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DESCRIPTION PHYSIQUE
DE LA
RÉPUBLIQUE ARGENTINE
V
PREMIÈRE PARTIE
à DESCRIPTION PHYSIQUE
DE LA
RÉPUBLIQUE ARGENTINE
D'APRÈS DES OBSERVATIONS PERSONNELLES ET ÉTRANGÈRES
PAR
LE D' H. BURMEISTER
LEE
Directeur du Museo Püblico de Buénos-Ayres Membre correspondant des Académies des sciences de Berlin, St-Pétersbourg, Turin, Washington et de l'Université de Santiago du Chili, etc. ete., etc.
TOME CINQUIÈME LÉPIDOPTÈRES
PREMIÈRE PARTIE Gontenant les Diurnes, Crépusculaires et Bombycoides
Avec un Atlas de XXIV planches in-40
BUÉNOS-AYRES IMPRIMERIE DE PAUL-ÉMILE CONI, RUE ALSINA. 60
PARIS HALLE
F. SAV Y ED. ANTON
EN COMMISSION 1878
Tous droits réservés
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PRÉFACE
J'ai donné, dans la préface du second volume, les raisons qui me faisaient renoncer à continuer cet ouvrage ; mais, depuis, est intervenu le décret du Gouvernement national, du 24 décembre 1876, qui me fournit de nouveau les fonds * nécessaires pour couvrir annuellement les frais de la publi- cation. Je m’empresse de l’en remercier et de me remettre à l'œuvre. ÿ
Je donne aujourd’hui le cinquième volume, contenant les Lépidoptères, et remets à une époque postérieure limpres- sion du troisième et du quatrième. Cette partie de mon tra— vail est préparée depuis longtemps; mais lexécution des figures de l’Atlas, que j'ai confiée à des artistes allemands, demande malheureusement plus de temps que je croyais; pour cette raison, les parties de l’Atlas seront publiées peu à peu en livraisons indépendantes du texte des différents tomes.
Pour introduire quelque diversité dans les matières trai- tées et reposer le lecteur en même temps que l’auteur, Je ne publierai pas immédiatement la seconde partie du cin- quième volume, mais de préférence la première du troisième, contenant les Mammifères vivants et fossiles du pays; Je pu- blierai ensuite la même partie du quatrième volume, conte-
vI PRÉFACE
nant les Coléoptères pentamères. Plus tard, enfin, je com-— pléterai chacun de ces tomes.
J'ai l’intime confiance que les ressources financières du pays me permettront la continuation sans interruption de mon œuvre, et je ne veux pas finir cette préface sans adresser mes remerciements aux deux derniers ministres de l’instruc- üon publique : MM. José M. GUTIERREZ et BoN1FACIO LASTRA, pour le concours qu'ils ont prêté à la publication de cette œuvre, me donnant ainsi l’occasion de faire connaître au public, d’une façon complète, la constitution physique et les productions naturelles du pays, où je suis maintenant do- micilié et depuis longtemps traité avec bienveillance.
Enfin, il me reste à prier le lecteur d’excuser les germa- nismes perpétuels du texte français. Bien que je me fusse adjoint un Jeune Français pour corriger mon texte original, il n’a pu rétablir parfaitement les phrases étrangères, parce qu'il connaît peu les objets traités. Ainsi mon texte est un mélange de pensées allemandes et de mots français, et ne res- pecte pas partout le vrai génie de cet idiome élégant. J’espère cependant que le lecteur n’aura jamais éprouvé d’embarras à comprendre les pensées de l’auteur, exprimées dans une langue qui lui est étrangère.
Buénos-Ayres, 25 mai 1878.
H. BURMEISTER.
DESCRIPTION PHYSIQUE
DE LA
+
RÉPUBLIQUE ARGENTINE
DEUXIEME" ORDRE"DES\ INSECTES
LÉPIDOPTÈRES
(Lepidoptera LiNxEI; @Gilossata FaBRicii)
CONFIGURATION GÉNÉRALE DU CORPS
Le groupe des Lépidoptères, nommés vulgairement papil- lons, est un des plus uniformes entre les insectes; il suffit de regarder les écailles teintes des plus belles couleurs, qui cou- vrent leurs corps, pour les caractériser complètement; dans aucun autre ordre d'insectes on ne trouve un aspect semblable, sauf chez les Neuroptères, dont principalement quelques Tri- choptères ressemblent beaucoup aux Lépidoptères; mais même les plus semblables de ce groupe n’ont jamais le corps couvert d’écailles, seulement de poils (*). Vraiment, les écailles qui
(*) C’est une chose bien connue qu’il existe quelques Neuroptères qui affectent une grande ressemblance avec de petits Lépidoptères, par exemple : le genre Coniop- teryæ. D'un autre côté, un vrai papillon du genre Acentropus a été regardé souvent pour Trichoptère. Mais déjà WesTWoop a dit avec raison (Trans. Ent. Soc.l, 117, Introd. to the mod. classific. I, 342.) que la présence des ptérygodes chez l'Acen- {ropus prouve sa vraie nature de Lépidoptère,
REP, ARG. — T. Y. 1.
D) INSECTES LÉPIDOPTÈRES
couvrent la surface du corps du papillon ne sont pas toujours de la même fisure; leur aspect se modifie beaucoup et quelque- fois ressemble au type des poils, mais aucun papillon n'est entièrement couvert de vrais poils cylindriqües ou filiformes, même quand il porte des écailles assez minces et presque fili- formes sur quelques parties du corps. Alors, pour reconnaître la véritable configuration de la surface du corps, il faut net- toyer les écailles pour se convaincre que sa composition est la même que celle des autres insectes. Cette recherche constituant le véritable but d’une étude scientifique, il nous faut examiner le papillon nu, sans écailles; c’est pourquoi nous commence- rons notre description générale de l’ordre des Lépidoptères avec l'examendu corps dépourvu d’écailles. Des figures, données sur la première planche de l'Atlas, expliqueront cette deserip- tion.
La figure 1 représente le Philampelus Vitis nu, de grandeur naturelle ; elle montre clairement la division du corps en trois parties principales, qui sont, d'avant en arrière, la tête, le thorax et l'abdomen.
La tête (caput) se forme d’une simple pièce de figure générale presque sphérique, couverte d’une substance cornée, comme toutes les parties du corps, perforée en avant et en arrière par un trou, dont l’antérieur contient la bouche avec les organes pour la réception de la nourriture, et la postérieure s’unit par un cou membraneux à la portion antérieure du thorax. En outre, la tête porte les antennes et les yeux, principaux organes sen- sitifs.
L’enveloppe de la tête du papillon n’est pas composée de par- ties distinctes, mais on distingue différentes régions de la sur- face : le dessus ou le sommet (vertex, fic. 6, d.), terminé en avant par la position des antennes. Ici, une ligne transversale, pro- fondément enfoncée, le sépare du front, portion antérieure (fig.6, c.) de la tête, terminée des deux côtés par les yeux. Au dessous du front vient une autre partie, qui se nomme épistome ou chaperon, également séparée par une ligne enfoncée arquée (clypeus, fig. 6 et 7). Cette portion, généralement un peu plus convexe, porte en dessous la lèvre supérieure et les mandibules, organes toujours rudimentaires chez les papillons ; et plus en bas, sur la surface inférieure de la tête, sont placées les mâchoires inférieures et la lèvre inférieure, les deux bien développées dans cet ordre d'insectes. La surface postérieure de la tête est plus
CONFIGURATION DU CORPS 3
petite que l’antérieure et toujours plus rétrécie; elle est presque concave. On distingue sur cette surface la nuque, la sorge, les joues et les tempes, selon la position au dessus et au dessous du crand trou occipital, ou à ses côtés, entre le trou et les yeux, plus en bas ou plus en haut de ceux-ci. Mais tous ces organes ne se prononcent pas bien chez les papillons, à cause des écailles qui couvrent la surface de la tête, laissant voir uniquement les palpes de la lèvre inférieure, sortant plus ou moins en dehors du vêtement général. Ceux-ci, avec les antennes et les yeux, sont les organes de la tête les plus importants pour la classifica- tion systématique des papillons.
Les yeux ont une forme assez semblable chez tous les Lépi- doptères, quoiqu'ils se trouvent de deux catégories : l'es compo- sés etles simples. Les yeux composés (oculi, fig. 6 et 7, c. c.) sont deux grandes rondelles convexes de figure ovalaire, une de chaque côté de la tête, à surface finement granuleuse, qui appa- raissent composées d’une quantité de petites facettes con- vexes hexagonales, assez visibles et très-distinctes au moyen d’une lentille grossissante. En raison de la grandeur relative- ment assez considérable de chaque facette, les yeux composés des Lépidoptères ne sont pas très-polis. Leur surface a un éclat très-faible, un peu soyeux, quoique le nombre des fossettes de chaque œil soit considérable et s'élève à plusieurs milliers. On prétend en avoir compté dans l'œil du Bombyx Mori 6,236, chez Cossus Ligniperda 11,300 et même jusqu’à 17,3% (Wesrwoon, Introd., ete. Il, 31L.). Souvent les facettes sont entourées de poils courts mais très-serrés, sortant des sutures qui les sé- parent et formant une sorte de paupière. Les yeux simples (ocelli où stemmala) n'existent pas dans tous les Lépidoptères, mais on les rencontre principalement chez les Microlépido- ptères, où ils sont au nombre de deux situés du côté interne des yeux composés, plus au sommet, en arrière des antennes. Chaque ocelle forme une petite facette très-convexe, luisante, de couleur obscure ; les yeux composés, au contraire, affectent des couleurs variées, ils sont noirs, bruns, rougeâtres, verts et : jaunes.
Plus importantes sont les différences de formes dans les antennes (antennte). Elles sont situées sur le front, près du bord interne de chaque œil, dans une fossette d'articulation assez grande, ronde, laquelle reçoit l’article basilaire toujours plus gros que les autres qui suivent (fig. 6 et 7, b. b.). Cet
4 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
article basilaire est sans écailles, mais généralement couvert par les écailles voisines de la tête. Les autres articles sont unis au premier par un second toujours plus petit et plus ou moins sphérique que suit un troisième plus long, cylindrique, mais généralement de la même forme que les suivants. Ceux-ei sont courts, annulaires et assez nombreux, variant de trente à qua- tre-vingt-dix, et même quelquefois encore plus (*). Chez les pa- pillons diurnes, nommés Rhopalocères, de la forme générale des antennes en massue, chaque article est de circonférence cir- culaire avec une petite excroissance au milieu. Les derniers articles se développent latéralement, ce qui les rend plus larges que longs (fig. 4). Chez les Sphingides (fig. 2.), la forme de chaque article est triangulaire, avec une petite crête aiguë au dessous, qui donne à cette surface la forme d’une scie, pendant que la surface opposée supérieure est couverte d’écailles et l’in- férieure de poils courts (fig. 3.). Chez les grandes espèces de Bom- byx, à antennes pectinées (fig. 5.), de chaque article aux deux côtés sort une branche ou dent double, dont les contours sont revêtus d’une frange de poils fins; les branches antérieures et supérieures sont plus courtes que les inférieures et postérieures. Quand les branches des articles sont très-longues, on nomme ces antennes plumeuses. Quelques autres antennes affectent une figure moyenne entre celle-ci et celle des Sphingides. En géné- ral, la forme la plus fréquente des antennes est la filiforme, avec un faible amincissement à leur extrémité, et très-souvent les antennes des mâles sont pectinées ou plumeuses, quand celles de la femelle sont simplement filiformes. C’est cette raison qui a fait donner aux papillons de ce groupe le nom de Hétérocères. Tous ces types d'antennes subissent une infinité de variations, et rendent impossible leur description générale en détail.
Les organes de la bouche du papillon occupent toute la surface de la gorge et se composent, comme chez les autres insectes, de deux lèvres, la supérieure et l’inférieure, et deux paires de mâ- choires dans la même position ; mais chacune de ces six parties a une conficuration particulière, différente des correspondantes des autres ordres. Chez la plupart des insectes, la lèvre et les
() J'ai compté chez le Danais Archippus 35-36 articulations, chez le Bombyx Atlas 38-40, chez le Philampelus Vitis 75-76, chez l’'Erebus Strix 88-90, chez quelques Microlépidoptères avec des antennes très-allongées, leur nombre surpasse plus de 100 articulations.
ORGANES DE LA BOUCHE 5
mâchoires supérieures, nommées mandibules, sont les plus for- tes, et même dans l’état de jeunesse du papillon, chez la che- nille, il en est de même ; mais elles se perdent chez le papillon parfait presque en totalité, se cachent sous les écailles des par- ties voisines de la tête, et se réduisent au point d'être à peine reconnaissables. De même on voit, au dessous du front, le petit chaperon (fig. 6.) supportant la plus petite lèvre supérieure, affectant la forme triangulaire très-écourtée, accompagnée de chaque côté d’une autre pièce conique, encore plus petite, un peu courbée, qui représente les restes des deux mandibules du papillon. Celles-ci portent, au côté interne, une frange de poils assez longs, mais leur surface externe est nue, comme celle de la lèvre supérieure, sans le manteau général d’écailles des autres parties du corps.
