chaud, et chaud i côté de ce qui est froid. De même, les Archanges sont ainsi nommés, comme étant princes parmi les anges ; parce que , comparés aux anges , ils sont princes, comparés aux principautés, et ils sont anges. Selon saint Grégoire , les Archanges tirent leur nom de ce qu'ils sont au - dessus du seul ordre des anges , en tant qu'ils annoncent les grandes choses. Les Principautés tirent leur nom de ce qu'elles sont au-dessus de toutes les vertus célestes chargées d'accomplir les ordres de Dieu.
5<> Le nom des Séraphins ne leur vient pas tant de la charité que de l'excès de charité qu'emporte le mot ardeur ou incendie. C'est pourquoi saint Denis, De cœL Hier., VII , explique le nom des Séraphins par les propriétés du feu dans lequel il y a excès de chaleur. Or nous pouvons considérer trois choses dans le feu. D'abord le mouvement se dirigeant en haut , lequel est continu : il signifie le mouvement qui les porte inflexi- blement vers Dieu. En second lieu , sa vertu active constituant le chaud , lequel ne se trouve dans le feu, que mêlé à une certaine activité péné- trante; parce que, dans son action, il est doué d'une pénétration extrême , atteignant jusqu'aux moindres choses , et souvent avec une ar- deur excessive. Et cela signifie l'action puissante que ces anges exerceni
Cœlest. hierarch,, qnôd nomen « Principatuuro sigm'ficat dnctivuin cum ordine sacro. » llli enim qui alios d jcuiit primi iuter eos existentes, principes propriè Tocantur, secundùm iiliid Psaim, LXVll : « PrxveDerant principes con- juncli psHllentibus. »
Ad qujrtum diccndum^ qu6d Arcbangfli, se- candùm Dioajsium, medii sunt inter Principa- tus et Angeles. Médium autem comparatum uni extremo, vioetur alterum, in quantum participât naturam utriusquc : sicut iepidum respeciu «a- 1i ii est frigidum^ res^jectu verô frigidi est cali- dum. Sic et Archangeli dicuntur quasi prin- cipes nngeli, quia respectu Angelorum sunt principes 9 respectu verô Princlpatuum suot angeli. siecuniiùm Gregorium autem dicuntur Archangeli, ex eo qu6d principantur soti or- '•m, quasi magna nuntiantes. Prin- \ dicuntur ex eo qu6d principan-
tur omnibus cœlestibus virtutibus divinas jns- siones explentibus.
Ad qnintum dicendam , qu5d nomen Sera» phim non impooitur tanlùm à cbaritate, sed à charitatis excessu^ quem importât nomen ar- doris vel iocendii. Unde Dionysius, VU. cap. Cœlest. hierarch., exponit nomen Seraphim secundùm proprietates ignis, in quoest exces- sus caliditatis. In igné autem tria possumu coosiderare. Prim6 quidem^ motnm qui est sor- sum et qui est continuus ; pei quod signiticatv qu6d indeclinabililer moventur in Deum. Se- cundo verè, virtutem activam ejus, qu» est calidum; quod quiJem non simpliciler inve nitur in igne^ sed cum quadam acuitate ; quia maxime est penetrativus in agendo, et pertiogit nsque ad minima, et iterum cum quodam super- eicedenti fervore; et per hoc siguiQcatur actio hujusmodi angelorum , qoam in subditoa poteau
DE LA BlYlStON DES ANGES PAR HliRARGHTES ET PAE ORDRES. Il
snr leurs sujets, les excitant à une ferveur sublime, et les porifiant com- plètement par rincendle qu'ils allument en eux. En troisième lieu, on peut considérer dans le feu son éclat : et cela signifie que ces anges ont en eux-mêmes une lumière inextinguible , et qu'ils illuminent parfaitement les autres anges. De même, le nom des Chérubins leur vient d'un certain excès de science ; c'est pourquoi il signifie plénitude de science. Saint De- nis en assigne quatre causes : d'abord, la vision parfaite de Dieu ; secon- dement, la pleine réception de la lumière divine; troisièmement, la contemplation en Dieu de la beauté de l'ordre du monde, dérivée de lui; quatrièmement , l'acte par lequel , inondés de cette connoissance , ils la répandent abondamment dans les autres.
6* L'ordre des Trônes possède de plus que les ordres inférieurs ce privi- lège, à savoir qu'ils peuvent connoitre immédiatement en Dieu les raisons des œuvres divines. Mais les Chérubins possèdent le privilège de la science, et les Séraphins , le privilège de l'ardeur. Et quoique dans ces deux pri- vilèges soit renfermé le troisième , cependant les deux autres ne sont pas renfermés dans le privilège des Trônes. C'est pourquoi l'ordre des Trônes est distinct de celui des Chérubins et des Séraphins. Car cela est commun à tous, que le privilège de l'ordre inférieur est renfermé dans celui de l'ordre supérieur, mais non réciproquement. Saint Denis explique le nom des Trônes par leurs rapports de convenance avec les sièges maté- riels. Dans ces sièges on peut considérer quatre choses. D'abord , la posi- tion ; car les sièges sont élevés au-dessus de la terre : et ainsi ces anges nommés Trônes sont élevés au point de connoitre immédiatement en Dieu lés raisons des choses. On remarque , en second lieu , dans les sièges matériels, la solidité; car on se repose sur eux en sûreté. Mais ici il y a
ter exercent, eos in sublimem ferrorem ezci- tantes, et totaliter per inceadium purgantes. Tertib^ consideratur in igné claritas ejus; et lioc Bîgnificat quôd hujusmodi angeii in seipsis babeot ineillngnibilem lucem, et qnàd alios perfeetè illaminant. Similiter eliatn nomen Chet'ubim imponitur à quodam ezcessu scien- tiSy unde interpretatur plenitudo scient ite» Qaod Dionysius exponit quantum ad quatuor : primo quidam , quantum ad perfectam Dei vi- sionem; secundo, quantum ad plenam suscep- tionem divini luminis-, tertio^ quantam adboc qnbé in ipso Deo contemplaotur pulchritudinem ordinis rerum à Deo derivatam ; quarte, quan- tam ad hoc qu5d ipsi pleni existantes hujusmodi cognitione, eam copioàè in alios effundunt.
Ad sextum diceudum, quôd ordo Thronorum babet excellenliam prs inferiotibus ordinibus, in hoc quôd immédiate in Deo ralioaes divino-
ram openxm cognoscere possunt. Sed CherUf bim habent excellentiaro scientis; Seraphim verù exi;ellentiam ardoris. Et licèt in bis duabus excellentiis iacludatur tertia , non tamen in illa qu£ est Thronorum, includuntur ali£ dus. Et ideo ordo Thronorum distinguitur ab ordine C/ierubim et Seraphim. Hoc enim est com- mune omnibus quôd excellentia inférions con- tinetur in excellentia superioris, et non è coq» verso. Exponit autem Dionyâus nomeu Throruh rum per convenicntiam ad materi:Uessede8(l). In quibus est quatuor considerare. Primo qui- dem situm, quia sedes super terram elcvautur; et sic ipsi angali, qui Throni cicuntur, ele- vantur usque ad hoc quôd in Deo immédiate rationes rerom cognoscant. SeciuiJÔ, in mat^ rialibus sedibus consideratur ûrmiias, quia in ipisis aliqi.is flrmiter sedet : hic autem est è con verso; cam ipsi angeii Ûrmantar per Deum.
(t) G&m et hoc signiGcet gtKCa vox Opdvoç, ut Jam 8uprà$ nce sedes qualeseuiuioe , sed p«r «xèelleotiam sedes regias, tel etiam interdum judiclarias et magistrales.
42 PARTIE X, QUESTION GYin^ ARTICLE 6.
réciprocité , parce que les anges reçoivent leur solidité de Dieu. Troisi^ mement, le siège r:ç::it celui qui s'assied et peut servir à le transporter. De mème^ ces anges reçoivent Dieu en eux-mêmes^ et le portent en quelque sorte aux anges inférieurs* Quatrièmement^ ces sièges s(Hit la figure de ces anges ^ parce qu'ils sont ouverts^ dans une de leurs parties, pour recevoir celui qui s'assied ; ainsi ces anges sont^ par leur promptitude, comme ouverts pour recevoir Dieu et le servir.
ARTICLE VI. Les degrés des ordres sont-ils convenablement assignés?
n paroît que les degrés des ordres ne sont pas convenaWement assi- gnés. !• L'ordre des prélats semble être le plus élevé. Or les Domina- tions, les Principautés et les Puissances ont, par leurs noms mêmes, une certaine prélature. Donc, ces ordres doivent être les premiers entre tous;
2* Autant un ordre est rapproché de Dieu , autant il est élevé. Or Tordre des Trônes semble être le plus proche de Dieu ; car rien n'est plus proche de celui qui s'asseoit que le siège lui-même. Donc Tordre des Trônes est le plus élevé.
3* La science a la priorité sur l'amour ; et Tîntelligence paroît être plus élevée que la volonté. Donc , Tordre des Chérubins paroît être plus élevé que Tordre des Séraphins.
4« Saint Grégoire place les Principautés au-dessus des Puissances. Donc elles ne sont pas immédiatement au-dessus des Archanges, comme le veut saint Denis.
Mais , au contraire , saint Denis place dans la première hiérarchie , au premier rang les Séraphins, au second les Chérubins, les Trônes au der- nier : dans la hiérarchie intermédiaire, il place d'abord les Dominations, puis les Vertus, enfin les Puissances : dans la dernière hiérarchie, il place
Terti?), qnia scdcs snscipit sedentem , et in e? | 2. Pr«terea, quanti aliquis ordo est Beo dcferri potcst; sic ctipsian^elisuscipîiint Oenra ' propinqnior, tantô est superior. Sed ordo Thro- in seipsis, et eum quodammodo ad inferiores norum virleturesse Deo proplnqnissimus ; nitali feront. Quarto , ex fignra, qnia sedes ex una enim conjungitur propinqniùs serlenti qiikoisoa. parte est aperta ad susdpiendum sedentcm : sedes. Ergo ordo Thrononrm est altissimas.
ita et isti angeli snnt per promptitudinem aperti •d Buscipiendum Deam et famulandum ipsi.
ARTICULUS VI.