En opposition à l’état rudimentaire des mandibules, les mâ- choires inférieures du papillon sont très-crandes, formant l'or- gane principal de la bouche, nommée spiritrompe (lingua spiralis), sous une figure tout à fait particulière. Cet organe se compose de deux fils minces, plus atténués au bout, attachés l’un à l’autre intimement et enroulés ensemble en spirale (fig. 6 et 7 a.), se cachant dans cette figure entre les deux grands palpes de la lèvre inférieure. En examinant chacun des deux fils plus exactement, on voit qu'il est composé de différentes pièces, répétant la configuration générale des mâchoires infé- rieures des autres insectes. Il y a, à la base du fil, une pièce correspondante au gond et à la tige des mâchoires des Coléop- tères (voyez la description générale de cet ordre) qui porte même un petit palpe rudimentaire du côté externe, se terminant dans le long fil enroulé qui correspond à la pièce terminale des mâ- choires des Coléoptères, nommée casquette (galea), au lobe ex- terne. Ce fil de la mâchoire est la pièce la plus étrange des organes de la bouche du papillon, et de grande différence de lon- gueur chez les différents groupes de l’ordre (”). Il se compose d'une infinité de petits anneaux de la même texture solide que tous les técuments du corps, unis entre eux par une membrane fine élastique, qui couvre la surface interne des anneaux, lais-
(‘) Le journal anglais Nature (tome VIIT, page 223) a donné dernièrement un exem- plaire étonnant par sa longueur extraordinaire d’un Sphinæ, dépassant du double le corps du papillon. Généralement, il est plus court, et même très-court, presque rudimentaire, chez quelques Bombyx.
6 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
sant au milieu un vide pour les petits museles entre les anneaux et le passage des nerfs et des vaisseaux aérifères, qui font et dirigent le mouvement spirale du fil. Chaque fil a sur le côté interne deux listons qui se touchent entre eux par leur bord libre, formant de cette manière entre eux un tuyau coulant à l'ouverture de la bouche et lui conduisant le fluide du miel des fleurs, qui compose la nourriture principale de tous les papil- lons. A la fin, les deux fils, jusqu'iei unis entre eux par une sorte de pliage, qui conserve cette partie en union fixe, res- tent séparés. Les parties libres terminales des fils sont vêtues de quelques papilles ou dents, et ces appendices sont les orga- nes qui servent à extraire le miel des fleurs, contenu dans les nectaires (*).
Pour mieux faire comprendre cette courte description de la spiritrompe, j'ai adjoint sur la première planche de l'Atlas des Lépidoptères quelques figures de sa composition. On voit fig. 6 et 7 l'organe du Philampelus Vitis d'avant et du côté d’une gran- deur grossie quatre fois; les lignes fines transversales indiquant les petits anneaux qui le composent. La ligne longitudinale mé- diane, dans fig. 6, représente la composition de deux fils unis, et fig. 7? montre les pointes libres des fils séparés ; les autres deux lignes fines à côté de la médiane signifient les listons su- périeurs sortant de chaque filet couvrant le canal médian entre
(*) On a cru longtemps que les deux fils de la spiritrompe des papillons, parce qu'ils sont perforés chacun par un tuyau vide, étaient les orifices véritables de l’œso- phagus servant à conduire le miel des fleurs. Cette opinion fut fondée principalement par G.R. TREVIRANUS, dans un essai publié dans les Vermischte Schriflen de cet auteur (tome IT, page 200) et reproduit par moi dans mon Handbuch der Entomologie (tome [,pages 67 et 132). Plus tard, M. RATZEBURG a démontré (Forst-Insecten, tome I, page 2), que le tuyau du fil n’est pas ouvert à son extrémité, mais complètement fermé, contenant une grande trachée aérifère, qui dirige le mouvement spiralique du fil par la turgescence de l'air contenu intérieurement. J’ai examiné exactement le mécanisme de la spiritrompe chez le Philampelus Vitis et crois pouvoir affirmer que le tuyau moyen, formé par l'union des deux fils au milieu de la spiritrompe; est la véritable entrée de l’æsophage, qui forme au commencement une grande cavité, en arrière du front, dans laquelle s'ouvre le canal médian de la spiritrompe, et de cette cavité sort l’æsophage assez étroit. Deux autres grandes trachées, qui sont situées en arrière de la cavité, avant l'œsophage, de chaque côté du mince tuyau de celui-ci, entrent de la tête dans les fils de la spiritrompe, et ces canaux semblent avoir été pris par TREVIRANUS pour les branches de l’œsophage. Une semblable configuration, que j'ai observée personnellement, représente la figure du commencement de la spiri- trompe donnée dans l'anatomie du Sphinx Ligustri, par NEWPoRT (Philos. Transact. of the year 1834, page 398, pl. XIV, fig. 15).
STRUCTURE DE LA SPIRITROMPE 7
les fils de la spiritrompe. La fig. 8 est une section transversale de la spiritrompe vers sa base, vingt fois augmentée; on voit les deux fils avec les deux listons internes, sortant de chacun, etau milieu de la section de chaque fil, son canal interne. Les listons se touchent à leurs angles aigus, renferment le vide du canal médian, coulant à la bouche. Ces angles aigus sont pourvus sur chaque liston d’une frange de petites feuilles triangulaires fines, qui se touchent alternativement par leurs pointes et for- ment de cette manière l'union des listons et des fils de la trompe. La fisc. 9 montre ces petites feuilles grossies cinquante fois. Sur les listons supérieurs les feuilles sont un peu plus grandes et plus plates que sur les inférieurs, qui sont un peu courbées à la pointe et s’accrochent entre elles comme des agrafes. De cette manière, les deux fils de la spiritrompe sont unis très- intimement jusqu'à la partie terminale libre, qui porte, au lieu des feuilles et crochets, des papilles et des dents relative- ment plus grandes et même visibles à l'œil nu.
Il me reste à dire que le petit palpe, à la base de chaque fil, qui chez quelques Microlépidoptères de la famille des Crambites acquiert une grandeur remarquable, prouve évidemment que la nature de la spiritrompe est une métamorphose des deux mà- choires inférieures des autres insectes. Généralement, ce palpe est très-petit, à peine reconnaissable comme un petit nœud, por- tant quelques poils assez longs; mais chez lesdits Tinéides il acquiert une longueur considérable, se composant de plusieurs articulations bien distinctes. Dans fig. 7 le petit palpe est indi- qué comme une petite tache noire à côté des mandibules rudi- mentaires.
Enfin, nous avons à parler de la lèvre inférieure, qui ferme les organes de la bouche en arrière, couvrant les autres entre ses palpes assez grands chez tous les Lépidoptères. La portion basilaire de cet organe est également petite et presque rudi- mentaire, sortant en arrière de la spiritrompe de la gorge, comme une petite crête transversale triangulaire à laquelle sont attachés les deux palpes labiaux. La crête peut à peine être distinguée comme portion séparée, cachée par les écailles qui couvrent les parties voisines de la gorge et sa surface externe elle-même, mais les deux palpes sortent au dehors en avant, et surpassent même la spiritrompe à l’état du repos. Chaque palpe (fig. 7, d.) est composé de trois articles, dont le dernier est souvent très-petit et à peine reconnaissable. Les deux
8 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
autres ont un développement assez remarquable et se dis- tinguent bien par leur courbure en haut, formant par le rappro- chement de l’un à l’autre une sorte de gaîne qui renferme la spiritrompe. Leur côté externe est couvert d’écailles longues, très-velues, sauf la troisième articulation, qui reste souvent, sinon sans écailles, au moins couverte de plus petites. Quel- . quefois elle sort en pointe aiguë largement au dehors, chez les Noctuacées. Les palpes du genre Libythea sont très-crands et horizontalement allongés, très-petits et presque nuls ceux du genre Emesis. |
La seconde grande portion du corps, le thorax, est unie avec la première par le cou membraneux déjà nommé. On le voit bien fig. 1, entre la tête et le thorax, sous forme d’un petit cy- lindre court, couvert chez le papillon intact d’écailles des par- ties voisines, car par lui-même il n’a jamais d’écailles. Le tho- rax se compose dans tous les insectes de trois anneaux que nous avons déjà indiqués dans les généralités de la classe, sous les noms de prothorar, mesothorax et metathorax. Quoique les bordu- res des trois anneaux soient bien indiquées sur le corps nu, sans écailles, comme le prouve notre fig. 17, on ne voit rien des sutures conjonctives quand le corps est eouvert de ses écailles ; tout le thorax semble être une pièce unie, une faible différence de la couleur ou de la direction des écailles indique seule cette composition des trois anneaux. Même sur le corps dépourvu d’écailles et vu de dessus (fig. 1), la subdivision est très-peu visible, parce que le mésothorax occupe presque toute la surface dorsale du thorax s'étendant en avant et en arrière sur les deux autres anneaux. On voit généralement sur cette grande pièce dorsale une ligne médiane longitudinale, qui se détache en deux branches transversales vers l'arrière, formant ici un appendice plus convexe, bien séparé, presque semi-lu- naire, nommé l’écusson (scutellum), comme chez les autres in- seetes, et laissant à l’autre partie plus grande antérieure le nom de mesonotum. De cette manière le mésonote couvre presque tout le dos du thorax d’un papillon, laissant visible seulement une petite partie des autres deux anneaux en avant du méso- note et en arrière de l’écusson.
Cette relation des trois anneaux se comprend parfaitement en examinant la vue du côté (fig. 17), principalement par la différente manière de notre dessin, le prothorax étant strié et le métathorax ponctué. On voit par cette figure que la bordure
COMPOSITION DU THORAX 9
supérieure du prothorax s'élève un peu avant le mésonote, for- mant un petit collet en arrière du cou, qui porte le nom de col- lier (collare). La partie inférieure du prothorax est plus large, s'étendant en arrière et repoussant la portion voisine du méso- thorax, formant de cette manière une base assez solide pour les hanches (coræ, c') de la première paire des pattes. Cette base est le prosternon du thorax. Chez quelques Lépidoptères, prin- cipalement du groupe des Noctuacées, le collier est armé en arrière d’un ou de deux petits lobules arrondis, mais assez sortants, qui forment un appendice particulier sous le nom de capuchon (cucullum s. patagium.). Ces appendices, comme tout le collier, sont revêtus de longues écailles et couvrent tou- jours la bordure antérieure du mésonote et quelquefois aussi la postérieure de la tête.
Du mésonote nous avons déjà parlé; c’est la portion la plus grande du thorax en dessus, mais sur les côtés du thorax son extension se diminue sensiblement. Les parties latérales sont sé- parées de la dorsale par un sillon dans lequel les ailes prennent leur position. On voit fig. 17 a! la base des aïles du mésothorax coupées, et en «° celle des ailes du métathorax. La portion au dessous des ailes forme la poitrine (mesosternum), qui devient toujours plus étroite en dessous et porte ici les hanches de la seconde paire des pattes (&). En avant de la base de l’aile se trouve, dans une petite cavité, entourée d’une membrane mince, le premier petit stigme, ou orifice respiratoire du thorax, et au dessus de lui s'attache au mésothorax, un appendice parti- culier des papillons, sous la figure d’une pièce cornée triangu- laire, couvrant la base de chaque aile antérieure. Cette pièce, dont l'articulation est indiquée dans fig. 17 par d, se nomme ptérygode (tequla) ; elle est couverte de longues écailles sur la surface supérieure et acquiert souvent une extension remar- quable sur les flancs du dos du papillon, séparés de l’autre vêtement du dos par une couleur différente des écailles (*). Leur objet est de couvrir le sillon d’où sortent les ailes, parce que ce sillon est d’une texture mince, couvert d’une membrane fine, sans écailles, pour permettre la vibration libre des ailes dans leur union avec le thorax.
° () Dans la fig. 1 de la planche, la ptérygode du côté droit est renversée, pour laisser mieux voir l’union du prothorax avec le mésothorax, et de celui-ci avec l'aile; aussi dans la vue latérale du thorax (fig. 17) elle manque, la lettre d désignaut son attachement naturel,
10 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
Les côtés du mésothorax, au dessous des aïles, descendent un peu obliquement à l’intérieur, rendant la poitrine plus étroite que le dos. Immédiatement au dessous de l'aile, leur surface est mince et flexible, formant ici une excavation semi-circulaire, au fond membraneuse, pour aider au mouvement libre des ailes ; plus en bas elle devient dure, cornée, descendant un peu plus en arrière. Cette partie de la poitrine du mésothorax est divisée par deux sillons en figure de sutures en trois portions, dont les deux inférieures correspondent aux épisterne et épi- mère des Coléoptères. La supérieure au dessous de la cavité articulaire de l’aile est la plus petite, l’antérieure inférieure un peu plus grande que la postérieure, correspond à l’épisterne, la postérieure même à l’épimère, car entre ces deux portions sont attachées au mésothorax les grandes hanches de la se- conde paire des pattes (6°).
Le métathorax, portion ponctuée de notre figure 17 (II), est plus petit que le mésothorax et à peine reconnaissable de la surface supérieure (fig. 1). On voit ici seulement les angles latéraux de cette surface comme deux petits triangles à côté de l’écusson, et ces deux triangles sont unis par une conjonc- tion médiane étroite sous l’écusson, les trois ensemble formant le métanote du papillon.
Vu de côté (fig. 17), le métathorax acquiert une extension plus grande, quoique inférieure à celle du mésothorax. On voit ici, tout en avant de l'angle antérieur avancé, le second stigme du thorax, et au-dessus de celui-ci, la base des ailes posté- rieures coupées, d'une manière semblable à celle du mésothorax entourée d'une membrane mince couvrant la cavité articulaire latérale. Au dessous de cette cavité commence la poitrine, des- cendant un peu obliquement en arrière et terminant en bas avec les hanches des pattes de la troisième paire (c*). Des portions séparées par des sutures ne se prononcent pas si bien à cette poitrine qu’à celle du mésothorax, quoiqu’elles soient aussi indi- quées, car le milieu de chaque côté de la poitrine s'élève en forme plus convexe au dessous de ladite cavité articulaire pour les ailes (*) qu'à la correspondante du mésothorax.
(”) Les différences de la configuration du thorax dans les différents groupes des papillons, nous ne les examinons pas davantage, parce que ces détails nous éloigne- raient trop du but de notre travail. Dernièrement, un savant Nord-Américain, Mr. PACCARD, a publié d'excellentes observations à ce point de vue sur les prin-
STRUCTURE DES AILES 11
Avant de parler de l'abdomen du papillon en général, nous examinerons auparavant les ailes et les pattes, comme les or- ganes externes du thorax.
Les ailes (alæ) sont au nombre de quatre, attachées, comme nous l'avons déjà vu, aux mésothorax et métathorax, se distin- guant d’après leur position ; celles du premier comme anté- rieures ou supérieures ; celles du second, comme postérieures ou inférieures. Elles se trouvent chez presque tous les papil- lons, sauf chez les femelles de quelques espèces qui sont, sinon complètement aptères, au moins incapables de voler à cause de la petitesse rudimentaire de leurs ailes. Toujours elles sont construites, comme chez les insectes en général, de deux lames d'une membrane mince, intimement unies entre elles, quoique séparées dans le premier état du développement (‘), formant une sorte de sac fort comprimé. Des filets cornés, plus ou moins ramifiés, soutiennent ces membranes étendues, et ces filets sont doubles, de deux surfaces semi-cylindriques, appartenant cha- cune à une des deux lames de la membrane. De cette manière ils constituent des tuyaux vides, pour conduire les nerfs et les vaisseaux aérifères dans leur intérieur. Ces filets sont nommés nervures des ailes (venae), et en raison de leur fonction, les ailes se développent fort rapidement après l’éelosion du papillon de la chrysalide, les fluides du corps les pénétrant intérieure- ment pour étendre mécaniquement la membrane plissée, jus- qu'au moment où elle devient dure et sèche, comme aussi les nervures qui la parcourent (*). Nous avons déjà dit, au commencement de notre description générale, que la membrane des ailes n’est pas nue, mais couverte de petites écailles colo- rées ; même lorsque les ailes semblent être nues, comme chez le genre J{homii, on trouve des petits poils microscopiques sur toute la surface de la membrane. Cette membrane est inco- lore et vitreuse ; les belles couleurs des aïles sont produites par les écailles qui la couvrent et lui donnent par la distri-
cipaux groupes subordonnés des papillons, dans le tome X du Report of the Unit.- States geological Survey, edit. by F. v. HAYDEN. Washington, 1876.
(‘) On trouve quelquefois les ailes étendues en sac, chez les individus récemment éclos, et mis dans de l'esprit de vin, celui-ci s’introduit dans l’espace entre les deux lames de l'aile. Je l'ai, moi-même, observé différentes fois,
(*) Nous ne parlons plus ici de la constitution histologique des ailes, remettant
le lecteur à l’explication de ce sujet par H. LANDOIS, dans SIEBOLDT-KOELLIKER Zeitschr., tome 21, page 303.
12 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
bution de leurs couleurs des dessins particuliers, très-fixes, bien applicables comme caractères systématiques. Sur la face inférieure des ailes, les couleurs des écailles sont très-souvent différentes de celles de la supérieure, et en général plus faibles; mais il existe aussi beaucoup de papillons avec des couleurs vives et même métalliques sur la face inférieure, comme par exemple les genres Argynnis et Agraulis, remarquables par leurs taches de nacre sur cette face inférieure.
La distribution des nervures par l'aile suit une loi générale mais un peu variée chez les différents groupes des papillons, donnant ainsi pour chacun d’eux un caractère fixe, invariable, qui forme un des plus sûrs fondements de notre classification. Pour cette raison, il est nécessaire de décrire, non seulement le type général des nervures, mais aussi ses principales modifi- cations.
Observant la forme générale des ailes antérieures des papil- lons, on remarque qu'elles sont toujours un peu plus longues que les postérieures et d’une forme triangulaire, pendant que les postérieures se rapprochent plus de la circulaire. Alors les supérieures ont trois bordures et trois angles. Aucune des bor- dures n’est une ligne droite, mais toutes plus ou moins arquées ou sinueuses. Dans l’état d'extension horizontale pendant le vol, position que nous prenons comme la naturelle de l'aile, la bor- dure la plus grande, dirigée en avant, est un peu courbée au de- hors et nommée l’antérieure, l’autre dirigée en arrière, sou- vent un peu sinueuse et plus courte, est la postérieure, et la troisième, la plus courte, dirigée au dehors, un peu concave, l'externe; des trois angles, le basilaire est celui qui s'atta- che au thorax du papillon, l'autre, le plus opposé au premier, est nommé l'externe, et le troisième, généralement le plus large et très-obtus, le postérieur. Les ailes postérieures, plus courtes et plus circulaires, ont les mêmes trois bordures et an- gles, mais moins distincts, quoiqu'ils soient aussi indiqués et nommés de la même manière, sauf la bordure postérieure qui a reçu de préférence le nom de l’interne et l'angle postérieur celui d’anal, parce qu'il correspond par sa position, plus ou moins exacte à la fin du corps, à l'orifice de l’anus. Par la même raison on nomme la bordure des ailes inférieures s’inclinant à l'abdomen du papillon, abdominale. Elle est tantôt plus concave que les autres, tantôt pourvue d’un bord élargi, comme canal ou saillie, qui enveloppe inférieurement l'abdomen,
DISTRIBUTION DES NERVURES DES AILES 13
Dans les ailes antérieures, les nervures sortent de trois troncs, prenant chacun son origine de la base de l'aile uni au tégu- ment du thorax par articulation. Ces troncs se ramifient peu à peu et forment de cette manière, à la bordure externe, une série de plusieurs cellules parallèles. Des troncs, le premier, tout près de la bordure antérieure, est généralement simple, sans branches ; il s'appelle nervure costale (costa) et se dis- tingue principalement à la surface inférieure de l’aile, un peu en arrière de la bordure antérieure, se rapprochant, pendant son cours à la pointe de l'aile, à cette bordure et terminant dans elle-même plus ou moins avant l'angle externe. — Le second tronc est le principal; il se divise aussitôt de la base en deux branches divergentes, qui renferment entre elle un espace trian- gulaire nommé la cellule discoïdale {cellula discoïdalis), sou- vent fermée au milieu de la longueur de l’aile par une nervure transversale dite recurrente. Dans ce cas on nomme la cellule discoïdale fermée (clausa), dans l’autre cas, sans cette nervure recurrente, ouverte (aperta). Chacune des deux branches se divise en rameaux, et de cette division résultent les cellules mar- ginales de l’aile. La branche antérieure, qui court immédiate- ment en arrière de la nervure costale, se prononce mieux sur la surface supérieure de l’aile que sur l’inférieure. Par son rappro- chement intime de dessous à la costale, on l’a nommée nervure sous-costale; elle court avec sa branche principale complé- tement parallèle à la costale et fournit d’un à quatre rameaux au bord antérieur, s’unissant avec la côte de l’aile, et deux ou trois au bord externe, coulant dans l’espace de l’aile au de- hors de la cellule discoïdale. Entre ces rameaux sont renfer- mées les cellules marginales antérieures. La seconde branche du second tronc se dirige plus en arrière, parcourant presque le milieu de l'aile. Pour cette direction on l’a nommée nervure médiane. Elle donne naissance à quatre rameaux, tous se diri- geant à la bordure externe de l’aile et formant les cellules mar- ginales postérieures, sauf la dernière qui est bornée par le troi- sième tronc de l’aile (*). Pour les distinguer mieux, des auteurs anglais déterminent des rameaux courant au bord externe, celui qui sort de l’angle antérieur de la cellule discoïdale, le
(*) Quelques auteurs comptent ces rameaux et les cellules marginales d’arrière en avant, disant la branche dorsale 1, les quatre rameaux de la médiane 2-5 et les trois de la sous-costale 6-8.
14 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
sur-discoïdal (upper discoidal), et celui sortant de l'angle pos- térieur le sous-discoïdal (lower discoidal), conservant à celui qui sort de la nervure recurrente, la distinction du rameau disco-cellulaire. Le troisième tronc vient de la base de l’aile en arrière du second et reste généralement isolé des autres, se di- rigeant à l'angle postérieur de l’aile, soit simple ou divisé en deux rameaux parallèles. Quelques auteurs ont nommé ce tronc la nervureinterne ouradiale. [Il à reçu aussi le nom de la nervure dorsale, parce que dans l’état du repos des aïles cette branche est au-dessus du dos du corps. Enfin quelques auteurs la nomment branche sous-médiane. Chez les Papilionides cette branche recoit une nervure de conjonction de la base de la médiane que l’on nomme nervure inter-médiane; elle manque généralement aux autres familles, sauf quelques faibles indications. Chez les Sphingides et Saturniades se trouve une autre manière de conjonction par un rameau longitudinal, qui forme avec la base de la dorsale une cellulé étroite allongée. La dorsale est sénéralement simple, quelquefois (Zygaenides, Glaucopides) double, ou pourvue d’un rameau accessoire, comme chez les Papilionides et plusieurs Microlépidoptères. Pour expliquer ces différences des aïles supérieures, j'ai figuré celles de Papilio (fig. 10), de Püieris (fig. 11), d’un Bombyx (fig. 14), d'une Noctua (fig. 13) à côté de l’aile de Sphinx (fig. 1), réservant la description détaillée pour la description particu- lière du groupe auquel ils appartiennent. Ici, il suffit de noter que la lettre À signifie l’aile supérieure et la lettre B l’infé- rieure; l’autre lettre & la branche subcostale, et b la branche médiane.
Les aïles postérieures, d’une forme générale plus ou moins circulaire et assez différentes des antérieures, ont néanmoins presque la même configuration de nervures, sauf un arrange- ment un peu plus simple. Car il manque souvent dans ces ailes le premier tronc, que nous avons nommé nervure costale ; les deux autres troncs conservant presque le même aspect gé- néral. Le premier, le plus fort des deux troncs, commence par une base simple, quoique très-courte, et se divise alors en trois branches écartées, qui sont nommées comme dans les ailes su- périeures : la costale, sous-costale et médiane. La costale est un simple rameau fort, sortant de la base du tronc en avant, se dirigeant vers la bordure antérieure de l'aile, l’accompa- gnant jusqu à la fin. Elle termine la première cellule mar-
NERVURES DES AILES POSTÉRIEURES 15
ginale, entre elle et le premier rameau de la seconde branche dite sous-costale. Celle-ci est plus unie à la costale à la base qu'à la médiane, s’écartant fortement de cette troisième bran- che, qui se dirige plus en arrière. Séparément de ce premier tronc avec ses trois branches, sort de la base de l’aiïle un se- cond trone comme nervure simple un peu plus faible, qui court vers l’angle anal des ailes généralement sans donner de rameau secondaire, sauf chez les papillons avec une gouttière interne, renfermant l'abdomen, comme les Piérides, les Nymphalides et autres. Dans ces groupes, cette nervure simple du tronc pos- térieur, nommée, d’après sa position, l’abdominale, donne un petit rameau interne plus court, qui se perd au milieu de la bordure de la gouttière, et ce rameau reçoit le nom de la ner- vure interabdominale. La seconde nervure principale avec ses branches correspond alors à la nervure radiale ou dorsale des ailes antérieures. :
Les deux branches du premier tronc, nommées nervure sous costale et médiane, s’écartent beaucoup aussitôt après leur sé- paration et forment, comme dans les ailes antérieures au milieu de l’aile, une grande cellule triangulaire qui porte aussi le nom de cellule discoïdale. Elle est de la même manière que dans les ailes antérieures, tantôt fermée par une nervure récur- rente {clausa), tantôt ouverte (aperta). La branche sous-costale fournit trois rameaux dont le troisième est uni avec le premier rameau de la nervure médiane par la récurrente, si la cellule discoïdale est fermée. Dans d’autres cas, la conjonction des deux rameaux fait défaut, la branche médiane fournit aussi le même nombre de rameaux dirigés en arrière, et ceux de la branche sous-costale en avant. Aïnsi se forment huit à neuf cellules marginales comme dans les ailes antérieures.
Les ailes postérieures dénotent une différence particulière entre elles, dans la configuration de la base de la bordure anté: rieure à mesure que ce bord est élargi ou également étroit. La base élargie appartient à tous les papillons diurnes et les Bom- byx, l'autre forme du bord également étroit, aux Sphingides, aux Noctuacées et aux Microlépidoptères. Chez les représentants du premier type, cette partie basilaire élargie de la bordure est soutenue par un petit rameau particulier qui sort presque sous l’angle droit de la base de la nervure costale, soit directement, comme chez les Piérides et Nymphalides, ou soit d’un petit ra- meau secondaire, qui court parallèle à la base de la nervure
16 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
costale, se réunissant à elle rapidement, comme chez le genre Papilio. Souvent ce petit rameau se divise à sa pointe en deux petites branches écartées. Quelquefois ce rameau manque com- plètement même à certains papillons ayant la bordure élargie à la base comme chez les Hespériades, qui sont munies d’un repli libre particulier de la membrane à cette bordure élargie sor- tant au dehors de la base des aïles postérieures.