Viriim eonvenieHter gradtu ordtHwm aêm^nentur.
gextiim sic proceditnr. Videtnr quôd în-
conrenienter gradus ordinum assignentor. Ordo
enim praelntorum vidctur es/e supremas. Sed
Domtoati nés, Principatus et Potcstates ex ipsis
^8 prslationem quamdam habent. Ergo
» debent esse iuler omaes sapremL
3. Praeterea^ scientia est prior quJm amor, et intellectus videlar esse altior qiiàm volontas. Ergo et ordo Cberubim \idetar esse altior quàm ordo Seraphim.
4. Proeterea, Grcgorius ponit Principatns sa- per Potestates. Non ergo coUncantur immédiate super ArchaogeloSy ut Dionysiuî^ dicit.
Sed contra est, quèd Dionysias ponit in prima quidem bierarchia Seraphim ut primos, Che- rubim ut medios, Thronos ut ultimos; in m»» diaverè, Dominationes ut primos, Viriutet ul medios» Potestates ut ullimos; ia idUma^
SE LA DIVISION SBS ANflBS PAB HIÉUBCnSS ET PAR ORDRES. 43
premièrement les Pnneipaatés^ ea second lieu les Archanges, en troisième lieu les Anges.
CoNGLUSiov. — Selon r^posiiion diverse des noms assignés aux ordres «ngéliqueSy ce n-est pas i tort^ même en soi/vant rËciiture^ que saint Or ais et saint Gr^oîre assignent difieremment les degrés de certains ordres//
Saint Grégoire et saint Denis sont d'accord pour assigner ks degrt% i t eerlains ordres angéliques, mais ils diffèrent sur les Vertus et les Prine - paiiilés. Caif saint Denis place les Vertus au * dessons des Domioaiioiis vjt an-dessus des Puissances ; et les Principautés au-dessous des Puissances et an-dessus des Anges. Saint Grégoire place les Principautés entre les Dominations et les Puissances , et les Vertus entre les Puissances et les Archanges. Et ces deux expositions peuvent avoir leur fondement dans Tautorité de TApfttre qui^ énumérant les ordres intermédiaires en remon- tant^ dit; Ephes., 1; 30 : « Dieu Ta établi ( Jésus-Christ ) à sa droite dans les cieuxy au-dessus de toutes les Principautés, des Puissances, des Vertus «t des Dominations, » plaçant ainsi les Vertus entre les Puissances et les Dominations, selon Tezposition de saint Denis. Mais, Col098.,l, 16, énumérant les mêmes ordres en descendant, il dit : a Toutes choses, les Trônes comme les Dominations , les Principautés comme les Puissances, ont été créées par lui et en lui ; » plaçant ainsi les Principautés entre les Dominations et les Puissances , selon le rang que leur assigne saint Gré- goire. Voyons d'abord la raison du rang assigné par saint Dexiis. il faut considérer pour cela, que, d'après ce qui a été dit plus haut, la première hiérarchie c<mtemple les raisons des choses en Dieu lui-même, tandis que la seconde les contemple dans les causes universelles, et la troisième dans la détermination de ces causes aux effets particuliers. £t comme Dieu est la fin, non-seulement des fonctions des anges, mais de toute créature, à la première hiérarchie appartient la considération de la fin; à la hiérar-
prmeipatus «t primos, Àrckang^os ut me- j enumeraos, dirit, Ephes , I, qu6d « Deas dioà, Àngelos ut ulUmot. coDfiUiuii iUQm ( scilicet CfarisUiiD ) ad dexte-
( CoNCLUsio. — Pio dWersUate expositionis ■omionm ipforoin oïdinoa ia angelis, non malè Ctiaai aeeuiidùin Scnfdiiras, différentes gradue qaonundam ofdxAum à Oionjfiio et Gr^rio ifliignaaiar. )
aegpMideo dkeiidaiii, qoôd gradua angelico- ffum •rdmttm assignant et Gregorius et Diony- ûw qoaQtam ad aiu quidem convenienter, sed quantum ad Principatw et Virtutes dlfferen- tcr. Nam IMonysiua collocat Viriutes aub Do- mîoatiooilHis et«i|»a Potestatea, Principatus cutem flob PoleskatilNis et supra Angeles. Gre- fofius autAQD ponit Principatus in medio Do- minationnm et Potestatnm, Viriutes retà m medio Poteatatum et AichangeloraoL Et utraque Ofligiuitio foldinentiim habere potest ex aucto- lilale Apoatoli , qui nedioi ordisea aaoendemto
ram suain, in cœlestibus supra omnem prind- paium et potestatem , et virtatein , et domina- tioneoL » Ubi viriutem ponit inter potestatem et domiuationem, secundùm assignationem Dio- aysii. Sed, ad Coioss,^ l, enumerans eosdem ordines descendendo, dicit : « Sive Throni» siTe Dominationes, sive Principatu:», sive Polestates, omnia per ipsum et in ipso «resta sunt. » Ubi Principatus ponit medios inter Dominationes et Potestates, secundùm assignationem Gregorii.
Prtotô igiiur videamos rationem assignationis Dionysii. lo qua considerandum est, quèd sicat suprà dictun est (art. i), prima bierardûa inspiât lationes rerum in ipso Deo ; seeunda verô in cansis universalibus; tertia ver6 aecon» dùm determinatâonem ad spéciales effectua. Et qnia Deus est ttoia ma aoliun angelioonuii mi*
ÏA PARTIB I^ QinSSTIOlf GYnij ARTIGLB 6.
chie intermédiaire y la disposition de toutes les œuyres à exécuter; à la dernière, la disposition appliquée à son effet, ou bien Texécution de ces œuvres. Car il est manifeste que, dans toute opération, ces trois cboses se rencontrent. C^est pourquoi saint Denis, c-onsidérant les propriétés de chaque ordre d'après leurs noms, a placé dans la première hiérarchie les ordres dont les noms les mettent en rapport immédiat avec Dieu, c'est-à- dire les Séraphins, les Chérubins et les Trônes. Dans la hiérarchie inter- médiaire, il a placé les ordres dont les noms indiquent un gouvernement ou une disposition générale, c'est-i-dire les Dominations, les Vertus et les Puissances. Dans"" la troisième hiérarchie, il a mis les ordres dont les noms désignent l'exécution de Tœuvre, c'est-à-dire les Principautés, les Anges et les Ârtdianges. Par rapport à la fin , on peut considérer trois choses. D'abord on considère la fin elle-même ; puis on en acquiert une connois- sance parfaite ; en troisième lieu , on fixe sur elle son intention. La seconde de ces choses s'ajoute à la première , et la troisième se rapporte aux deux autres. Or, Dieu étant la fin des créatures , comme le général est la fin de l'armée, Metaph., 52, on peut faire dans les choses humaines des considérations semblables. Car, certains ont une dignité telle, qne par eux-mêmes ils peuvent approcher familièrement du roi ou du général. D'autres ont cela de plus encore , qu'ils connoissent ses secrets. D'autres enfin l'accompagnent partout comme s'ils lui étaient unis. Cette compa- raison pourra nous expliquer la disposition des ordres de la première hiérarchie. Les Trônes sont élevés jusqu'à recevoir Dieu en eux - mêmes familièrement , en tant que capables de connoitre immédiatement en Ini les raisons des choses ; ce qui est propre à toute la première hiérarchie. Les Chérubins connoissent d une manière suréminente les secrets divins. L'excellence des Séraphins consiste dans le privilège qui est au-dessus de
nisteriorum, sed eliam totios creaturx» ad pri- mam bierarchiam pertiaet consideratio Gais; ad mediam verô dispositio uoiversalis de agen- dis; ad ultimam autem applicatio dispo-itionis ad effecUim, qux est operis execotio. Hxc enim tiia manirestam est in qualibet operatione ia- Teniri. Et ideo Dionysius ex nominibus ordinum proprietates Ulorom considerans, iUos orilines in prioia bierarchia posuit, qaorum nomina imponuntur per respectum ad Deum, sciiicei Seraphim et Cfvsrubim et Thronos. lllos verô ordines posait in média hierarcbia, quoram no- mina désignant communem quamdam guberna- tionem sive dispositionem , id est, Domina- tiones, Virtutes et Potestates, IUos ver6 or- dines posuit in tertia bierarchia, quorum nomina désignant operis executionero , sciiicei Principatus, Àngelos et Àrc/umgelos. In res- tem ad linem tria considerari possant. 6 aliquia considérât liaem ; secundo
verô perfectam finis cognitionem accipit; tertid ver6 intentionem suam in ipso defigit. Quoram secuodum ex additione se habet ad primum, et tertium ad utrumque. Et quia Deus est finis creaturarum, sicut dox est finis exercitûs, vt dicitur in Mctaphys. (\exU 52 ), potest aliqiiid simile hujus ordinis considerari in rébus huma- nis. Nam quidam sunt qui hoc babentdignitatis, ut per seipsos familiariter accédera possint ad regem vel ducem. Quidam ver6 super hoc hft> benl ut etiam sécréta ejus cognoscant. Alii Ter6 insuper cirea ipsum semper inbxrent quasi et conjuncU. Et secundùm banc similitudinea accipere possumus dispositionem in ordinibos primas hiérarchie. Nam Throni e^.evantnr ad boc qu6d Deum familiariter in seipsis rectpiant> secundùm qa6d rationes rerum in ipso immé- diate cogooscere possunt^ quod est pmpriam tolius prirnse hierarcbiœ. Cherubim ver6 8a|)ei^ eminenter divina sécréta cognoscant. SerapMm
DE LA BUISION DES ANGSS PAR HliRAACHIES ET PAR ORDRES* 45
tous les autres^ Tunion avec Dieu même. Ainsi, l'ordre des Trônes reçoit son nom de ce qui est commun à toute la hiérarchie , comme Tordre des Anges le reçoit de ce qui est commun à tous les esprits célestes. L'idée de gouvernement renferme trois choses. La première est la distinction des œuvres qui doivent être exécutées ; et cela est propre aux Dominations. La seconde consiste à fournir les facultés nécessaires pour les accomplir; ce qui appartient aux Vertus. La troisième consiste à disposer de quelle Ikçon les œuvres qui ont été ordonnées ou désignées pourront être accom- plies y afin que d'autres les exécutent ; et cette charge est celle des Puis- sances. L'accomplissement des fonctions angéliques consiste à annoncer les volontés divines. Or dans Taccomplissement d'un acte quelconque, il y en a qui commencent l'action et conduisent pour ainsi dire les autres; par exemple, dans les chœurs les coryphées, et dans la guerre les chefs : cela» appartient aux Principautés. D'autres exécutent simplement ; tels sont les Anges. D'autres occupent une charge intermédiaire; et tels sont les Archanges, comme on l'a vu plus haut. Or, cette classification des ordres est fondée en raison. Car, toujours la classe la plus élevée de l'ordre infé- rieur a une certaine affinité avec la moins élevée de l'ordre supérieur; ain^i, les derniers des animaux sont peu éloignés des plantes. Or le premier ordre est celui des personnes divines , dont TEsprit saint est le terme , lequel est l'amour procédant; et avec lui a une certaine affinité le premier ordre de la suprême hiérarchie , ordre qui tire son nom de l'ar- deur de son amour. Le dernier ordre de la première hiérarchie, celui des Trônes, a, par le rang qu'il occupe, une certaine affinité avec l'ordre des Dominations. Car, d'après saint Grégoire, les Trônes sont ceux a par les- quels Dieu exerce ses jugements. i> Et ils reçoivent la lumière divine d'une manière convenable pour qu'ils puissent illuminer immédiatement la seconde hiérarchie , laquelle est chargée de disposer les œuvres divines.