Chez les papillons du second type, ayant la bordure anté- rieure des ailes postérieures également étroite, existe, au lieu de l'élargissement, un erin (subula) fort corné et un frein (fre- nulum), le premier sortant de la même manière sous l’angle presque droit de la base de la nervure costale se dirigeant en avant et surpassant librement la bordure de la membrane de l'aile au dehors. Ce crin très-poli est soutenu par le frein, c'est-à-dire un crochet, ou plutôt une coulisse, qui est atta- chée à la base de la nervure costale des ailes antérieures, sur sa surface inférieure, formant de cette manière l'union fixe des deux ailes pendant le mouvement du vol, et tenant les posté- rieures en contact intime avec les antérieures. J'ai donné une représentation augmentée de grandeur de ce mécanisme, fig. 12 de la pl. I, remettant le lecteur à l'explication de ladite figure dans le texte de l'Atlas. On peut comparer aussi la bonne figure dans les Genera des Insectes de Guérin et PercHeRoN, Lépidoptères, pl. IIT, fig. k. &. Chez les femelles le crin est remplacé par un faisceau de poils raides plus ou moins multipliés et le frein manque complètement (*). — Encore plus particulière est la conjonction des deux ailes chez Sesia et Macroglossa, où le bord antérieur des ailes postérieures forme un rebord longitudinal qui recoit un repli analogue à celui du bord postérieur des ailes antérieures, de sorte que les deux ailes sont liées entre elles intimement.
Enfin, nous avons à dire quelques mots sur la configuration du bord externe des ailes, qui est tantôt simple, tantôt denté ou même muni d'une queue. Lisse et simple est toujours le bord antérieur des ailes antérieures ; mais les bordures externe et postérieure des deux ailes sont pourvues d’une
() Voyez sur ce mécanisme la description donnée par PoEY dans les Annales de la Soc. entom. de France, tome I, page 91, et de VANDER HOEVEN dans FÉRUSSAC, Bull.
de sc. natur,, mars 1828. Je ne trouve pas le frein chez les femelles examinées par moi.
CONSTRUCTION DES PATTES el
frange de poils fins plus ou moins allongés. Si la ligne qui termine ces bords est une courbe presque régulière, sans on- dulations, on la nomme la bordure simple; mais dentée s’il se forme dans le bord des ondulations plus ou moins fortes, soit des arrondies, soit des aiguës. Dans ce cas, les terminai- sons des nervures sortent au dehors de la bordure de l'aile, conduisant avec elles une partie de la membrane voisine. Une queue est une prolongation remarquable d’une seule nervure avec une partie de la membrane de l’aile en dehors de la cir- conférence générale qui se trouve toujours à la bordure posté- rieure des ailes postérieures, formée par le premier rameau in- terne de la nervure médiane.
Si nous regardons l’autre catégorie des organes du mouve- ment attachés au thorax, les pattes, nous les trouvons au nombre de six en trois paires; chaque paire articulant avec un anneau du thorax à la poitrine. Leur configuration générale est la même que celle des autres insectes, se composant de cinq . parties : la hanche (coxa), le trochanter, la cuisse (femur), la jambe (libia) et le tarse (tarsus), ce dernier toujours composé de cinq articles et terminant par deux crochets (ungues) et quelques appendices de différente figure. Chez la plupart des papillons les six pattes sont d’une longueur et configuration conformes, c’est-à-dire celles de la première paire ne sont pas plus petites que les autres, mais dirigées en avant quand les deux autres paires sont dirigées en arrière et plus inégales, la troisième étant toujours la plus allongée. Mais entre les papil- lons diurnes, il en existe un grand nombre qui ont les pattes antérieures réduites ou diminuées. C’est le cas chez les Nym- phalides, les Morphonides, les Satyrides et un sexe des Ery- cinides, le mâle ayant des pattes antérieures petites et la femelle de grandeur régulière. On a nommé les papillons à pat- tes antérieures petites Tétrapodes, et les autres Hexapo- des. La surface des pattes est généralement couverte d’écailles, au moins l’externe et l’interne; souvent la bordure inférieure de chaque partie est couverte de poils qui forment des franges ou des faisceaux, et chez quelques espèces toute la patte est couverte de longs poils. Les trois premières parties, la hanche, le trochanter et le femur sont sans appendices, mais les deux autres portent des parties accessoires. Ainsi termine la jambe en général avec deux petites épines (calcar, pluriel calcaria) at- tachées par articulation à la bordure terminale au côté interne
RÉP, ARG. — T. V. 2.
1e INSECTES LÉPIDOPTÈRES
et sortant librement au dehors. Cependant, ces éperons man- quent souvent aux jambes de la première paire des pattes, qui portent un autre appendice, un grand éperon élargi au côté in- terne avant le milieu, appliqué intimement à la jambe même. Cet organe se trouve chez le genre Papilio et les Sphingides (fig. 18 À). Les mêmes Sphingides ont, comme la plupart des Hétérocères, deux paires d’éperons aux jambes postérieures, une paire à la fin et l’autre un peu au dessous du milieu (fig. 18 C). Les tarses sont généralement assez allongés et un peu plus longs que les jambes, surpassant même les cuisses, qui sont régulièrement un peu plus longues que les jambes de la même paire. Leurs cinq articles sont aussi inésaux entre eux, le premier plus long que les suivants, mais ceux-ci presque égaux, sauf le dernier qui devient un peu plus long que chacun des précédents. Les hanches montrent des différences sembla- bles de longueur, dont celles de la première paire des pattes sont plus allongées que les autres, sauf si ces pattes sont ru- dimentaires. Les articles des tarses sont un peu comprimés, comme aussi les jambes et les cuisses et munis à la bordure inférieure de deux rangs de petites épines, sortant au dehors des écailles qui couvrent les tarses comme les jambes et les cuisses.
Plus grandes que ces différences nommées, sont les varia- tions des crochets à la fin des tarses avec leurs appendices. En cénéral, les crochets des papillons sont petits et chez quelques croupes d’une petitesse extrême. On les trouve assez grands chez les genres Papilio et Danais, sortant beaucoup de la pointe des tarses, accompagnés d’une petite plantule membraneuse entre eux à la base. Chez les autres papillons ils sont plus courts, plus courbés et souvent munis d’une dent à la base, ou même fendus à la pointe comme ceux des Piérides (fig. 23). Dans ce même groupe, deux petites lamelles membraneuses accompagnent les deux crochets au côté externe, les embras- sant à leur base, et une troisième lame est vue entre les cro- chets même, souvent supportée par une tige assez allongée. On nomme cette lame troisième la petite plante (plantula ou pul- villus) et les deux latérales les paronyches (arolia). Par leurs fonctions comme ventouses elles servent par leur application à attacher avec facilité le papillon aux objets très-lisses, comme le verre. Souvent ces organes accessoires sont accom- pagnés de longues soies, sortant de la fin du dernier article
L’'ABDOMEN DU PAPILLON 19
des tarses, à côté et au dessus des crochets. Aïnsi on voit ces parties chez les Nymphalides (fig. 22).
Quant aux relations desdits appendices entre eux, il faut noter que les crochets sont articulés en haut avec le tégument corné du dernier article du tarse même, mais en bas sur une petite lame séparée de ce tégument, articulant avec le dernier article du tarse dans l’intérieur de celui-ci. Cet article est dé- coupé en bas profondément pour recevoir cette lamelle libre, et sur elle viennent s’articuler les crochets avec leur angle basal inférieur. La petite plante et les paronyches sont des appen- dices de cette lamelle portant les crochets, laquelle est généra- lement divisée en trois pointes externes par deux incisions de la bordure libre postérieure. La plantule est un appendice de la pointe médiane, et les deux paronyches sont les appen- dices des deux pointes latérales de ladite lamelle ; de la prolon- sation plus ou moins forte de l’un ou l’autre appendice provien- nent les différentes modifications du type général commun de la terminaison des tarses des papillons.
La dernière portion principale du corps du papillon, l’abdo- men (abdomen), est la plus simple des trois parties constitutives, et seulement différente par sa grandeur dans les divers grou- pes. Il est composé de neuf anneaux, dont le dernier, Le plus petit, est généralement rétréci dans le précédent, laissant voir seulement huit ou sept, par l’union des deux pénultièmes. Sa figure générale est presque cylindrique, atténuée en pointe à la fin, et un peu renflée au milieu, imitant un ovale allongé, principalement chez les femelles de chaque espèce. Les anneaux sont composés chacun de deux arceaux, un supérieur plus erand, qui embrasse l’inférieur plus petit de ses deux côtés externes, unis entre eux par une membrane mince, flexible, comme aussi les anneaux mêmes, laquelle membrane permet une dilatation générale de l’abdomen d’après les différentes conditions de la vie. Les deux arceaux sont nommés d’après leur position, le supérieur le dorsal (segmentum dorsale), V'infé- rieur le ventral (segmentum ventrale). Pour cacher la membrane conjonctive molle, chaque anneau antérieur surmonte un peu sur le postérieur suivant, et par ce mécanisme on ne voit plus que la bordure libre postérieure de chaque anneau, frangée généralement avec des écailles plus longues et d’une couleur un peu différente des autres. Cet arrangement rend facile à distinguer les anneaux visibles. Quelquefois des épines fortes
20 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
sont entremêlées aux écailles, comme chez les Sphingides (fig. 1), pour soutenir mieux les écailles allongées dans leur position juste.
Comparant les anneaux entre eux, il est important de noter que le premier est un peu plus court que le second, se rétrécis- sant aussi en avant, pour s'unir mieux avec le métathorax. Le second et le troisième deviennent chacun un peu plus grands, et le quatrième l’est en général le plus de tous. Après lui cha- eun diminue un peu de longueur comme de largeur, et enfin le dernier visible se termine peu à peu en pointe, prenant une fiscure plus ou moins conique. Mais cette terminaison en pointe n’est pas générale; principalement chez les mâles, cet anneau est obtus et l'abdomen plus renflé à son extrémité qu'au milieu, prenant la forme générale d’une massue, pro- duite par les organes externes sexuels, contenus dans la cavité inférieure de ce dernier anneau. Le regardant en des- sous, on le voit fendu longitudinalement par une scissure, ac- compagnée à chaque côté par une valvule renfermante. Ces valvules sont plus grandes chez les mâles que chez les femel- les, et cachent complètement la cavité inférieure du mâle, lais- sant ouvert le milieu entre les valvules chez les femelles (voyez pl. IV, fig. 9, À et B). Entre ces deux valvules se trouve dans le fond de la cavité l'ouverture sexuelle, accom- pagnée principalement chez les mâles par des appendices en forme de tenaille, qui renferme l'organe mâle, le penis. La femelle n’a pas de semblables appendices, mais une ouverture simple un peu plus grande. En arrière de cette ouverture se trouve le neuvième anneau de l’abdomen, caché aussi complè- tement entre les valvules du huitième. Cet anneau se présente comme un petit cône, fendu par un orifice à sa pointe, et cet orifice est l’anus, l'ouverture des intestins. Chez le genre Papilio un crochet corné termine le dernier anneau du mâle en dessus, se courbant sur l’orifice anal, et donne une figure par- ticulière à la pointe du corps masculin, si les valvules refer- mantes sont ouvertes. Dans beaucoup de Lépidoptères hétéro- cères, le dernier anneau de l’abdomen est garni d’un épais faisceau de poils longs et fins, qui forment une sorte de queue ou une couronne au contour de l’orifice terminal. Souvent ces poils fins et lanugineux servent à recouvrir les œufs après la ponte; chez d’autres femelles l'orifice sexuel se prolonge en forme de tarière, pour déposer les œufs dans les substances
TERMINAISON DE L’ABDOMEN 21
dures que les chenilles mangent. Enfin il y a aussi des papil- lons avec la partie terminale de l'abdomen d’une figure très- variable, les derniers anneaux étant expansibles à la manière d’un télescope, pour faciliter l’accouplement des deux sexes, ou pour mettre les œufs à des distances considérables du siége de la femelle pondeuse. Aucune autre partie du corps des pa- pillons ne dénote des variations si nombreuses que la terminale avec les organes génitaux des deux sexes; variabilité qui ne nous permet pas de nous occuper de ce sujet d’une façon plus générale, parce que son explication détaillée est l’objet d'une monographie spéciale.
Les autres appendices particuliers externes de l'abdomen, par exemple les aiguillons, les tenailles, les queues et les fils ne se trouvent pas chez les papillons ; de tels organes manquent sur- tout, sauf une sorte de poche ou deux valvules que l’on observe chez quelques femelles après l’accouplement, comme chez celles des genres Parnassius et Euryades, formées par un fluide épanché pendant cet acte. Nous parlerons plus tard de ce phénomène dans le genre nommé, quand nous le traiterons.
Il EXAMEN SPÉCIAL DES ÉCAILLES
Le caractère extérieur le plus remarquable du papillon est sans contredit les écailles qui couvrent son corps et lui donne les plus belles couleurs unies aux plus jolis dessins que l’on connaisse, non seulement chez les insectes mais aussi dans tout le règne animal. Ce serait alors commettre une grosse omission que de ne pas consacrer un examen attentif aux différentes formes, à la construction et autres caractères des écailles ; ainsi nous arrêterons-nous à rechercher, dans notre aperçu général, aussi détaillées que possible, toutes leurs qualités particulières, avisant d'avance le lecteur que pour connaître les variations innombrables des écailles même d’un seul papillon, la vie en- tière d’un observateur spécial ne sufhirait pas, et que pour cette raison une description parfaite de toutes serait tout à fait im- possible (*).
(*) L'un des meilleurs observateurs du siècle passé, M. LYONET, s’occupa beaucoup de l'état des écailles d’un seul papillon; il a donné, dans ses œuvres posthumes,
22 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
L'écaille (squama, fig. 19-32) est une petite lame cornée, géné ralement de forme ovale, quelquefois triangulaire, en forme de lancette, de cœur et même filiforme, se terminant tantôt en ligne droite transversale, tantôt en courbe ou comme une four- chette, en pointe ou en dentelure, supportée en bas par un petit pédicule qui l’attache à la membrane des ailes ou aux té- guments du corps du papillon. Par ces différences principales de la forme, quelques écailles se rapprochent des poils et des plumes à mesure qu’elles sont plus allongées ou plus fortement dentelées au bord terminal, les dentelures courtes se changeant en fils assez allongés en comparaison avec la lame basilaire de l’écaille. On prétend que ces écailles, en forme de plumes, se trouvent principalement chez les mâles des Piérides et Saty- rides (”). Le pédicule de l’écaille est généralement assez court d’autres fois très-long ; elle se termine en bas par un faible renflement par lequel le pédicule est soutenu dans une petite poche de la surface de la membrane superficielle des ailes, et ces poches sont distribuées régulièrement, sur la mem- brane des ailes à des distances égales (fig. 19), celles d’une file alternant avec les voisines de l’autre. La poche même est une doublure de la membrane, fendue longitudinalement en dessus et présentant son ouverture à la pointe externe de l'aile, Grâce à cet arrangement, les deux lames de la poche se couvrent avec leurs bords libres et produisent par l’élasticité de la membrane constituante un mécanisme sûr pour retenir le pédicule renflé au bout dans le fond de la poche, jusqu'à ce qu’une force ex- terne, comme le doigt d’un homme, touchant le papillon, ar- rache l’écaille de sa poche, ce qui arrive généralement quand il est pris sans précaution (”). Comme les poches sont disposées en lignes avec position alternative aux voisines, les écailles doivent prendre la même position, c’est-à-dire que chacune cou-
publiées par M. DE HAAN (pl. 40-45), un grond nombre de figures d'écailles du Cossus ligniperda, auxquelles nous remettons nos lecteurs.
.(*) M. BERN. DESCHAMPS a fait cette observation (Ann. des sc. natur., III. Ser. tome IIL, page 121. 1835). Les trachées fines qu'il prétend avoir vues dans les écailles, je ne puis les voir nulle part,
(**) Nous devons la connaissance exacte du mécanisme, qui tient l’écaille dans sa poche, aux observations de M. H. LANDois sur le développement des ailes des pa- pillons, citées plus haut, page 11, note **. Après la mort du papillon, la poche perd par Ja sécheresse de la membrane, son élasticité et les écailles sortent alors plus faci- lement si elles sont touchées.
POSITION DES ÉCAILLES 23
vre l'intervalle des deux de la ligne suivante et est couverte à sa base aussi de deux de la file précédente, leur position imitant de cette manière exactement l’arrangement des tuiles d’un toît. Cette couverture de la base des écailles s'étend un peu au de- hors de la base au côté du pédicule, et par cette raison, la même portion de l’écaille est d’une texture plus faible que l’au- tre libre, au dehors de la couverture. On n’aperçoit alors rien du pédicule ni de la base des écailles ; si on regarde l’aile d’un papillon au moyen d’une loupe, on voit seulement la portion découverte, qui correspond aux deux tiers environ de l'étendue entière de l’écaille, comme le montre la fig. 19, représentant les écailles de l’aile du Philampelus Vilis sous un agrandisse- ment linéaire de neuf fois (quatre-vingts fois de la lame). Sur le côté de cette figure on voit, sous fig. 20, une seule écaille trente . fois augmentée linéairement, qui montre bien la partie basale plus faible de l’écaille, laquelle est aussi un peu plus étroite et arrondie de chaque côté vers le pédicule, ceux-ci prenant toujours sa position dans une petite incision de la base. Aussi la termi- naison un peu renflée du pédicule est visible comme la poche de la membrane de l’aile recevant la tige dans son intérieur. Mais pour représenter la fissure dans la surface supérieure de la poche, notre figure est encore trop petite. Il faut noter que sur les surfaces dures des nervures, comme dans tout l’autre corps du papillon, les poches recevant le pédicule manquent, existant au lieu d'elles des petites fossettes dans lesquelles le pédicule entre, soutenu là-dedans par un mécanisme semblable comme dans les poches.
La figure 20 montre aussijelairement une autre qualité géné- rale des écailles, leur striure fine de lignes parallèles sur toute la surface. Pour connaître bien la nature de cette striure il à fallu beaucoup de peine aux naturalistes ; je crois pouvoir dire qu'à présent ce phénomène est bien éclairci. Je donne iei les résultats de mes propres études, faites principalement sur différentes espèces du genre Castnia, qui porte de tous les pa- pillons les écailles plus grandes. Ces insectes particuliers de tous les côtés, constituent un groupe séparé entre les Rhopalo- cères, se rapprochant par quelques caractères aux Sphingides, avec lesquels ils ont de commun le crin et le frein des ailes postérieures. Les écailles de plusieurs espèces de ce genre ont plus d’une ligne de longueur (23 mill.) et une demi-ligne de largeur, tandis que celles des autres papillons, les plus gran-
24 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
des ne surpassent pas une demi-ligne de longueur et un quart de ligne de largeur, la plupart des écailles étant au dessous de ces mesures. Aussi leurs figures sont très-différentes chez le même papillon, comme le prouvent les nombreuses figu- res de Lyoner dans son ouvrage cité plus haut, d’un seul Cossus ligniperda et la calculation de LEUWENHOEK, qui prétend avoir compté chez le papillon à soie (Bombyx Mori) plus de 400,000 écailles aux ailes.
Pour commencer la description spéciale, il est prouvé par les observateurs les plus exacts que chaque écaille est formée de deux lames d’une membrane fine, unies entre elles sur tout le contour de l’écaille de la même manière que les deux lames de la membrane de l'aile, le pédicule se formant par une prolonga- tion des deux lames, unies entre elles sous la forme d’un petit tuyau renflé à la fin à la manière d’une bulbe ou racine bul- beuse. Cette qualité fondamentale des écailles est évidente et affirmée par mes propres observations ; j'ai vu aussi le pédicule artificiellement coupé comme un petit tuyau ouvert, avec des bordures fines irrégulièrement rompues. La question reste à connaître l’intérieur de l’écaille : si elle est vide ou remplie par une troisième couche conduisant les couleurs élégantes qui l’ornent. Sur ce point, les vues des observateurs sont diffé- rentes.
D’après mes propres observations, l’intérieur des écailles ne contient pas une troisième couche de substance particulière ; je suis de l’opinion que les écailles sont vides, contenant seule- ment de l’air dans l’intérieur, les deux lames superficielles ne se touchant pas intimement, mais laissant une certaine distance libre entre elles. Cette construction est évidente dans les écail- les blanches et claires comme du verre. Dans les colorées, ce vide contient une matière colorante fluide au commencement de la formation de l’écaille, qui dessèche peu à peu par l’in- fluence de l’air atmosphérique et laisse un dépôt sur la surface intérieure des deux lames de l’écaille; enfin le fluide remplacé par l'air atmosphérique qui est entré peu à peu par la résorp- tion de la membrane, encore molle, immédiatement après la formation de l’écaille. Le dépôt colorant me semble principale- ment attaché à la lame supérieure de l’écaille, la rendant opa- que, tandis que la lame inférieure reçoit moins de ce dépôt et reste par conséquent un peu plus transparente, et même sans dépôt chez beaucoup de papillons. De cette différence des
LIGNES FINES DES ÉCAILLES 95
deux lames des écailles résulte que les figures des papillons, faites articiellement par l'impression des écailles sur papier à l’aide d’une substance glutineuse, comme la gomme arabique mêlée avee la gomme dragante, donnent des images un peu différentes de couleur de celles de la surface supérieure externe; principalement le lustre métallique des couleurs bleue ét verte se perd toujours parce que cette qualité est inhérente seu- lement à la surface supérieure des écailles. Des recherches physiques faites sur le changement des couleurs des papillons par la différente position du spectateur ont prouvé que ce chan- sement est un phénomène de l’interférence de la lumière réflé- chie de la surface des écailles, et que ce sont les lignes parallè- les enfoncées des écailles qui le produisent. La lumière blanche, décomposée en couleurs par la surface ridée de l’écaille, donne seulement ses rayons bleus, verts ou violets à l’œil du spec- tateur, la couleur changeant d’après sa position. Le spectateur reçoit sur une place le bleu, sur une autre le vert ou le violet, quand il change la direction du regard sur la surface du papil- lon, car avec elle l'angle de réflexion de la différente lumière colorée se change aussi. Ce phénomène nous conduit à exami- ner davantage les lignes fines parallèles de la surface des écailles.
Mes recherches m'ont prouvé que les stries fines longitudi- nales sont propres seulement à la lame supérieure des écailles et manquent à l’inférieure. Sur cette lame on voit des stries plus fines, transversales, qui ne sont pas si régulièrement dis- tribuées et plus faibles, et par cette double rayure les écailles transparentes reçoivent leur apparence treillisée ou boisée, qui a produit beaucoup d'erreurs sur la vraie construccion de l'é- caille.
Les stries longitudinales, qui sont faciles à reconnaître, sont très-réculièrement distribuées avec des intervalles égaux, fixes, un peu différents sur diverses écailles. Toujours les distances claires entre les lignes noires sont plus grandes, c’est-à-dire plus larges que les lignes. Aussi ces lignes sont en général toutes égales entre elles, mais il y a des écailles où des lignes sont un peu plus fortes, alternées avec des plus fines, d’après des nombres fixes de celles-ci. Cette différence des stries plus fortes-et plus minces, je l'ai vue évidemment dans les écailles à bordure terminale dentelée, et je pouvais me convaincre que la strie plus forte appartient à une dent de la bordure, tandis que
26 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
la plus fine correspond à l'intervalie entre les dents termi- nales (*).
Il n’est pas douteux que les stries bien visibles des écail- les soient des filets élevés au côté interne de la lame supé- rieure, se prononçant au côté externe seulement comme stries finement imprimées. Quelquefois disparaissent complètement les stries externes, comme dans les écailles très-luisantes, ar- sentées ou dorées ; en général elles sont bien prononcées et principalement faciles à reconnaître dans les écailles transpa- rentes. Dans les grandes écailles du genre Castnia j'ai vu très- clairement que les stries fines enfoncées se lèvent au côté in- terne de la lame supérieure comme des filets, et ces grandes écailles m'ont convaincu que les filets ne parcourent pas tout le vide de l’intérieur de l’écaille, mais qu'ils terminent libres, laissant un intervalle ouvert entre leur bordure et la lame in- férieure de l’écaille. Cette lame interne présente une structure complètement différente, montrant une infinité de petites li- gnes transversales irrégulières, un peu onduleuses, semblables aux lignes vues dans le creux de la main humaine, quoique beaucoup plus fines et courtes. Un arrangement régulier comme dans les filets de la lame supérieure, je ne l’ai vu nulle part (”); au contraire les stries de la lame inférieure sont on- duleuses, un peu différentes dans leur direction, souvent inter- rompues, aussi plus fines et plus rapprochées l’une à l’autre que les stries supérieures (*").
Quelques observateurs, parmi lesquels se trouve M. Des- cHamPs, prétendent que les intervalles entre les stries longi- tudinales des écailles sont divisées régulièrement par stries
(‘) J'ai trouvé cette configuration de l’écaille chez la Pyralide : Nomophila hybrida- lis, dont les aïles postérieures ont des écailles très-longues, étroites, un peu plus lar- ges vers la fin, munies de trois jusqu’à cinq dents à la bordure terminale.
(”) L'exposition de M. DEscuAwPs, citée plus haut, page 22 (voyez Ann. dessc. nat. 1. 1., page 118), donne des couleurs brillantes aussi à la face inférieure de différentes écailles, que je n’ai jamais vues ; je crois que ce sont les stries de la surface infé- rieure qui, par l’interférence de la lumière, produisent les couleurs chatoyantes.
(”*) Dans son examen histologique des ailes, cité plus haut (page 11), M. Lan- pois dit que les stries et les filets des deux lames des écailles sont formées par des plis dans la membrane fine constituante, et que cette membrane de l’écaille est plus large au commencement de la formation de l'écaille, diminuant son étendue par des plis dans sa substance même (1. 1. page 313). Un travail semblable de M. SEMPER, dans le même journal (1857, page 326), que je ne puis consulter parce qu’il me man- que ledit tome dudit journal.
DISTANCE ET NOMBRE DES STRIES 21
transversales formant des petits carrés, et que par cette qualité sort l'apparence treillissée des écailles. J'ai cru voir aussi quel- quefois la même configuration, mais des observations ultérieu- res plus exactes des grandes écailles bien disséquées m'ont prouvé que les prétendues stries transversales n'existent pas, et que leur apparence se produit ‘par les stries transversales de la lame inférieure de l’écaille transparente, visibles par la lame supérieure toute claire. Plusieurs fois j'ai disséqué une grande écaille de Casinia en morceaux, divisant la lame supé- rieure de l'inférieure, et alors j'ai vu avec évidence qu'il n'existe pas des stries transversales entre les longitudinales de la lame supérieure, et que seulement dans la lame inférieure de telles stries sont présentes (*).