▼erô excelluDt in hoc qood est omniom snpre- mnm, scilicet Deo ipsi uniri; ot sic ab eo qnod est commaoe toii hierarcbûe^ dCDominetur ordo Thronofum, sirut ab eo quod est commune omnibus cœlestibusspiritibus, denominatur ordo Angehrum. Ad gubernationis aatem ratiooem tria pertinent. Quorum primum est distlnctio eorum qus agenda sunt, quod est proprium Dominationum, Secundum autem est pnebere fscultatem ad impleudum^qaod pertinet ad Vir^ fuies, Tertium autem est ordinare qualiter ea que pi'scepta irel diffinita snnt, impleri possint, vt aliqui eiequantur; et boc pertinet ad Potes^ taies, Executio autem angeticoram ministerio- nun consistit in annantîando divina; in eiecu- tione autem cojuslibet actus sunt quidam quasi îDCipientes actionero, et alios docentes; sicut in eantu pncrentores, et in bello illi qui alios do- €0111 et diiigunt : et hoc pertinet ad Principes
tus. Alii Terb sunt qui simpticiter exequontur; et hoc pertinet ad Angelos. Alii ver6 medio modo se babent; quod ad Arcbangelos pertinet, ut suprà dictnm est ( art. 5 ad 4 ). Intenitur autem oongrua hsc ordinum assignatio. Nam semper summum inférions ordinis afûnitatem babet cum ultimo auperioris : sicut Inflma ani- malia panim distant à pWntis. Primus autem ordo est divinarum personarum, qui terminator ad Spiritum sanctum, qui est amor procedens; cum quo af&nitatem babet supremus ordo prima hierart^bix, ab incendio amoris denominatns. Infimus autem ordo prima hierarcbia est Thrcnorum, qni ex suo ordine babent quam- dam aftjnitatem cum Dominaiionibus. Nam Throni dicuntor secundum Gregorium , « per quos DeilS sua judicia eiercet. » Accipinni eniv divinas illominationes per con^uientiam ad immédiate illominandum secundam bienrcbiam.
48 PAKTTB I^ QUESTION CVin, ARTICLE 7.
L'ordre des Puissances a de Taffinîté avec celui des Principautés. Comme, en efTet, il appartient aux Puissances de faire régner Tordre parmi les sujets , cette disposition est désignée tout d'abord par le nom des Princi- pautés y qui sont les premières dans l'accomplissement des œuvres divines, en tant qu'elles président au gouvernement des nations et des royaumes, cîiose qui occupe le premier rang parmi les œuvres de Dieu : car le bien de la nation est quelque chose de plus divin que le bien d'un individu. De là le prophète dit, 'ùan.y X, 13 : « Le chef du royaume des Perses m'a résisté. » La disposition des ordres assignée par saint Grégoire est aussi fondée en raison. Car, les Dominations définissant et ordonnant ce qui a rapport à l'exécution des œuvres divines, les ordres qui leur sont soumis sont disposés conformément à la disposition des créatures sur lesquelles doivent s'accomplir ces œuvres de Dieu. Et, comme le dit saint Augustin, /)g Trin,y III, 4, a les corps sont gouvernés avec un certain ordre, les in- férieurs par les supérieurs, et tous par la créature spirituelle, et les esprits mauvais par les bons esprits. » Le premier ordre après les Dominations est /ionc celui des Principautés, qui commandent même aux bons esprits. Puis viennent les Puissances qui repoussent les esprits mauvais, comme les puissances terrestres repoussent les malfaiteurs, selon la parole de saint Paul, ilom., XIII. Après, viennent les Vertus qui, dans l'opération des miracles, commandent à la nature corporelle. Et après elles sont les Anges et les Archanges qui annoncent aux hommes, soit de grandes choses que la raison ne sauroit atteindre, soit des choses moins élevées et à la. portée de la raison.
Je réponds aux arguments : i* Dans les anges, la dépendance à l'égard de Dieu est quelque chose *de supérieur àVautorité qu'ils ont sur leurs infé-
td quam pertinet dispositio divinonim minis- terioruui. Ordo vero Potestatum affiniUtem habet cum ordîne Principatuum. Nam, cùin Potestatum sit ordinem subjectis imponere, h«c onlinatio statim in nomine Principatuum designatur; qai sunt prinii in executione divi- nonim ministeriorum ^ ntpote présidentes gu- bernationi gentinm et regnoram, quod est prin- cipium in divinis ministeriis ; nam « bonum gentis est divinias qaàm bonnm onius hominis » ( ut dicitnr Ethic, 1,7). Undc diritur Dnn., X : « Princeps regni Persarum restitit tnibi (1). » Dispositio etiam ordinum qoam Gregorias ponit^ congruilatem babet. Nam cùm Doniinationes sint diffmientes et praecipientes ea qu» ad divina ministetia pertinent, ordines eis subjecti dis- ponnntur seciindùm di-posiliouem eorum in quos divina miuisteria exercentur. Ut autem Augas-
tintts dicit in IH. 0e Trin. (c;tp. 4), « corpora quodam ordine reguntur, inieriora per supe* riora, etomnia per spiritualem creatnram, et spiritus mains per spiritum bonum. » Primus ergo ordo post Dominationes dicîtur Princi^ patuum, qui etiam bonis spiritibus prinripan- tur. Deinde Potestates, per quas arcentur mali spiritus^ sicnt per potestates terrenas arcentor malefactores^ ut babetur Rnm., XllI. Post quas sunt Virtutes, quae habent potcstatem super corporaiem naturam in operatione miraculoruou Post quas sunt Ângeli et Àt'changeli, qui nun* liant bominibus vel magna quae sunt supra ratio- nem, vel parva^ ad quae ratio se extendere potest. Ad primum ergo dicendum, qu6d in angelis potius est qu5d subjiciuntur Deo quàm quM inferioribus président; et hoc derivatur ex illo. Et ideo ordines nominati ï prxlatione non sunt
(1) Ubi ne Hierooymtts : Videlwr mihi êue angelu$ eui Ptnii ( vel Porsifa regio ) or^ditm Ui^ juxla illud qtiod in DêUieronomio legimus (cap. 32). Quaudo dividebat AUiêtimu» gentu et distcmnobtU fUios Adam, ilaluii terminât gemlium juxta uv^merum tMgetorwm
DE LA DfYISION SES ANGES PA& HI<EiBCH1S8 ET Pi& ORDRES. VI
rienis, etcelle-ci dérive de celle-là. C'est pourquoi les ordres qui tirent leur nom de leur élévation» n'occupent pas le premier rang , mais bien teux qui tirent leur nom de leurs rapports avec Dieu.
^ Cette proximité à Tégard de Dieu , que désigne le nom des Trônes , convient aussi aux Chérubins^ aux Séraphins, et d'une manière plus excellente^ comme on Ta dit.
3» Ainsi qu'on Ta dit plus haut^ la connoissance consiste en ce que la chose connue est dans l'être connoissant ; et l'amour en ce que l'être aimant estnni à l'objet aimé. Or les êtres d'un ordre supérieur sont d'une manière plus noble en eux-mêmes que dans leurs inférieurs; et les êtres d'un ordre inférieur sont^ dans ceux qui leur sont supérieurs, d'une ma- nière plus noble qu'en eux-mêmes. Aussi la connoissance des êtres infé- rieurs l'emporte-t-elle sur leur amour ^ tandis que l'amour des êtres supérieurs , et surtout de Dieu , est plus excellent que leur connoissance.
ï^« Celui qui considérera attentivement les dispositions des ordres données par saint Denis et saint Grégoire , verra qu'elles ne difierent pas , on qu'elles différent en peu de chose ^ si on va jusqu'à la réalité. Saint Grégoire donne pour raison du nom des Principautés, que ces anges com- mandent aux bons esprits ; et cela convient aussi aux Vertus, en tant que leur nom implique l'idée d'une certaine force donnant aux esprits infé- rieurs la puissance d'exécuter les ordres divins. De plus, d'après saint Gré- goire, les Vertus paroissent être ce que sont les Principautés, d'après saint Denis. Car les miracles sont la première chose parmi les ministères divins : ils préparent la voie aux messages des Archanges et des Anges.
flnpremi , sed magis ordines oomiAali à oonver- làtme ad Deam.
Ad secunduin dicendam, qu6d iUa prapin- quitas ad Deum, qu» designaiur nooiine Thro» narum, cooveDii etUm Cherubim et Seraptum, et exeellenliùs, at diciam est.