La distance des stries et filets de la lame supérieure me sem- ble être égale dans toutes les écailles, et certainement la diffé- rence est très-petite si elle existe partout. Je me suis convaincu que la distance est de 4 jusqu'à 4 d’une ligne dans une grande écaille de Castnia de demi-ligne de large; j'ai compté très- clairement quatre-vingt-dix stries distinctes. Des stries un peu plus fines paraissent dans la petite Pyralide: Nomophila kybri- dalis, et c'est pourquoi je pouvais calculer leur nombre à deux cents pour la même largeur. Une somme plus grande ne me semble pas vraisemblable. Dans la grande écaille de Castnia j'ai vu, en outre, une qualité remarquable non visible dans d’autres écailles; les bordures latérales n'étaient pas comme toute la surface médiane striées longitudinalement, mais ornées de petites stries courtes plus fines, obliques, parallèles entre elles et aussi régulièrement posées que les longues du milieu, quoique d’une distance moindre. Comme les écailles de la base de l’aile de l’espèce examinée (Casinia Phalaris) sont très-larges, avec un pédicule assez long et une bordure terminale ronde, probablement cette figure particulière a produit aussi une configuration particulière des bordures latérales, en concor- dance avec les grandes singularités du genre d’où vient l’é- caille.
Il reste à dire quelques mots sur la différence formelle des
(”) La description des écailles donnée par Lyoxer, et citée plus haut, parle d’une lame troisième intermédiaire qui, d’après mes observations, n’existe pas. Ses figures montrent quelques écailles cassées où les deux lames sont bien visibles, montrant évidemment les stries irrégulières de la lame inférieure, que l'observateur a pris pour la lame interne,
28 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
écailles, confessant qu'un poil seulement distingue la figure générale de l’écaille et qu'il se trouve une transition presque in- sensible d’un type à l’autre. L’écaille est plate, le poil est rond ; celui-ci est un fil, celle-là une lame ; voilà tout ce que l'on peut dire sur ces deux types de téguments des insectes. En vérité, on trouve les deux types ensemble presque dans chaque papillon, avec la restriction que les écailles occupent principa- lement les ailes et les formes plus ou moins semblables aux poils, le corps et principalement les pattes et les organes de la bouche. Mais aussi cette restriction n’est pas une loi fixe, il y a beau- coup de papillons avec des écailles sur le corps et d’autres avec des poils sur les ailes, au moins à la base; principalement chez les Bombycides se trouve un tel vêtement, les écailles des ailes se changeant insensiblement en poils sur le corps.
III ÉTAT DE LA JEUNESSE ET MÉTAMORPHOSE DU PAPILLON
Les papillons changent leur forme générale externe et interne des différents organes pendant la vie de chaque individu, comme beaucoup d’autres insectes, montrant les trois types principaux de la chenille, de la chrysalide et du papillon parfait. On nomme ce changement la métamorphose. Elle estcomplète chez les pa- pillons ; la chenille se présente sous la forme d’un ver sans ailes et sans pattes bien articulées, commençant, pendant l’état léthargique de la chrysalide, peu à peu à se former les organes nouveaux, indiqués sur la surface externe par des contours dis- tincts, et à se changer les internes d’une manière très-différente, adjoignant les organes sexuels qui ont manqué à la chenille, sauf un petit germe rudimentaire (*). En vérité, la chenille pos- sède déjà tous les organes du papillon, mais chacun sous une figure différente, et quelques-uns seulement en germes à peine reconnaissables.
Les femelles des papillons posent des œufs, la plupart après l’accouplement avec le mâle, mais on a observé souvent que,
() Les observations précieuses de M. EaNDoïs, citées déjà plusieurs fois, ont donné de très-belles explications, principalement sur le développement des ailes, qui sont un peu préformées en germe déjà dans la chenille.
LES ŒUFS DES PAPILLONS 29
même sans accouplement, les œufs de quelques Bombyx sont capables de développer le germe en chenille parfaite. La figure des œufs est très-différente, ainsi que leur grandeur, maïs en gé- néral ils sont ovalaires ou sphériques, plusieurs aussi coniques, comme ceux des Piérides. Leur surface est tantôt lisse, tantôt travaillée en côtes ou en treillis. Concernant la grandeur, elle varie d'un quart de ligne jusqu’à une ligne et demie de lon- cueur ; il en existe peut-être et plus petits, provenant de chez quelques papillons d’une petitesse excédente, des plus grands à peine. Ces œufs sont déposés par la femelle sur les substances qui servent de nourriture aux chenilles, soit dissipés ou en pe- tits groupes séparés sur les feuilles des plantes, soit tous en- semble sur les branches et le tronc. Dans ce cas, ils sont cou- verts souvent avec les poils des derniers segments du corps, ou d’une substance particulière, gluante, qui sort toujours avec les œufs, en état fluide, pour les attacher à leur place et qui devient très-dure. Quelques femelles posent aussi leurs œufs dans des fissures ou des trous de la substance nutritive, et il y en à enfin d’autres qui, renfermées dans un tuyau ou sac artifi- ciellement construit par elles, restent toujours dans cette en- veloppe et y posent aussi leurs œufs. Le nombre des œufs posés est très-différent, mais assez fixe dans chaque espèce. Il y a des papillons qui en posent seulement jusqu'à cent, et d’autres qui en font plusieurs milliers. En général, le nombre est assez grand.
La jeune chenille (eruca) quittant la coque de l'œuf, ne res- semble en rien à la figure de sa mère, imitant celle d’un ver, composée d’une tête cornée et de douze anneaux mous, pourvus de pattes en avant, au milieu, et très-souvent aussi à la fin du du corps. Beaucoup de chenilles sont rases et aussi incolorées, ou d’un teint blanchâtre et jaunâtre ; la plupart sont vertes, jaunes et quelques-unes noires. Les velues ont des poils tantôt longs, tantôt courts ou des épines, même ramifiées et verti- cillées, montrant par la grande différence des décorations ex- ternes des figures très-variées. Quelques chenilles velues pro- duisent, en les touchant, une douleur ardente, comme l'ortie. Ce phénomène n’est pas bien éclairei jusqu'à présent, mais il semble que les pointes fines et dures des poils ou des épines percent la peau de la personne qui les touche, restent inté- rieurement cassées et donnent naissance à la cuisson forte quelque temps ressentie, jusqu’à ce qu'elles soient sorties.
30 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
Examinant les organes du corps des chenilles, ils se trou- vent d'une concordance remarquable chez toutes. La tête est d'une figure plus ou moins sphérique ou triangulaire, sou- vent ornée de grandes cornes ou d’épines ramifiées comme les têtes figurées sur nos planches V, VTet VIT. Une ligne per- pendiculaire, enfoncée comme une suture sortant du sommet, séparant les deux calottes latérales, descend jusqu’au milieu de la face antérieure, se divisant ici en deux branches diver- sentes qui courent vers les coins externes inférieurs. On nomme le triangle compris entre les deux branches, le cha- peron (clypeus); il porte à sa bordure inférieure la lèvre supérieure fendue et à chaque côté d'elle, une mandibule forte, semi-cireulaire, cornée, munie généralement au côté in- terne de dents plus ou moins fortes et nombreuses. Les plan- ches IT, VI, XII et d’autres donnent des figures de cet organe. En arrière des mandibules se trouvent, unies intimement avec la lèvre inférieure, les mâchoires, ainsi que trois pièces plus faibles, ressemblant à trois cousins, couverts d’une mem- brane plus fine. Les mâchoires, occupant les places latérales des trois pièces, sont divisées en avant en deux portions, l’ex- terne conique de trois articulations nommée palpe et l’interne plus courte, ovalaire, munie d’épines très -petites, nommée pièce masticatoire (mando). La lèvre inférieure prend l’espace entre les deux mâchoires et se compose aussi de diffé- rentes pièces. La plus grande basilaire est nommée menton: elle porte en avant, dirigé plus à l’intérieur, un cousin plus petit, nommé languette; sur son côté externe on voit un petit cylindre médian, percé au bout, nommé filière (fusula) et aux côtés deux palpes courts, bi-articulés. La filière est l’or- gane d’où sortent les fils de soie, que presque toutes les che- nilles ont la faculté de filer (‘}. Au dessus de la lèvre infé- rieure, entre les mâchoires et les mandibules, se trouve l’orifice de l’œsophage, pour recevoir les petits morceaux de nourri- ture coupés par les mandibules et soutenus du côté par les mâchoires; qui les conduisent audit orifice, par lequel ils entrent dans l’æœsophage même.
Deux autres catégories d'organes existent encore sur la tête
() Nos figures des planches citées expliquent les parties nommées des organes de la bouche des chenilles. Nous les expliquerons dans les différents groupes des papil- lons, remettant le lecteur au texte de l'Atlas pour les étudier mieux en détail.
ANNEAUX DU CORPS DES CHENILLES 31
des chenilles, les antennes et les yeux. Les antennes sont des appendices courts, généralement composés de trois arti- cles qui prennent leur position au côté des mandibules, immé- diatement à la fin des deux lignes enfoncées renfermant le chaperon. Elles terminent par un long crin assez fin. Les yeux se présentent au côté externe de ces mêmes lignes, un peu au dessus des antennes et généralement comme six petits grains noirs, très-luisants, transparents au sommet, formant entre eux une figure elliptique, dont quatre sont dirigés en avant et deux en arrière, l'un tout près des antennes. La plupart des chenilles grandes ont ces six yeux lisses ou stemmates complets, chez les plus petites les deux postérieurs se perdent etil en reste seu” lement quatre.
Des douze anneaux du corps le premier est généralement le plus petit, mais il existe aussi des chenilles, principalement chez les Microlépidoptères, où cet anneau est le plus grand (°).
Sur sa partie supérieure l'anneau porte très-souvent deux petites ou une grande lame cornée qui manquent aux anneaux suivants, lesquels sont couverts, comme aussi l’autre surface du premier, par une peau assez fine très-flexible. Le second an- neau devient un peu plus grand et le troisième encore plus ; les autres suivants sont presque égaux, sauf le dernier qui est toujours plus petit que les précédents. Leur surface est, comme nous l'avons déjà dit, tantôt rase, tantôt couverte de poils ou d’épines, qui sont régulièrement distribués sur chaque anneau d’égal nombre et position ; bien des chenilles ont des _appendices flexibles, charnus, sous la figure de petits tuber- cules, cônes ou gros filets, qui prennent aussi une position ré- gulière sur la surface de l'anneau, terminant souvent par un groupe de poils courts verticillés ; on trouve deux, quatre ou même quelquefois six de telles décorations, distribuées d’une manière symétrique sur les deux côtés du corps. Très-souvent les poils du vêtement sont courts et si denses qu’on ne distingue plus les poils simples, la chenille prenant l'apparence du velours. Les plus belles couleurs sont propres à ces poils et ce sont ceux- ci qui donnent aux chenilles velues leur lustre de la coloration. Beaucoup de chenilles rases, comme celles des Sphingides, portent sur le pénultième anneau du corps un appendice corné au milieu du dos, imitant la figure d’une corne courbée ou d’un
() Voyez RATZEBURG, Forstinsecten, tome If, pl. XIV, fig. 4.
MERE INSECTES LÉPIDOPTÈRES
poignard, quelquefois rugueux ou cranulé. Enfin, il y à aussi des chenilles avec une queue fourchue à la fin du corps, qui semble remplacer la dernière paire des pattes. Toutes les che- nilles ont des plissures transversales dans la peau même, soit sur la surface entière de l’anneau, ou seulement sur la moitié postérieure et une partie de l’antérieure. Ces plis facilitent le mouvement de la chenille, permettant sa grande expansibilité et contraction dans les différentes positions qu’elle prend du- rant sa vie, sous les diverses conditions de l'existence. Il n’y à aucune loi de dépendance entre le vêtement de la chenille et du papillon; des chenilles toutes rases, comme celles des Sphingides et des Zeuzérides ou Cossides, donnent des papil- lons qui ont le plus grand nombre d’écailles ; aussi les che- nilles du genre Casinia, avec les écailles les plus grandes, sont nues, vivant comme celles des Cossides, dans l’intérieur de la substance nutritive. Toutes les chenilles qui ont la même manière de vivre répètent la même nudité. Maïs il semble que les chenilles les plus velues, comme beaucoup des Bombycides, donnent aussi des papillons plus ou moins velus de poils sur le corps et les pattes.
Concernant les lieux où vivent les chenilles, nous avons déjà dit que beaucoup se cachent dans l’intérieur des substan- ces qu'elles mangent. Ces substances sont le bois et les tiges des plantes molles, les fruits, les racines charnues, enfin les peaux et autres, substances sèches des animaux. Mais la plu- part vivent des feuilles de plantes, soit sur la surface externe, soit dans le tissu cellulaire de l’intérieur, d’autres dans la terre mangeant les racines fines fibreuses des plantes. Une excep- tion remarquable est que quelques chenilles vivent dans l’eau. Nous connaissons depuis longtemps un tel exemple en Eu- rope, où la chenille de Paraponyx stratiotalis vit sur la plante submergée de laquelle elle à reçu son nom, respirant par des branchies qui se lèvent en forme de fils assez longs externes de son corps. Dernièrement on a trouvé à Buénos-Ayres une che- nille aquatique et une autre espèce du même genre dans la Bande orientale de l’'Uruguay, les deux appartenant au cenre Palustra, récemment découvert dans la Guyane française ()
1
(”) Voyez l'essai de M. Bar dans les Ann. de la Soc. ent. de France, 1873, page 305
et l’autre de M. BERG sur les chenilles du pays, dans le même journal de l’année 1877, 2e (trimestre.
LES STIGMATES DES CHENILLES 33
ces chenilles aquatiques ne respirent pas par des branchies ; elles portent l’air atmosphérique sous le vêtement dense des poils qui couvrent leur corps et qu’elles renouvellent de temps en temps en se levant à la surface de l’eau, quoiqu'elles vivent entièrement submergées sur le feuillage d’Azolla, de Potamoge- ton et d’autres plantes aquatiques qu'elles mangent.
Des organes externes du corps des chenilles qui ne sont pas des décorations, nous avons encore à examiner les stigmates et les pattes. Les premiers sont de petites ouvertures ser- vant à la respiration, lesquels se trouvent aux deux côtés du corps un peu au dessus de la bordure inférieure. Chacun est formé par un petit anneau elliptique, ouvert au milieu par une fissure perpendiculaire qui forme de cette manière deux petites valvules au centre de l’anneau externe. Par leur couleur géné- ralement différente de celle du corps, ils se distinguent facile- ment. De l’intérieur du corps sortent de ces organes les tuyaux aérifères nommés trachées. On compte neuf stigmates sur chaque côté du corps, le premier au premier anneau, le se- cond sur le quatrième, le deuxième et troisième étant dépour- vus des stigmates, et les autres sur le quatrième jusqu’au on- zième; les stismates manquent aussi toujours au dernier an- neau du corps. Les chenilles perpétuellement aquatiques ont les branchies sur les mêmes lieux où sont situés les stigmates, formant des tuyaux externes complètement fermés, contenant des rameaux fins de trachées. Ces stigmates se trouvent aux mêmes lieux sur le corps des papillons, mais cachés sous le vêtement, et ceux de l'abdomen couverts aussi par les bor- dures latérales surpassant l’arceau dorsal de chaque anneau, Ils manquent aussi aux deux derniers anneaux de l’abdomen. Le manque des stigmates sur le deuxième et troisième anneau du corps de la chenille est singulier, car le papillon les pos- sède sur ces mêmes lieux, comme nous l'avons vu plus haut. Je crois que les observations de M. Laxnpoïs, citées plusieurs fois, ont éclairei ce fait, prouvant que les ailes du papillon existent déjà en germe dans la chenille, attachées sous la forme d’une petite lame triangulaire de tissu cellulaire au tronc latéral des trachées, tout près du lieu où doivent être situés les stigmates. Aussi le petit tronc communicatif, qui sort du stigmate se ren- dant au trone commun longitudinal des trachées, est indiqué dans la chenille sans avoir de communication avec un stigmate qui manque. On peut dire alors avec raison ce qu'a déjà dit
RÉP. ARG. — T. V. 3.
34 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
le célèbre naturaliste philosophique OKex dans sa Natur-Plhilo- sophie, que les ailes des insectes sont des branchies d'air (Luft- kiemen) ; car les observations de Laxpois prouvent qu'elles prennent leur origine du système respiratoire des insectes, ainsi que la véritable base de leur formation.
Les pattes des chenilles présentent beaucoup de plus gran- des variations que les stigmates, soit par leur configuration, soit par le nombre. Concernant la configuration de chaque che- nille elle a des pattes de double qualité, lesquelles se distin- guent par les mots de vraies et fausses pattes.
Les vraies pattes, aussi nommées écailleuses, se trouvent toujours sur les trois premiers anneaux du corps de la che- nille et correspondent, par conséquent, aux pattes du papillon parfait. Elles sont des petits organes articulés, composées de trois articles cornés successivement plus étroits, de haut en bas, mais non plus courtes, terminant par un crochet peu courbé et portées par un cousin charnu à la base du corps qui contient les muscles mouvants, lesquels se continuent dans l’intérieur par les trois articulations de chaque patte. C’est une exception remarquable si ces pattes sont très-prolongées, res- semblant à celles du papillon, comme il se trouve chez la che- nille du Stauropus Fagi, espèce européenne.
Les fausses pattes, nommées souvent membraneuses, ou mieux charnues, sont des mamelons ovalaires, sortant aussi d’un cousin plus grand de la base de l’anneau du corps, mais sans articulations dans leur étendue, quoique très-variables de figure et de longueur, terminant avec deux petits lam- beaux semi-elliptiques opposés l’un à l’autre du côté interne à l’externe et couronnés généralement chacun par un double rang de petits crochets, qui sont implantés dans la bordure externe du lambeau. Quelquefois les crochets manquent ou se trouvent en nombre très-petit; en général leur nombre est de quatre-vingts à quatre-vingt-dix dans chaque lambeau (‘) de la patte. Dans l’intérieur, ces fausses pattes ont aussi un apparat musculaire assez fort et compliqué qui peut se comparer à ce- lui d’une ventouse circulaire ou à un sphinetère bilobé à mesure que les deux lambeaux terminaux sont plus ou moins séparés.
() LYONNET qui a compté ces crochets chez la chenille du Cossus ligniperda et d’au- tres, donne des nombres différents entre soixante-dix à soixante-seize; n’en comptant jamais plus de cette dernière quantité. Traité entom., etc., page 88.
DIFFÉRENT NOMBRE DES PATTES DES CHENILLES 39
Concernant le nombre des paires des fausses pattes, il est va- riable de deux à cinq. On distingue les chenilles d’après cette variation par de différents noms. Ainsi, on nomme Faus- ses-Arpenteuses toutes chenilles avec cinq paires de pattes; elles sont les plus nombreuses dans toutes les différentes caté- gories. Des cinq paires, quatre se trouvent sous les sixième, septième, huitième et neuvième anneaux du corps et le cin- quième à la fin, sous le dernier. Demi-Arpenteuses sont nommées les chenilles avec trois ou quatre paires de pattes, les ayant sur les septième, huitième, neuvième et dernier anneaux du corps, manquant aussi la paire du septième, si le nombre est de trois paires seulement. Enfin, les Arpenteuses (Geometrae) sont des chenilles avec deux paires de fausses pattes sous les neuvième et dernier anneaux du corps. Celles- ei ont la coutume de marcher avec la partie du corps entre les vraies pattes et les fausses pattes, levées en courbe, de sorte qu’elles semblent mesurer leur chemin par compas. Ces mêmes chenilles ont une autre mode particulière de se présenter droi- tement, étendant leur corps comme un fil de fer, et conservant longtemps cette position avec les quatre fausses pattes, sans se fatiguer. Quelquefois seulement manque la dernière paire de fausses pattes aux chenilles, quoiqu'elles possèdent les quatre antérieures sous les anneaux six à neuf. C’est le cas, chez le genre Harpyia ou Gerura, dont nous avons aussi une espèce dans notre pays. Généralement, cette dernière paire des fausses pattes est la plus grande, plus forte que les autres, et plus rétrécie en arrière avec le dernier petit anneau du corps qui la porte, se distinguant aussi par cette position particulière avancée et couverte en dessus d’une espèce de valve triangulaire qui termine le corps de la chenille, ca- chant l'ouverture anale, située entre la valve et les dernières fausses pattes, au dessus de leur base. On à nommé cette valve le clapet, la regardant comme organe particulier de la chenille ; organe qui se répète encore plus distinctement dans la chrysalide comme pointe anale sous des figures les plus dif- férentes.
Ayant ainsi décrit les organes externes des chenilles avec leurs variations les plus remarquables, nous examinerons enfin leurs différentes manières de vivre sous quelques points de vue. Ce thème amène beaucoup à parler, par les grandes variations que subissent les coutumes des chenilles; mais nous nous
36 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
bornerons ici sur les connaissances les plus nécessaires, lais sant toutes les particularités pour la description détaillée des différentes espèces de notre pays. Nous commençons cette histoire par l'explication de la manière de l'accroissement de la jeune chenille jusqu'au moment de la sortie du papillon.
Les chenilles ne croissent pas insensiblement et peu à peu, comme la plupart des autres animaux, mais comme les insectes en général par intervalles, conservant quelque temps leur gran- deur presque invariable, jusqu'à ce qu'il vient le moment où l’ancienne peau peu extensible serait trop petite pour contenir en plus l'augmentation des organes internes. Alors la chenille change sa peau par rupture le long du dos, sortant avec une nou- velle au dehors de l’ancienne, et cette nouvelle peau, ressem- blant en général complètement à l’ancienne, est un peu expansi- ble au commencement, permettant un agrandissement de tout le corps de la chenille, comme le demande l'accroissement des orga- nes internes. Ce phénomène se nomme la mue de la chenille. Les dépouillements sont plus ou moins nombreux selon les groupes -des papillons, mais en général on trouve quatre, au moins trois, sauf quelques espèces très-velues, chez lesquelles on en a compté jusqu’à sept ou huit. Ce dépouillement est non seulement borné sur la peau externe ainsi que sur les poils et les épines, mais aussi sur l’interne de l'intestin et des grands vaisseaux aérifères ; on voit sortir de la bouche et de l'anus l’épiderme de l’æœsophage et du rectum, et des stigmates l’épiderme des troncs des tra- chées ; il se présente aussi dans tous les appendices externes de la peau, en répétant les poils et les épines complètement iden- tiques sur la nouvelle surface du corps. Le moment du dépouille- ment s'indique déjà quelque temps avant l’arrivée, par une diffé- rente manière de conduite de la chenille; elle devient tranquille, prend une place sûre, où elle puisse faire passer sans gêne le moment difficile; elle se prive de nourriture pendant un jour ou même plus, change un peu sa couleur, l’ancienne peau se flétrit et se fend enfin au dessus du second au troisième anneau. Alors pour se dégager de l’ancienne peau, elle dépouille en premier la partie antérieure du corps avec la tête et les vraies pattes, et quand cette partie est sortie, elle se débarrasse de la postérieure avec les fausses pattes et la fin du corps. Cette opération, pré- parée par la tranquillité de l’animal depuis quelque temps, se termine dans quelques minutes. Assez souvent se changent aussi avec le dépouillement, la couleur et même la figure du corps de la
CHANGEMENT DE LA PEAU DES CHENILLES 37
chenille. Souvent les jeunes, avant la première mue, sont d’une autre couleur qu'après, noires si elles sont vertes, ou jaunes si elles sont brunes, et vice-versa. Quelquefois les jeunes che- nilles ont des appendices, qui manquent aux anciennes. Aïnsi j'ai observé les différents âges chez les chenilles de quelques grandes espèces des Sphingides, par exemple de Philampelus Labruscæ, Ph. Lycaon et les espèces voisines du même genre. La petite chenille, sortie de la coque de l’œuf, a sur le pénultième anneau du corps une corne ou plutôt une queue rouge de figure d'une $, affichée sur un petit mamelon mobile et par cette base d'appendice prend un mouvement oscillant, Cette queue man- que à la chenille depuis la seconde mue, se conservant seulement le mamelon basilaire mobile, qui continue avec son mouvement oscillant aussi chez la chenille jusqu'à la fin de l’existence de l'animal dans cet état.
La période de la vie, pendant laquelle le papillon reste en chenille, varie de trois mois à trois ans. Cette variation dépend de la grandeur de l’espèce et de la force nutritive des aliments. En général, les petits papillons des Microlépidoptères finissent leur métamorphose beaucoup plus vite que les grandes espèces des Sphingides et des Bombyeides. Il y a des petites chenilles qui dans quinze jours sont arrivées à leur entier développe- ment, et d’autres, comme la chenille du Cossus ligniperda, qui vit de bois de saule, reste trois ans dans cet état. La plupart de celles de la zone tropicale ou sous-tropicale finissent leur accroissement assez vite et existent trois mois tout au plus comme chenilles; plusieurs de la zone tempérée sortent de l'œuf au printemps ou au commencement de l'été, mangent jusqu'à l'automne, et restent en état de chrysalide pendant l'hiver, sor- tant d’elle au printemps prochain. Toutes ces différences sont variables selon les localités où vivent les espèces, et même indi- viduelles, car on à souvent observé que de la même ponte des œufs, la plupart des chenilles se développent en papillon pen- dant la même saison, tandis que d’autres restent léthargiques jusqu'à la prochaine. IL semble que la nourriture à une grande influence sur la vitesse du développement et que les aliments peu nutritifs retardent beaucoup la métamorphose de la chenille. Il y en à qui restent l'hiver en léthargie, même comme chenil- les, et d’autres de la même espèce qui se changent en papillon avant l’arrivée de l'hiver, quand des circonstances favorables secondent leur développement.