Ad tertium diceadum, quid aient aaprk dk- tom est, cogoitio est secandùm qo^d cogoita sont in cognoscente ; amor antem secuadimi q^bà amans uoitur rei amatc. Superiora autem nobiliori modo sont in seipsis quàm in inferio- ribus; ioferiora verô nobiliori modo sont in superioribDsqnàm in seipsis. Et ideo inferiomm quidero cognitio pneeminetdilectioni, supeho- nàMn autem diiflctiOy et pnecipuè Oei« prceuiinet
Ad quartum dicendaro, quôd si qois diligenter coDsideret dispositiooes ordinum secundùm Dionysiam et Gregorium, paruoi vel nihil diiïe- runt, si ad rem referantur. Ëaponit enim Gre- gorius Principatuum Domen ex hoc quôd bouis spiritibiis prsesunt; et hoc convenil Virtulibiis secundùm quôd in nomine Virtutam intelligi- tar quasdam fortitiido, dans eflJcaciam infe io- ribos spiritibus ad ezeqaenda divina miois- teria. Rursus Virtates, seconJùm Gregorium, videnturesse idem quod Priacipatns secondùm Difinysium. Nam hoc est primam in divine ministehis raincnla fiicere; per boc enim pa» ratar yia annuntiationi archangelorum et angB» lonua
i8
PARTIB 1, OITESnON GVni^ ARTICLE 7.
ARTICLE Vn. Les ordres demeureront-ils après le jour du jugement
n paroit que les ordres ne demeureront pas après le jour du jugement. !• L'Apôtre dit, l Cor,, XV, 24 : «x Jésus-Christ mettra fin à toute princi- pauté et à toute puissance, lorsqu'il aura remis le gouvernement de l'uni- Ters à Dieu , son Père; » ce qui arrivera à la consommalion des choses* Donc, pour la même raison, il mettra fin alors aux autres ordres.
i9 La fonction des ordres angéliques consiste à purifier, illuminer et perfectionner. Or, après le jour du jugemeut, un ange n'en purifiera j illuminera ou perfectionnera plus un autre, puisqu'ils n'avanceront plus en science. Donc les ordres angéliques demeureroient inutilement.
3"" Saint Paul , Hehr., 1 , 14, dit des anges : « Ils sont tous des esprits administrateurs, chargés de certaines fonctions en faveur de ceux qui r^ çoivent l'héritage du salut. » Par où il est clair que les fonctions des anges ont pour objet de mener les hommes au salut. Or tous les élus obtiennent le salut avant le jour du jugement. Donc , après ce jour , les fonctions et les ordres angéliques ne subsisteront plus.
Mais, Judic, V, il est dit au contraire : a Les étoiles demeurent dans leur ordre et dans leur cours ; » ce qu'il faut entendre des anges. Donc les anges demeureront toujours dans leurs ordres.
(Conclusion. — Après le jour du jugement , les ordres angéliques de- meureront quant à la distinction de leurs degrés ; quant à l'exercice de leurs fonctions, ils subsisteront seulement en partie.)
On peut considérer deux choses dans les ordres angéliques , la distinc- tion des degrés et l'exercice des fonctions. La distinction des degrés parmi
ARTICULUS vu. Uirùm ùrdinei remanebunt post diemjudicii.
Ad Mptimum sic proceditur(t). Videtar qaèd ordines non remanebuot post diem jodicii. Didt enim Apostolos, I. ad Cor,, XV, qvôd a Chris- tos evacaabit omnem principatum et potesta- tem, cùm tradiderit regnum Deo et Patri. » Qaod erit in ultima coosummatione. Pari ergo ratione in iilo statu omoes alii ordines etacua- Iktintar.
%. Prsterea, ad ofQcinm angelicoram ordinom peitinet purgare^ illuminare et perficere. Sed post diem judicii unus angélus non purgabit, aut iliaminabit, aut perfîciet alium, quia non proflcient ampliùs in scientia. Ergo frustra or- dines angelici remanerent.
8. Preterea, Apostolos dicit ad Hebr,, l, de angelis, quM «omnes sunt admiuislratorli
Bpiritus in ministerium missi propter eos qui tereditatem capiuntsalatis. » Ex quo patel qu6d ofQda angelomm ordinantur ad hoc quôd ho- mines ad salutem adducantur. Sed omnes electl usque ad diem judicii salutem conseqnuntur. Non ergo post diem judicii remanebuut officia et ordines angelorum.
Sed contra est, quod dicitur Judic, V: « SteUs manentes in ordioe et cursu suo. » Qood ezponitur de angelis. Ergo angeli semper in suis orditi^Dus remanebunt.
(CoRCLVsio. — Remanebunt angelici ordines post diem judicii, quoad graduum distinctionem; qnoad executiooem verô suorum offidomm, partim remanebunt, et partim non.)
Respondeo dicendum, qu6d in ordinibus an- gelicis duo possnnt considerari , sciiicet distinc- tio graduum et ezecutio oHidorum. Distinctio autem graduum est in angelis secundùm diffû»
(1) De bis eliam in II , SenL, dist. 11 , qa. 9, art. 6; ut et IV, 5miI.« dist. 17, qu. 1, art. S f qacstiunc. 4 ; et I. ad Cor., XV, lect. 3 , col. 3.
DE LÀ DinSION DES ANOES FAR HIÉRARCHIES ET PAR ORDRES. 19
les anges existe par rapport à la nature et à la grâce , comme on Ta déjà dit. Or ces deux différences subsisteront toujours parmi les anges. On ne peut leur enlever la différence de natare , à moins qu'ils ne devinssenf sujets à la corruption. La différence de gloire sera aussi toujours en raison de la différence du mérite qui l'a précédé. Quant à l'exercice des fonctions angéliques, il demeurera en partie après le jour du jugement, et en partie il cessera. Il cessera en tant que leurs fonctions ont pour objet de mener certains êtres à leur fin; il subsistera en tant qu'il convient à la posses* sion de leur fin dernière. Ainsi l'on voit que différentes sont lesfonctionft des divers ordres militaires dans le combat et dans le triomphe.
Je réponds aux arguments : 1^ Les Principautés et les Puissances dis* paroîtront dans la consommation finale , en tant qu'elles conduisent certains êtres à leur fin : car, la fin obtenue y il n'est plus nécessaire de tendre vers elle. Et cette raison est indiquée par les paroles mêmes de l'Apôtre : « Lorsqu'il aura remis le gouvernement de l'univers à Dieu son Père , » c'est^-dire lorsqu'il aura mené les fidèles à la jouissance de Dieu.
2o Pour comprendre les actions des anges sur d'autres anges , il faut les rapprocher des actions intelligibles qui se passent en nous. Il se passe en nous beaucoup d'actions intelligibles qui ont entre elles le rapport de cause et d'effet : lorsque^ par exemple ^ au moyen de vérités intermé- diaires nous arrivons à une conclusion. Or, il est évident que la connois- sance de la conclusion dépend de la connoissance des vérités intermé- diaires précédentes , non - seulement pour l'acquisition de cette nouvelle connoissance , mais aussi pour sa conservation. La preuve en est que si quelqu'un oublie l'une des vérités intermédiaires, il pourroit bien avoir de la conclusion une connoissance d'opinion et de foi , mais il n'en auroit pas la science, tant qu'il ignoreroit l'ordre de ses causes. De même,
lentiam gratis et nature , ot soprà dktam est | teUigi^r ex verbis Àpostoli dicentis : a Cùm ( art. 4 ). Et otraque dilTerentu semper in an- 1 tradiderit regnam Deo et Patri , » id est , cùm
^elis remanebiL Nou euim natuiarom differeo- iUa ab eis auferri possent^ nisi eis cormptis. Difierentia etiam gloris erii ia eis semper se- CQDdiun differentiam meriti pnecedentis. Exe- cntio aatem ofliciorum angelicorom aliqoo modo lemanebit posi diem judicii, et aliqoo modo cessabit. tosabit quidem secandùm quèd eorom ol&cia ordioanior ad perduceodum aliquos in finem; remanebit autem secandùm quod con- venit in ultima finis consecutione. Sicut etiam «lia sont oflicia militariom ordinom in pogna €t in triompbo.
Ad primum ergo dicendom, qnùd Principatos «t Poteslates evacoabuntur in iUa finali con- sommatione quantom ad boc qoùd alios ad ftnem peidncant; qoia consecuto jam fine non est necessaiiom teaddre in finem. £t bsc ntio in-
IV.
perdozerit fidèles ad froendam ipso Deo.
Ad secundum dicendom, qo6d actiooes ang& lonim super alios angelos considerands sont secondùmsimilitodiuem actionum inteUigibiliom qus sont in nobis. Inveniontur autem in nobis mults intelligibiles acti mes, qna^ suut ordiuata secondùm ordinem caoss et causati : sicut cùm per molta média gradatim in onam cooclusionem devenimas. Manifestnro est antem qo6d cognitîo conclusionis dependet ex omnibus mediis pras- cedentibus, non soiùm quantum ad novam ac» quisittouem scieutie, sed etiam quantum ad scientis conservationem. Cojus signom est, qu6d si quis ubliviscereturaliquod praecedeutinm mediorum, opinionem qaidem vel fidem de oon- ciusione posset habere, sed non scienliam, or- dinecaosarum ignorato. Bicigitur cùm inferiores
M PAETIE ly OtnBSnON GYin, ABTiCXS 8w
larsqne les anges inférieure connoissent la raison des œuTres divines moyen de la lumière des anges supérieurs , leur connoissance dépend ds la lumière de ces anges ^ pour ce qui regarde noorfleulemex^ Taequisitioft de la science , mais encore sa conservati^i. Aansi, quoique après le juge» ment les anges n'acquièrent pas la connoissaoBtce de nouvelles choses, il ae s'ensuit pas qu'ils ne soient pas illuminés par les anges supérieurs.
3f Quoique après le jour du jugement les hommes ne doivent pins toe conduits au salut par le ministère des ai^es, ceux qui seront déjà sauvés tecevront encore^ par le ministère des anges, un certain éclat.
ARTICLE Vin. Lb8 hommes sant-ils pris pontr faire portM des ordres cmgéUqms?
n paroît que les hommes ne sont pas pris pour faire partie des ordres angéliques : 1® la hiérarchie humaine est au-dessous de la dernière des hiérarchies célestes ; comme la dernière est au-dessous de la hiérarchie intermédiaire, et celle-ci au-dessous de la première. Or, jamais les anges de la dernière hiérarchie ne seront transférés dans la hiérarchie inter médiaire, ou dans la première. Donc, les hommes ne seront pas non plus transférés dans les ordres angéliques.
2o Aux ordres angéliques appartiennent certains ofSces^ comme de garder les hommes, faire des miracles, repousser les démons, et autres devoirs semblables, qui ne paroissent pas convenir aux âmes des saints. Donc elles ne feront pas partie des ordres angéliques.
3<^ De même que les bons anges induisent au bien, les démons in- duisent au mal. Or, c'est une erreur de dire que les âmes des hommes mauvais deviennent des démons : saint Chrysostôme, swp. Maith., le
angeli rationem divioorain operam cogDoscant per lumen superîonim angelonim, dependet aonim cogniUo ex lumine superiorom, non so- ttn quantum ad noram acquisittooem Bdentûe, sed etiam quantum ad cognitiouîs conserratio- seiD. Licèt ergo post jndicium non proficiant inferioresangeU in cognitione afiquarum reram, non tamen propler hoc ezduditur quin k supe- fioribus Ulumioentur.
▲d tertium dicendum , qnèd etsi post diem Jndkii homines non sint ulteriùs ad salutem •dduoendi per minUtertum angeiorum, tamen iUi qui jam salutem erunt consecuti , aliquam iUuBtraiionem habebont per angelorom officia.
ARTICULUS VUI.
Utrinn homineê as$umantur ad ordines angelorum.
Ad octavum sic proceditur (1). Videtur quôd
homines non assumantur ad ordines ange- lorum. Hierarchia enim humana continetur sub infina hierarchiarum cœlestium, sicut in» ftma sub média, et média sub prima. Sed angeli inflms hierarehis nunquam transfe* rentur in mediam ant in prïmam. Ergo ne* que homines transterentur ad ordines angeio* mm.
S. Praeterea, ordinibns angelorum aliqua of- ficia competuttt (utpote eustodire, miracula faoere , dsmooes arcere , et bujusaodi ) , qoa non videntur convenire animabus sanrlorom. Ergo non transferuntur ad ordines angelo- rum.
S. Prcterea , sicut boni ngeli indncirok ad bonum , ita dsmooes indacunt ad malum. Sed erroneum est dicere qu6d anima hominum ma- lomnk convertantur in dsmones; hoc enim Chrjèostomus reprobat super Mntth, Ergo wm
(i) De bis etiam in H, SetU., dist. 9, art. 8.
DE LA I)IYISK>9 JOS JU70BS PAA BKARABGHUS XT PAR ORDRES. 5l
xepoiisse expressément. Donc il ne paroit pas que lâs aunes des sainte soient élevées aux ordres angéliques.
Mais Notr^-fieignenr, Mattlu, XXII^ 30, dit, an contiaire, des sainis a ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel. »
(Covausios* — Quoique la différence' des natures angéUqœ et bumaîm doive subsister toujours, cepeiuiant les hommes peuvent^ an moyen de Sa grâce , mériter une gloire telle qu'elle les ^ale aux anges dans leun divers degrés; ce qui n'est autre chose qu'être pris poux faire partie des ordres angéliques.)
Comme on l'a déjà dit, les ordres angéliques se distinguent et par kur condition naturelle^ et par les dons de la grâce. Si l'on considère, daw les ordries angéliques, le degré auquel les élève leur nature, sous ce rap^ port les hommes ne pourront être pris pour en faire partie; parce que toujours demeurera la distinction des natures. C'est en considérant cela que certains ont avancé que les hommes ne peuvent, en aucune la^n, devenir égaux aux anges; ce qui est erroné, et répugne à la promesse de Jésna-Christ disant, Zmc., XX, 36 : a Les enfants de la résurrection seront égaux aux anges dans les cieux. » Ce qui appartient i la nature jeue, dans l'idée d'un ordre, le rôle de matière : ce qui la complète vient du don de la grâce , laquelle dépend de la libé^ralité de Dieu , et non de Tordre natureL C'est pourquoi les hommes peuvent, par le don de la grâce, mériter une gloire telle qu'ils deviennent égaux aux anges, dans leurs divers degrés; et c'est là, pour les hommes^ être élevé jusqu'à faire partie des ordres angéliques. Il y en a cependant qui disent, que tous les élus ne font pas partie de ces ordres , mais seulement les vierges ou les parfaits; les autres formeront un autre ordre distinct de la société entière des anges. Mais cela va contre ees paroles de saint Augustin , De Civit. Def , XII : a n n'y aura point deux société, l'une des hommes, l'autre
vîdetar qu6d anim» sanctonuB tfansferantor ad ordiiMS angelonini.
Sed contra est^ qnod Dominos dicH^ Matih.» XXII, de sancUs, quôd « enmt sicat angeli Dei in cœlo. »
( GoKCLiTsio. — Qaamvîs semper manstmim #t naturaram ia bominibus et angelis disert- meo, tamen per donum gratûe^ tantam gloriam ni aDgelis secaodùni singulos gradns xqneniar, bommea mereri possnnt, quod est homioes ad ordioes angeloram assumi. )
Respondeo dicendum^ qaôd sicnt snprà dictnm est, ordines angelorain distinganntur et secan- dùà) conditiouem oatur», et secnndùm dona gntle. Si ergo coasidereatur angeloroin ordines solùm quantum ad gradum naturs, sic homines nnlio modo assumi possunt ad ordioes angelo- mm ; quia semper remanebit natararum distinc- lio. Quam quidam consideranteSy posuerunt qo6d
nnlio modo bomÎTies transferrl possnnt ad cqnt- iitatem angeloram^ qnod est erronenm ; répugnât enim promissioni Christi dicentis, Luc., XX, qaôd « filii resurrectionis eruat squales angelis in cœlis. » lUod enim qnod est ex parte nator», se babet ot materiale, in ratione ordinis; coni- pietiTom verb est qnod est ex dono gratis, qos dependet ex liberalitate Dei, non ex ordiiie nature. Et ideo per donum gratis homines mereri possunt tantam gloriam, nt angelis squentur, secundùm singulos angelorumgradus. Quod est homines ad ordines angelorum assumi. Quidam tamen dicunt qu^d ad ordines ange- lomm non assumuntur omnes qui salvantur, sed soli virgines Tel perfecti ; alii verd sunm ordinem constituent, quasi condivisum toti so- cietati angelorum. Sed hoc est contra Angus« tinum qui dicit, XII. De Civil, Dei (cap. 1 }, qoM « non enuàt do» societates hominum et
62 PARTIE T^ QUESTION GTIII^ ARTICLE 8.
des anges^ mais une seule; d parce que le bonheur de tous consiste à être unis à Dieu seul.
Je réponds aux arguments : i^ La grâce est donnée aux anges d'une manière proportionnée à leurs dons naturels. Il n'en est pas ainsi des hommes^ comme on Ta déjà dit. C'est pourquoi les anges ne peuvent être élevés au degré de grâce des anges supérieurs^ pas plus qu'ils ne peuvent être élevés à leur degré de nature. Mais les hommes peuvent monter jusqu'au même degré de grâce, sans pouvoir monter jusqu'au même degré de nature.
2*Les anges, dans l'ordre de la nature, occupent un rang intermé- diaire entre Dieu et nous. C'est pourquoi, d'après la loi commune, ils gouvernent non-seulement les choses humaines, .nais aussi tous les êtres corporels. Or les saints, après cette vie, sont de même nature que nous : par suite, selon la loi commune, ils ne gouvernent pas les choses hu- maines et ne s'occupent pas des affaires des vivants , comme dit saint Augustin, De Cur. pro mort, ag. Cependant, par une faveur spéciale, il est quelquefois accordé à quelques saints soit vivants, soit morts, d'exercer des fonctions de ce genre , soit en faisant des miracles , soit en chassant les démons, soit en faisant d'autres choses semblables, comme le dit saint Augustin dans le même endroit.
30 11 n'est pas faux que les hommes subissent la même peine que les démons ; mais certains ont avancé à tort que les démons n'étoient que les âmes des défunts. Et c'est ce que réprouve saint Chrysostôme.
angeloram , sed ana; » quia omnium beatitudo est adhserere uni Deo.
Ad primum ergo dicendum , quôd gratia an- gelis (ûtur secundùm proportionem naturaliuiii. I^OQ autem sic est de hominibus , ut suprà die- tnm est. Et ideo , sicut Inferiores angeli non possunt transferri ad naturalem gradum supe- riorum, ita nec ad gratuitum. Homines verè possunt ad gratuitum conscendere, sed non ad naturalem.
Adsecundum dicendum, quôd angeli secundùm naturs ordinem, medii sunt inter nos et Deum. Et ideo, secundùm legem communem , per eos administrantur non solùm res humanœ, sedetiam «mnia corporalia. Homineg autem san^cÀi, eliam
post banc vitam sunt ejusdem natur» nobiscum: unde secundùm legem communem non admi- nistrant bumana, nec rébus vivorum intersaot^ ut AugusUnos dicit in lib. De cura pro mort» agenda (cap. 1 et 16). Ex quadam tamen spe- ciali dispensatione interdnm altquibus sanctis conceditur, vel vivis, vel mortois, hujusmodi officia exercere, vel miracula faciendo, vei dae- mones arcendo, vel aliquid bujusmodi, sicut Augustinus in eodem libro dicit ( ubi suprà ). Ad tertium dicendum, quôd homines ad pœnam dxmonum transferri non est erroneum; sed quidam erronée posuerunt dxmones nihil aUu4 esse quàm animas defunctorum. Et hoc Cbrj- sostomus reprobat.
SB LA. COOIlDmATION DES KIHYAIS AlfaZS.
53
QUESTION CIX.
ll« la eooTdlmailom des mauvaU «aces {^V^,
n faut ensuite examiner la coordination des mauvais anges« Quatre questions se présentent sur ce sujet : !• Y a-t-il des ordres parmi les démons? 2* Y a-t-il quelque supériorité parmi eux? 3» L'un fllumine-t-il Tautre? 4* Sont-ils soumis au pouvoir des bons anges?
ARTICLE L Y a-t'il des ordres parmi les démons?
n parolt qu'il n'y a point d'ordres parmi les démons. 1<* L'idée d'ordre se rattache à Tidée dn bien, comme le mode et l'espèce, ainsi que le dit saint Augustin, De Nat. bon. et mal.; au contraire, l'idée de désordre se rattache à l'idée du mal. Or, parmi les bons anges il n'y a rien de désordonné. Donc parmi les mauvais anges il n'y a pas d'ordres.
9? Les ordres angéliques font partie de quelque hiérarchie. Gr les démons ne font pas partie d'une hiérarchie, laquelle est une principauté sacrée , puisqu'ils sont dépouillés de toute sainteté. Donc il n'y a pas d'ordres parmi les démons.
(1) Celte coordination ou subordination des anges entre eux, est une des croyances communes des chrétiens. À ce titre déjà , cette idée se présente à nous revêtue d*une autorité qu'aucun esprit sérieux ne sauroit méconnottre. De plus, elie se montre ici comme une conséquence de ce qui a été dit dans la question précédente. Si les ordres angéliques reposent , en elTet , âTanl tout, sur la nature, comme cette nature n*a pas été changée par la prévarication et la damnation des mauvais anges, il faut nécessairement que les distinctions établies entre eux, |Mir la volonté même du Créateur, subsistent encore après leur déchéance. G*est aussi la pre- mière raison qu*en donne saint Thomas. H en donne plus tard une autre qui mérite égale- ment d^ètre remarquée; et celle-ci s'applique d*une manière spéciale et directe à la funeste activité déployée par ces esprits pervers. La première pensée de leur chef, quand il les en- traîna dans sa révolte, ayant été de 8*égaler à Dieu, il n*est pas étonnant qu'ils s*eff'orctnt le retracer, dans leur société maudite , une image de cet ordre qui règne dans les cieux , et
QUJISTIO CIX.
De ordinatione maiorum amgtiarum^ in quatuor ûrtiûulot dteiM.
einde considerandomest de ordinatione ma- lOTom angelorum.
Et clrca hoc quxrnntiir quatuor : 1« Utràm ordines siat in dâmonibus. S» Utrùui in eis sit pTslatio. S« Utrùm onus illnminet alium. 4« Ulrùm subjiciantur prelalionibus boaorum angelorum.
aruculus I.
Virùm ordinu tint in d^nnonihus. Ad primiun sic procedilur« Videtar qu6d or-
dines non sint in dsemonibus. Ordo enim pei^ tinet ad rationem boni, ûcut et roodos et speciet ( ut AugostinuB dicit in lib. De natura boni); et è conlrario inordinatio pertinet ad rationem mail Sed in bonis angelis nibil eslinoidinatum. Ergo in malis angelis non sunt aiiqui ortlines. 2. Prsterea, ordines anglici sub aliqua bid- rarcbia cootinentur. Sed dsmones non sunt sab aliqua hierarchia, que est $acer principatui, cùm ab omni sanclitate siut vacuL Ergo in di^ mouibus non sunt ordines.
54 fAUTis i, Qimsnoir cix^ akticle I.
Z^ Les démons^ dans Topinioa commune^ sont déchus de chacun des ordres angéliques. Donc, si Ton range quelques démons dans nn ordre, parce qu% sont déchus de cet ordre, on devroit aussi leur attribuer les noms de chacun de ces ordres. Or nulle part ils ne sont appelés Séra- phins, ou Trônes, ou Dominations. Donc, pour la même raison , ils ne sont pas non plus dans les autres ordres.
Mais TApôtre enseigne le contraire, lorsqu'il dit, Eph.,\l, ii : a Nous avons â combattre les princes et les puissances, et ks chefs des ténèhras de ce monde, d
(Conclusion. — Les démons ne font pas, et n'ont jamais fait partie des ordres angéliques, selon l'état de gloire; ils en ont fait partie selon Tétat de grâce, dans lequel ils pouvoient mériter : ils en font encore partie en tant 4ae ces eidres sont fondés sur la natme.)
(kk doit considérer les ûrdces angéliques, ainsi que nous Tavons dit, 0t4ans le de^ provenant de la natare, et dans le degré provenaaldA la. grâce. Dans la grâce il y a deux états, l'un împaiÊdt, Tétat de m6* rite; Taulre pacfaii, et ifesiXéM de la oûBsommatien glorieuse;. Si Ton conâdère les ordnes aagéliques en tant que poasédaiil une ^oise parfaite, les démons n'en font pas et n'œ ont jaaiais fait partie. Si od les consl* dèredans Fétatde la grâce imparfiiite, ils ont fait partie un jour des ordres angéliques, mais ils en sont déchus; car tons les ancres, oomme nous l'avons établi plus haut, ont été créés en état de grâce. Si on con- sidère les ordres en tant que fondés sur la nature , les démons en font encore partie , c parce qu'ils n'ont pas perdu les dons nature, » comme le dit saint Denys.
Je réponds aux arguments : 1^ Le bien peni exister sans mal, nuis la
dont fls oot Tait eux-mêmes partie; mais tout cela., sans douté, dans la mesure et la qae pennet leur dégradation jointe à leur malice.
8. Prsterea, dsmoneft de singnVis ordinibus angetomm ceciderant^ at communiter dicHur. Si «rgo aliqui damoBes dicnnliir esse aUcnjm ordiniS; quia de illoordiue ceciderant, videtur quèd deberent eis attribui nomina siagolorum ordinum. Nunqnam autem iuvenitar qu5d di- cantur Serapkim, vd Tànmi, nel Dvm/na- tiones, Ergo pari ratione non sunt in aliis or- dnâkiis*
Sed cMln eti, qmd ApoflMIu dicH ùd WplK9., VI, >qiiM « est vdbiB eolloclatio ad- mam ^ncipes et potesMes, tdvems siundi reirtores tenebraram faaram. »
(GoNGUJsio. «— D«nones «eque mnt, oe- qoe fnemnl ia ordiaibus angeloEam seenndèfn slatan gloris, fceratt «item «ecandàm sta- ton fcatiae , qua polertnl mereri , et perae- tennt in cfdinibos aeenndhm ié qnod est na- tur».)
Respondeo dicendam, qnôd sicot jana dicton est ( art. 4 , cap. 8), ordo angelicus considera- tur et secondùm gndam natnrae^ et secandtm gradum gratis. Gratia ver6 habet dnplicem sta- tiini,sdlicet imperfectum^ qui est status meren ii, et perfectum^qni est status gloriae cousummats. St eif» 'CODsiderentiir ordinea «ngelici quantum ad perfectionem glorix^ sic dsinones ueaue sunt in ordinibtts angelicis, neqae nnqoam lueront. Si autem considerentur qnantiim ad id qnod est gratis iraperfects , sic dsmones foerant qoi* dem aliqnando in ordhiibns aogelorum; sed àb eis cedderant, secundbm iUnft quod suprà p(K smiiras (qu. éc, art. S), omnes angelos in gratia creatos fuisse. Si autem considerentor quantum ad id quod eit aator» , sic adhuc sunt in ordinibos; quia « data natwaiia non amise- runt, » ut Dionysius dicit.
Ad pfrîmnm ergo dicendum, qnôd bonmn po-
DE LA COOUmATION BBB KAITYAIS ANOXS. 86
mal ne sautoii exista sans bien^ comme nous Tavons dit pins hant : «"est pourquoi tes démons soat dans Tordre en tant que possédant une nature bonae.
2" La coordination des démons, considérée du côté de I>ieu qui en est Tauteur^ est sacrée; car il se sert des démons pour lui-même. Considérée dA eôté de larolonté des démons, elle n'est pas sacrée^ parce qu'ils abusent de leur nature pour faire le mal.
3« Le nom des Séraphins leur vient de l'ardeur de leur charité; celui des Trônes de l'habitation de Dieu en eui ; celui des Dominations in* dique une certaine liberté; toutes choses opposées au péché. C'est donc à cause de lenr péché que ces noms ne sont pas attribués aux démons.
ARTICLE IL
Y a-t'il quelque supérioriU parmi les démom?
n parolt qu'il n'y a pas de supériorité parmi les démons : i*" Toute supériorité repose sur un ordre réglé par la justice. Or les démons sont complèlement déchus de la justice. Donc parmi eux il n'y a point de supériorité.
4* Là où il n'y a pas obéissance et soumission , il n'y a pas supériorité. Or ces choses ne peuvent exister sans la concorde, qui est impossible parmi les démons ^ selon ce passage des Proverbes, XIII ^ 10 : a Entre les superbes il y a toujours des querelles, b Donc parmi les démons il n'y a pas de supériorité.
3» S'il y a quelque supériorité parmi eux, elle est ime conséquence ou de leur nature, ou de leur faute, ou de leur châtiment. Or elle n'est pas une conséquence de leur nature, car la soumission et l'asservissement
test inveniri sine malo-, sed malnm non potest inveniri sine booo, at sap'rà habitum est ( qv. 49, art. S ) ; et ideo densones n (piantum babenf naturam booam, ordinati sunt.
Ad secandum dîcendum, qnèd ordinatio ds- aonum , si consideretnr ex parte Dei ordtnan- lis, est sacra; ntHoremm dsmombus propter seipsam. Sed ex parte volontatis dcmonuns , non est sacra , quia abufamtor sua natura ad malnm.
Ad tertinm dicendnm) qa5d nomen (Sera- phim) imponitur ab ardore ctaaritatis, nooien «ntem {Iktonomm) ab inhabitatione diTina; sooien antem ( Dominationum ) importât li- bertdteiD quamdam : qoa omnia Dpponuntnr peccato. Et ideo peccantibus angeiis hiyasmodi nomina non atlribaunlor.
ARTICUL13S IL Vtritm m émmontôu» sH praMio»
Ad secandam sic proceditor (1). Videtnr qu6d in dsmonibus non sit prsiatio. Omnis enim pnelalio est secundùm aliquem ordinem jastiti«. Sed dsmoDes totaliter à jastitia cedderont Ergo in eis non est prathtio.
%. Pneterea , ubi non est obedientia et snb- jectio, non est prxlatio. Hsc antem sia6 cdn- cordia esse non possunt, qna^ in daimonibQS nulla est, secundùm iliud Proverb,, XIU : « Inter superbes semper snnt jurgia. o Ergo in dsmonîbos non est prslatio.
3. Prsterea, si in eis est aliqua pralatio, aut boc perlinet ad eorum naturam, ant ad eonua cnlpam vel pœnam. Sed non ad eomm nataram.
(1) De bis etiam supr&; qu. 6S| art. 8, text.; II, Sent., dist. 6, art. 4; ut et lY, Sent,, 4îit., qu. 1 , art. 2 , qassthiac. i.
56 ITÂRTIE I^ QUESTION GIX^ ARTICLE 2.
ne viennent pas de la nature ^ mais sont des suites du pécbé : elle n'est pas non plus une conséquence de leur faute ou de leur châtiment, parce que, alors, les démons les plus élevés ayant péché plus grièvement, de- vroient être soumis à leurs inférieurs. Donc il n'y a pas de supériorité parmi les démons.
Mais la Glose dit le contraire, I Cor., XV: «Tant que durera le monde les anges commanderont aux anges, les hommes aux hommes, et les^ démons aux démons, d
(Conclusion. — Comme les démons ne sont pas égaux en nature, il est nécessaire que les actions des inférieurs soient soumises aux actions des supérieurs ; et ainsi il y a parmi eux une soumission et une supé> riorité naturelles.)
Comme l'action suit la nature de la chose, il faut que là où les natures sont dans un certain ordre entre elles, les actions de ces natures soient dans le même ordre : cela est évident dans les choses corporelles. Car, Tordre naturel plaçant les corps inférieurs au-dessous des corps célestes, les actions et les mouvements de ceux-là sont soumis aux actions et aux mouvements de ceux-ci. Or il est évident, d'après ce que nous avons déjà dit, que Tordre naturel range les démons les uns au-dessous des autres;, par suite les actions des uns sont au-dessous des actipns de ceux qui leur sont supérieurs. Et c'est là la nature de la supériorité, que l'action de l'inférieur dépende de Taction du supérieur. Ainsi, la disposition natu- relle des démons demande elle-même qu'il y ait supériorité parmi eux. Cela convient aussi à la divine sagesse, qui ne laisse rien de désordonné dans Tunivers, a qui arrive irrésistiblement à ses fins et dispose toutes choses avec suavité, » Swg., VIII , 1.
Je réponds aux arguments : i"" Le fondement de la supériorité des dé- mons n'est pas leur justice, mais celle de Dieu ordonnateur de Tuni- vers.
quia subjeciio et servitus non est ex natura , sed est ex peccato subsecuta; nec pertinet ad culpam vel pœnain, qnia sic superiores dxmones qui magis peccaverunt, inferiorihos subderenlur. Non ergo est pnelalio in dsmonibus.
Sed cootra est, quoddicit Glossa, I. ad Cor., XV : «Qu>mdiu darat mundus^ angeli ange- is, homines hominibus, et dxmoaes dxmooibus prssunt. »
( CoNCLusio. — C&m dffimones non sint se- condùoi naluram squales, necessum est infe- rioram quoque actiones actionihus superiorum snbesise*, atque ita naturalis subjec.io et prs- Utio in illis est.)
Respondeo dicendum, qa5d cùm actio seqaa- tur naturam rci, qaoramcanque nature suiit ordinatsB , oportet quôd etiam actiones sub in» iricein ordlncutor : sicut patet in rébus corpo-
nilibus; quia enim inferiora cnrpora naturali ordioe suut iofra corpora cœlestia, actiones et motus eorum subduntur actionibiis et inotibus cœlestium corporum. Manifestum est autem ex prsinissis, quôd dffimooum quidam natiirai online sub aliis constituuntur; unde et actiones eorum sub actionibus superiorum suut. Et hoc est quod rationem praplationis facit, ut scilicet actio subditi subdatur actioni prœlati. Sic igitur, psa naturalis dispositio dsmouum requirit quôd sit in eis prœlatio. Gontenit enim boc diviuae sapienti», que nihil in universo inordinatom relinquit, quœ « attingit àfîne usque ad finenk fortiter, et disponit omnia 8ua?iter, » ut dicitut Sap.vm.
Ad priroum ergo dicendum, quôd pnelatfo dff monum non fundatnr super eorum justitia^ sed super justitin Dei cimcta orrtJnfpf".
DE lA GOOBDm ATIOK BJBS MAtJYAIS À56ES.
6T
3^ La concorde en vertu de laquelle les démons obéissent les uns aux autres ne provient pas de l'amitié qu'ils se portent, mais de leur malice commune, qui les fait haïr les hommes et se refuser à la justice de Dieu. Car c'est le propre des impies de se joindre et de se soumettre, pour accomplir leurs noirs desseins, à ceux qu'ils voient plus puissants et plus forts.
3* Les démons ne sont pas égaux en nature : c'est pourquoi il y a parmi eux une supériorité naturelle ; ce qui n'a pas lieu parmi les hommes, lesquels sont tous égaux en nature. Que les inférieurs soient soumis aux supérieurs , ce n'est pas pour le bien des supérieurs , mais plut6t pour leur mal; parce que faire le mal étant une chose essentiellement funeste , présider au mal lui-même est le comble de la misère.
ARTICLE m. Parmi les démons, l'un tWuminc-t-tl Vautre?-
n paroît que parmi les démons l'un illumine l'autre. 4* L'illumi- nation consiste dans la manifestation de la vérité. Or un démon peut manifester la vérité à un autre, puisque le^ démons les plus élevés possèdent naturellement une intelligence douée d'une plus grande péné- tration. Donc les démons d'un ordre supérieur peuvent illuminer les inférieurs.
^ Un corps qui surabonde en lumière peut illuminer celui à qui elle fait défaut, comme le soleil éclaire la lune. Or les démons supérieurs participent plus abondamment à la lumière naturelle. Donc il semble que les démons supérieurs peuvent illuminer les inférieurs.
Hais, au contraire, l'illumination est accompagnée de la purification et du perfectionnement , comme on l'a déjà vu. Or, purifier n'appartient pas aux démons , selon cette parole de l'Ecriture , EcclL, XXXIV, 4 :
Ad secondam dicendom^ qo6d concordia ds- oiontiin quâ quidam aliis obediont , non est ex amicitia qiiam inter se habeant, sed ex com- mtm nequitia, quà homines odiunt, et Dei jtistitix répugnant. Est enim proprium hominum impiorum^ nt eis se adjungant et snbjiciant, ad propriain nequitiam exequendam, quos poten- tiores Tiribus vident.
Ad ter^am dicendum, quôd daemones non sont rqaales, secandùm naturam : unde in eis est natoralis praelatio. Quod in hominibus non eoDtingit, qai natari suut pares. Quôd autem soperioribus inferiores sabdantur, non est ad boonm saperioram, sed magis ad malum eoram ; qina cùm mala facere maxime ad miseriam per- tiiieat, preesse in malis est esse magis mise-
ARTICULUS m. Virûm in damonibut sit tUuminath.
Ad tertiuro sic proceditur. Videtiir quôd in dxmonibus sit illuminalio. Illaminatio enim consistit in manifestatione veritatis. Sed unus dsmon potest alteri veritatem maiifestare , quia superiores magis acumine Ddturalis scien- tix vigent. Ergo superiores dcmones possunt inferiores illuminare.
2. Prslerea, corpus quod superabundat la- mine, potest illuminare corpus quod in lumine déficit, sicut soi lùnam. Sed superiores dœmo- nes magis abundant in participalione luminis naturaiis. Ergo vid^tur quôd superiores dnmonet possunt inferiores illuminare.
Sed contra : illuminatio est cnm purgatione et perfeclione, ut suprà uictum est (qu. 106 ,
SS8 PARTIE t, QUESTION CtK, ABTICLE 8.
c Que purifiera celui qui est impur? » Donc ils ne peuvent pas non plus illuminer.
(CoNGLUsioir. — Quoique les démons paroisseni s'iUumimr mutodle- ment en se découvrant quelque vérité^ il n'y a pas entre eux d'illummatioo véritable, puisqu'ils s'étudient a tout éloigner de Dien.)
Il ne peut pas y avoir, dans les démons, de véritable illumination. Nous avons dit plus haut que l'illumination proprement dite est la mani- festation de la vérité , ai tant qu'elle ramène à Dien , lumière de touls intelligaice. Il pmt y avoir une autre manifestaticm de la vérité, à savoir^ le langage; lorsque un ange manifeste à un autre sa pensée. Or la perversité des démons fait que l'un , au lieu de ramener- rautre i Diea , cherche plntAt à l'en éloigner : c'est pourquoi un démon n'illumine pas l'autre ; mais il peut lui découvrir sa pensée par une sorte de langage.
Je réponds aux arguments : l"" Toute manifestation de la vérité n'est pas illumination, mais uniquement celle que nous avons dite.
2o Pour les choses qui appartiennent à la connoissance naturelle , la manifestation de la vérité n'est nécessaire, ni pour les anges, ni pour les démons; car, nous l'avons dit, dès le commencement de leur création, ils ont connu tout ce qu'ils pouvoient connoître naturellement ; aussi une plus grande abondance de lumière naturelle que possèdent les démons su- périeurs, ne peut constituer l'illumination.
art. 1 eft 3 }. Sed pargare non conveait daemo* nibus^ second ùm illad Eccles., XXXIV : « Ab iiDiiiuBde quid isuBdalÂtttrf» Ergo etiam neqoe illuminare.
(CoNCLusio.— Qaamvis per aliquam verita- fis roanifestationem sibi invicem lumen prs- slare videantur dannones, non tamen iUmni« lant propiiè, cùm onmia à Deo aTertere 3i«- deant. )
Respondeo dicendam, qnM in dsmonib'ds non pot est esse illuminatio propriè. Dictum est enim saprà (qa. 100, art. 2), qu6d illuminatio propriè est manifestatio veritatis, secundùm qfïiàà babet ordinem ad Denm, qui Uluminat pmnem intellectum. Âlia autem manifestatio veritatis potest esse locutio, sicut cùm unus an- gélus alteri suum cooceptum mauifeslat. Peiy
versitas autem dsmonum hoc habet , qaôd umii alium non intendit ordioare ad Deum, sed magis ab ordine dirino tbdimre : et idée unua demoi alimn mm ilhuoinai; aed vum alii fiuuBi oob» ceptum per modum locutionis intimare potesi.
Ad primum ergo dicendnmj qu6d non qaae- libet veritatis manilBatatio halwl rationem iH»- minatioma» sed aolim que dicta ast.
Ad secundùm dicendum, quôd secundùm ea qus ad naturalem cognitionem pertinent, non est neceasaria manifestatio veritatis, neqoe in aogelis» neqoe in dsmonibua; quia, sicut supià dictum est(l), statim à principio suie coadiUo> nis omnia «ognoverant que ad naturalem co- gnitionem pertinent; et ideo major plénitude natnralis iuminis, que est in soperioiibus àmr snonibus, non potesi esse ratio illuminationîs.
(1) Tum qu. 55, art. 2, ubi omnium rerum iogenitas tdeas velspeeies ab initio habuisae ^ Cimtur; tum qu. 5S, art. 1 , ubi respecta rerum ad quas eorum cognitio natnralis extendere ae poleat , Dunquam in poientia fuisse ostenduntur, sicut ad ea que per revelationem eognovensil.
BB là. QOÛBJaSÂTlOV DXS XAXJTAIS AWES. W
ARTIdE IV. LeiboManget aiÊt-^ quelque, su^iriêriià mur keimammief
n partit que les bons anges n'ont pas de supériorité sur les manvais. 1« La supériorité des anges est snrtont en raison de leurs inuminatloos. Or les mauTais anges^ n'étant que ténèbres^ ne sont pas îllaminés par lea bons. Donc les bons anges n'ont pas de supériorité sur les mauvais.
9* Le supérieur paroit être responsable du mal que les inférieurs font. Or les démons Sont bien des maux. Donc^ slls sont soumis aux bons anges^ eenx-ci pourront être taxés de négligence ; ce qui répugne.
3" La supériorité des anges suit Tordre de la nature^ comme nous Tairons souvent dit. Mais si les démons sont déchus de cbacun des ordres, 4XHnme le veut Topinion commune^ beaucoup de démons sont supérieurs^ sden Tordre de la nature , à plusieurs bons anges. Donc les bons anges n'ont pas de supériorité sur tous les mauvais.
Mais saint Augustin dit le contraire , De Trin. ,13l,h: a L'esprit dé- serteur de la vie et pëohenr est régi par l'esprit raisonnable^ pieux et juste qui n'a pas abandonné la vie. » Et saint Grégoire dit à son tour : a Les Puissances sont des anges au pouvoir desquels les vertus ennemies sont soumises. •
(CoiTGLiJSKHr. — La supériorité appartenant d'abord à Dieu^ est commu- niquée aux créatures^ et plus abondamment aux jdus parfaites : par suite^ les bons anges ont quelque supériorité sur les mauvais.)
Tout ordre de supériorité existe originellement en Dieu, etestcommii- nîqué aux ciéatoies , en raiaen de leur proximité avec Dieu. Car le» créatures qui scHit plus parfaites et plus proches de Dieu ont Tinfluence sur les autres. Or la perfection la plus grande et qui approche le plus de
ÀRIXIILUS IV inrkm hêtii mngeîi hébeani
Ad quartiim sic proceditur. Videtor qubd boni ai^li non babeant prxlatioDein super malos. Pirslatio eoin angeloram pracipoè aiteadîtur MCvndùJD îllumioaliones. Sed mali angeli cùin sint teDtbrs, non illaminantur à bonis. Eigo boni angeli non sunt prxlati saper malos.
1. Pneterea, ad negligentiam prs^identis pertinere tidentur ea qu£ per subditos maiè fiant Sed demones mnlta mala lacinot Si igi- tor subsont prsUtioDÎbus bonoruai angelorunij videtur in angelis bonis esse aliquanegligentia: ^od est inconveniens.
8. Prsterea, pralalio angelornm sequîtor na- tm» ordinem, ut suprà dictum est (art. i et 2). Sed si daernones de singulisordioibus ceciderunt, «t coDunaniter dicitor, molli dœmones mullis
bonis angelis sunt superiores ordine natara. Non etgo boni angeli pralalionem habeot siiper omnes malos.
Sed contra est, quod Augostinus dicit, III. De Trin, ( cap. 4) » qoôd « spiriUis vitie ùBr serlor atqoe peccaior regitur per S| irilum vitas, rationalem» pium et justom. » El Gregmiiig dicit qu5d a Potestatea sunt angeli, quocum ditioni virtuies adverss subjects sunt. »
(CoiiCLUsio. — Pr2elatio primo Deo coo^pep tens, à crealuris parlicipatur, et à perfectioribua maxime» boni igitur angeli super malos pri&U- tiouem habent.)
Respondeo dicendom , qu5d totus ordo pca- lationis prim6 et origiualiter eat in Deo, et participalur à crealuris secunUùm qu6d Deo magis appropinquant. IlUe enim créature supei alias intloeutia n babeot, que sunt perfeclioreSi et Deo propioquiores. Maxima autem perfectio el per quaui maiimè Deo appropinquatur, es*
60 PARTIS I j QUESTION GIX , ARTICLE^ 4.
Dieu, est la perfection des créatures qui jouissent de Dieu, comme les saints anges; perfection dont les mauvais anges sont privés. C'est pourquoi les bons anges exercent une supériorité sur les mauvais et les gouvernent (1).
Je réponds aux arguments : 1* Les saints anges révèlent aux démons bien des choses touchant les mystères divins, lorsque la divine justice veut se servir des démons pour la punition des méchants ou l'épreuve des bons : comme, dans les choses humaines, les assesseurs du juge commu- niquent la sentence aux bourreaux. Ces révélations , considérées du côté des anges révélateurs, sont de véritables illuminations, car ils les rapport tent à Dieu ; elles ne le sont pas, du côté des démons, parce que les démons ne les rapportent pas à Dieu, mais à la satisfaction de leur propre malice.
2'' Les saints anges sont les ministres de la sagesse divine. Et comme la sagesse divine permet que quelques maux arrivent par le moyen des démons ou des hommes, en faveur des biens qu'elle en tire ; les bous anges aussi n'empêchent pas entièrement les mauvais de nuire.
3** Un ange, quoique inférieur dans l'ordre de nature à des démons placés dans un ordre supérieur, leur commande cependant, parce que la vertu de la justice divine à laquelle sont unis les bons anges , l'emporte sur la vertu naturelle des anges. Ainsi, chez les hommes, «c celui qui est spirituel juge toutes choses, » I. Cor., IL Et le Philosophe dit, Ethic, III : a L'homme vertueux est la règle et la mesure de toutes les actions humaines. »
(1) ToiU encore une des croyances communes au sein du cbristianisme , et Fun des ensei- gnements les plus consolants , comme les plus rationnels de la théologie catholique. La lutte entre les bons et les mauvais anges se poursuit donc depuis le commencement des choses ^ et le résultat est toujours , en déflnitive , ce qu*il fut dans ce premier combat qui eut lieu dans le ciel , et dans lequel Michel et ses anges triomphèrent, par leur fldéliié , contre Lucifer et les malheureux compagnons de sa révolte , suivant ce que l*£8prit saint nous rapport» dans TApocalypse.
creataranim fraentiam Deo, sicut sancti angeli, qua perfectione dsmones privantar. Et ideo boni angeli super malos prslatioaem habent , et hi per eos reguntur.
Ad primum ergo rlicendum» qa5d per sanctos angelos malta de divîuis mysleriis <ixmoiûbus revelantur, cùm diviaa justitia eiigit at per dKmones aliqua Gant , val ad pimiUonem ma- lonim , vel ad exercUalioDem bonorum : sicut ia rébus humanis assessores judicis révélant tortoribuB ejus sententiam. Hujusmodi autem levelationes si ad angelos révélantes comparen- tnr, iUuminationes sunt^ qoia ordinant eas ad Deum ; ex parte verô dsmonum non sunt illu- icinaiiones, quia eas in Deutn non ordinant, led ad expletionem propriae ioiquitatis.
Ad secundam dicendum, qa6d sancti angeli sunt ministri divinas safàentis. Unde, sicnt sapieutia divina permitlit aligna mala fiert per malos angelos vel bomines, propter bona qne ex eis elicit; ita et boni angeli non totaliter cohibenl malos à uocendo.
Ad tertiuro dicendum, qu5d angélus, qui est infe.ior ordine uaturs^ prseebt dxmonibns, qaamvis superioribiis ordine naluric; quia vii^ tus divinx ju titiae, coi inhj.Tenl bohi angeli, potior est quàm virtos naturalis angélorom. Unde et apud homines « spiritualis judi<*at om» nia, » ut dicitnr l. ad Cor», H. Et Phiiosopbns dicit in lib. Ethic.» qu5d a virluosus est régula et mensura omnium bumanorum actuiim »
DS U. P]lisn>£NGE CONFIÉS AUX ANOES, ETC. 61
QUESTION ex.
De la présldem^e eottftée amx «agcB sur la crêatmTe corporelle»
Nous avons à traiter maintenant de la présidence confiée aux anges sur la créature corporelle.
Sur ce sujet, quatre questions se présentent : !• La créature corporelle est-elle gouvernée par les anges ? 2° Leur obéit-elle à volonté ? 3<» Les anges peuvent-ils, par leur puissance, changer immédiatement les corps de place? V Les anges bons ou mauvais peuvent-ils faire des miracles ?
ARTICLE I. ^ La créature corporelle est-elle gouvernée par les anges?
n paroit que la créature corporelle n'est pas gouvernée par les anges. |o Les choses qui opèrent d'une manière déterminée, n'ont pas besoin d'être gouvernées par un être supérieur ; car nous n'avons besoin d'être gouvernés, qu'afin de ne pas opérer autrement qu'il ne faut. Or les actions des choses corporelles sont déterminées par les natures que Dieu leur a données. Donc elles n'ont pas besoin du gouvernement des anges.
^ Parmi les êtres, les inférieurs sont gouvernés par les supérieurs. Or parmi les corps, les uns sont appelés inférieurs, et les autres supérieurs; et par suite les inférieurs sont gouvernés par les supérieurs. Donc il n'est pas nécessaire qu'ils soient gouvernés par les anges.
2i* Les divers ordres des anges se distinguent par leurs divers offices.
qojBstio ex.
De prœtidentia angeiorum tuper ertaturam eorporaUm, •» quatnor artieuloë ditUa.
Deinde coDsiderandiim est de prcsidentia «Dgelorom super creatoram coiporalem.
Et circa hoc quaeruntur quatuor : 1® Utrùm creatuni eorporalls administretar per angelos. 2* Utrùm creatara corporalis obediat angelis ad nutam. 3* Utrum angeli sua virtute possint immédiate movere corpora localiter. 4* Utrùm angeli boni vel mali possint facere miracaia.
ARTICULUS L
Vtrdim cnaiura corporaHê adnUnùiretur per tmgelot.
Ad primum sic proce^tar (1). Videtur qu6d