38 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
Pour subir tranquillement le changement nécessaire en papil- lon, la chenille prend toujours des précautions plus ou moins parfaites, se retirant Le plus possible sur une place sûre et pro- tégée contre les troubles externes. Il y à deux modes prinei- paux d'opérer ce changement. Les chenilles de la plupart des papillons de la nuit, principalement celles du groupe des Bom- bycides, font une coque (cocon) pour rester dedans jusqu'au moment de l’éclosion du papillon ; les autres se changent sans coque, soit dans la terre ou d’autres retraites naturelles, ou soit à l’air libre, attachées aux branches des arbres ou à des objets fixes voisins à la plante. La coque, une des productions la plus artificielle des animaux, est une enveloppe ovalaire faite par des fils en soie, que la chenille produit par la filière de la lèvre inférieure, la substance du fil venant de deux grands vais- seaux dans son corps qui terminent à la base de la filière. Plu- sieurs espèces se contentent de faire une coque faible, en forme d'un rets fin transparent; d’autres font une coque plus forte, tapissant son intérieur avec une substance glueuse qui devient assez vite très-dure; encore d’autres velues se servent des poils du corps, les coupant avec les mandibules et les mettant entre les fils de la coque ; enfin il y a des chenilles qui ferment le rets de la coque au moyen d'une liqueur jaune, sortant de l'anus, laquelle se change plus tard en poudre, distribuée assez régu- lièrement entre les mailles du rets. — Les chenilles qui ne font pas une véritable coque, comme la plupart des Rhopalocères et des Sphingides, construisent néanmoins des filets, les unes pour unir des feuilles sèches, des fragments de bois, des grains de la terre, etc., se faisant une sorte de coque imparfaite ou plutôt une enveloppe, les autres pour s’attacheraux branches des arbres et aux toits des maisons voisines, sans être couvertes d’une enve- loppe artificiellement construite. Cette dernière mode est celle de la plupart des Rhopalocères, montrant deux variations prin- cipales à mesure que la chrysalide est suspendue la tête en bas, ou soutenue en position renversée, la tête en haut, par un lien tranversal de fils, passant sur le milieu du thorax. On nomme ces chrysalides succinctes. ;
Bientôt après la conclusion des travaux préparatifs, qui don- nent pour résultat les différents modes de la coque ou de la manière de se fixer, la chenille prend une position tranquille, restreint son corps autant que possible à lui-même et attend la dernière mue de sa peau. Ce moment retarde quelques che-
FIGURES DES CHRYSALIDES 39
nilles assez longtemps, et il y en a qui restent plusieurs mois dans la coque avant de se changer en chrysalide, mais chez la plupart le changement survient rapidement, au moins après deux ou trois jours. S’étant ainsi dépouillé, l'animal montre une figure très-différente de celle de la chenille, la nouvelle prenant celle de la chrysalide (pupa). Dans cette période de sa vie, l'animal reste tranquille, sans se mouvoir et sans manger, respirant seulement par les stigmates bien visibles, les figures des organes externes du papillon étant indiquées par des lignes enfoncées sur la surface externe de la chrysalide. Ces lignes représentent le papillon déjà réformé avec tous ses organes externes, renfermés dans une enveloppe assez dure, qui les unit intimement entre eux, l'animal ressemblant à un enfant emmailloté et par cette ressemblance on l’a nommé aussi poupée ou poupe (pupa). En général, la figure des chrysalides est allongée, ovalaire, un peu plus obtuse à l'ex- trémité antérieure et plus pointue à la postérieure, mais il y à aussi des figures anguleuses, avec des bordures latérales élar- gies, des cornes ou des carènes sur le dos et des tubercules ou lames allongées sur la tête. On voit bien, circonscrits par des lignes fixes, un peu enfoncées à la manière de sutures, les organes externes sur la surface de l'enveloppe. Ainsi se dis- tingue en avant la tête, séparée par une faible suture dans la nuque, et sur elle les yeux comme deux petites convexités latérales, elliptiques, et entre eux la base de la spiritrompe, accompagnée de trois petites facettes représentant la lèvre supérieure et les mandibules (*). En arrière des yeux sont si- tuées les antennes prenant leur origine un peu plus en avant, presque au sommet de la tête, et descendant, réelinées, aux côtés des ailes jusqu'à la fin des enveloppes, qui renferment ces or- ganes, les plus grands entre les visibles sur la surface de la chrysalide. On à donné des noms particuliers aux enveloppes qui renferment les différents organes, les formant des mots de la langue grecque, et on nomme l’enveloppe des yeux ophtha- molheca, des antennes ceratotheca, de la spiritrompe glossotheca, des ailes pterctheca, des pattes podotheca et de l'abdomen gus- trotheca, comptant les anneaux qui le composent, suivant leur position d'avant en arrière. Les enveloppes des ailes, les plus
() Regardez, pour mieux comprendre cette courte description, les figures déta- chées des chrysalides sur les planches IL, V, VI, X, XIII et autres.
r
40 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
grandes de toutes, prennent leur origine aux côtés du tho- rax et descendent, sous la figure de lames triangulaires, imi- tant celles des ailes supérieures, jusqu'à la moitié de l'abdomen, laissant visible une petite bordure des aïles inférieures au bord dorsal des antérieures, entre elles et les premiers anneaux de l'abdomen. Les enveloppes des antennes accompagnent les bordures antérieures des enveloppes des ailes antérieures jus- qu'à la fin, et sont accompagnées jusqu'au même point par les deux enveloppes de la spiritrompe, laissant ces enveloppes entre elles, à chaque côté, un espace libre où entrent les enveloppes des pattes, dont seulement deux des antérieures et postérieures sont bien visibles; celles de la paire du milieu, un peu indiquées sous la figure d’un vide allongé elliptique entre les deux autres. Quelquefois les enveloppes de la spiritrompe et des pattes pos- térieures surpassent libres le corps de la chrysalide, la pre- mière surpassant souvent aussi à la base au dehors des au- tres (Voyez pl. IX et XI). Toutes ces enveloppes sont dirigées vers le côté ventral du corps, laissant libre le côté dorsal. Sur cette surface on voit, en arrière de la tête, le thorax comme une portion un peu plus convexe, souvent carénée au milieu ou même pourvue d’une corne ou tubercule. Aussi les bordures des trois anneaux du prothorax, mésothorax et métathorax sont faiblement indiquées, et à chaque côté de la suture entre le premier anneau et le second se présente bien visible le pre- mier stigmate thoracique. En arrière du thorax suivent les an- neaux de l'abdomen, dont les quatre premiers sont couverts en avant par les enveloppes des ailes, des antennes et des pattes. Ces quatre deviennent successivement un peu plus grands, le quatrième étant toujours le plus grand de tous les anneaux de l'abdomen. Chacun de ces anneaux laisse voir un stigmate im- médiatement au côté des enveloppes des ailes. Au quatrième sui- vent encore les cinq derniers anneaux du corps, tous libres, di- minuant peu à peu de circonférence et de longueur. Les trois premiers des cinq sont toujours bien distincts, parce qu'ils sont bien séparés, mais les deux derniers restent plus intime- ment unis et perdent leur séparation quelquefois presque com- plètement, le dernier terminant plus ou moins en cône par une pointe allongée de différente figure, par laquelle les chrysali- des des papillons diurnes sont attachées à leur place de repos. Cet attachement sera fait par des fils de soie, soutenus par une multitude de petits crochets, qui couvrent la surface terminale
"
ENVELOPPES DES ORGANES DE LA CHRYSALIDE al
plus ou moins étendue de la prolongation ou de la queue de la chrysalide. On voit elairement sur les côtés des quatre pre- miers des cinq anneaux postérieurs les stigmates, mais ils manquent souvent au dernier et quelquefois aussi au pénul- tième, ceux-ci étant toujours plus petits et presque invisibles, quand bien même ceux du dernier anneau existent. Le dernier anneau montre toujours parfaitement bien indiquée l'ouverture anale, mais fermée ; aucune chrysalide ne fait des excréments pendant sa vie dans cet état, laissant au papillon éclos cette première fonction de sa vie nouvelle, qui a lieu aussitôt après l’éclosion sous la forme d’un fluide jaune ou brun comparable au méconium des enfants nouveau-nés. Les anneaux abdomi- naux libres de beaucoup de chrysalides sont complètement lis- ses comme toute l’autre surface de l'enveloppe, dans d’autres toute la surface est finement ponctuée ou granulée, et il y en a aussi où les deux qualités sont unies sur la même enveloppe. Aïnsi les bords des anneaux libres sont quelquefois garnis de petites granulations ou épines, formant une ligne transversale ou une plaque elliptique sous les stigmates, à chaque côté du corps. Cette particularité se trouve en maximum dans les chrysalides renfermées dans l’intérieur du bois ou d’autres substances dures, et c’est pour le mouvement de l'animal avant l’éclosion jusqu’à l'ouverture de la cavité qui le contient.
Les enveloppes des organes, indiquées sur la surface externe de la chrysalide par des lignes enfoncées, se continuent aussi dans l’intérieur, et forment en vérité des étuis ou des four- reaux complets pour les différents organes qu’elles renferment.
Au premier moment, les étuis ne contiennent autre chose qu'un fluide assez clair, supporté par des nerfs et des trachées fines, et comme ces étuis ont déjà la grandeur complète des organes du papillon parfait, il résulte évidemment, si on re- garde la petitesse des correspondants de la chenille, qu'ils ne sont pas faits par croissance antérieure, mais se forment nou- vellement d’une substance organique préparée pour ce but dans l’intérieur de la chenille, sous l’ancienne peau. En vérité, on voit les germes bien indiqués sous la peau avant le dépouil- lement, et on comprend facilement que ce ne sont pas les anciennes pattes écailleuses de la chenille, mais des produits nouveaux, réformés depuis longtemps, comme les germes des ailes, au dessus d'elle dans le corps de la chenille, recevant leur dernière extension pendant son repos, avant le dépouille-
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ment. C’est, de tous les points, le plus surprenant de l’évolu- tion du papillon, comme de tous les autres insectes avec méta- morphose parfaite, que la chenille, à l’état de jeunesse, ne prouve rien de la figure générale et particulière de l’insecte parfait, et que cette figure, ainsi que les organes externes tous différents, se présentent soudainement quand la chenille dépose sa peau et apparaît comme chrysalide. Aussitôt après que ce dépouillement est fait, les organes nouveaux et toute la figure de la chenille sont encore un peu incertains ; son corps est plus étendu, les organes externes un peu plus séparés, plus con- vexes et faciles à séparer du contact intime; mais bientôt la fi- gure se consolide; la peau, au premier moment, claire et trans- parente, devient dure et plus obseure ; les organes externes se fixent entre eux intimement, la portion abdominale du corps se raccourcit plus, et après une demi-journée la véritable configuration de la chrysalide est finie complètement; seu- lement la couleur reste encore plus claire, devenant peu à peu, avec les jours ou les mois, insensiblement plus obscure. Cette couleur est ordinairement le brun ou le testacé dans presque tous les papillons hétérocères, le brun rougeâtre pas- sant au noir, et le jaune blanchâtre au jaune d’'oere obscur. C’est une exception quand une chrysalide de ce groupe a une autre couleur. Dans les chrysalides des Rhopalocères, qui sont exposées directement à l'influence du soleil, sans être renfermées dans une coque, des couleurs claires, comme vert, jaune, blanc prévalent et ces chrysalides sont généralement ornées de taches ou de bandes brunes ou noires. Plusieurs ont des taches métalliques, imitant l'or et l'argent, et quelques- unes sont complètement dorées. C’est pour cela qu’on a nommé
cet état du papillon la chrysalide, dérivé du mot grec Xpusés,
qui signifie : or.
Nous n’entrons pas davantage dans l'examen des différentes figures des chrysalides, quoique quelques-unes soient véritable- ment bizarres ; dans notre travail nous aurons plus tard l’oeca- sion de parler, chez les différents genres et espèces, aussi de leur métamorphose et aviser le lecteur de ce que nous connaissons sur elles; cependant les figures des planches de l’Atlas donneront déjà une idée claire des variations formelles des chrysalides qui ne sont pas en nombre moindre que celles des chenilles. Nous remettons le lecteur sur elles, finissant notre exposé général avec l'avis que la durée de l’état de la chrysalide est également
MODE DE SORTIE DU PAPILLON DE LA CHRYSALIDE 43
variable comme celle de la chenille, quoiqu'elle soit ordinaire- ment plus courte, ne dépassant pas trois semaines. Mais les chrysalidesf ormées à la fin de l’été ou dans l'automne restent dans cet état jusqu'au printemps prochain, et ne laissent pas sortir le papillon avant cette saison. Pour l’éclosion la peau de la chrysalide se fend dans la suture qui borne la tête contre le prothorax, levant comme une calotte le morceau de la peau de la tête entre cette suture, la base de la spiritrompe et les sutures des antennes, avec celles des yeux. Cette calotte tombe com- plètement déchirée, et en même temps la peau du thorax se fend le long du milieu du dos, pendant que les sutures entre les enve- loppes des ailes et des pieds s'ouvrent aussi, laissant sortir le papillon, lesdites enveloppes s’écartant comme les portes d’une cassette. L'animal sort très-vite, marchant sur ses nouvelles pat- tes avec la sûreté d’un usage bien exercé, quoique son corps soit encore assez mou et faible; il prend une position sûre près de la place de l’éclosion et attend l'expansion des ailes qui au premier moment ne sont pas plus grandes que les enveloppes de la chry- salide. Alors commence leur extension et elles croissent si rapi- dement que supportées par un faible frémissement quelquefois répété, elles ont pris leur grandeur parfaite d’une demi à une heure après. Généralement le papillon reste encore tranquille à sa place, attendant, si c’est une espèce de papillon du soir ou de la nuit, l'obscurité du crépuscule pour se mettre en vol et exercer les fonctions de la vie qui lui restent encore. L'expansion rapide des ailes est un phénomène assez surprenant et presque unique dans le règne animal. Cependant elle se produit sans cesse, comme nous l'avons déjà dit plus haut, par les fluides contenus dans le corps du papillon, entrant dans les cavités des nervures des ailes et étendant les deux membranes complètement formées, mais compliquées transversalement dans les plissures fines très- nombreuses. Les fluides qui entrent dans les nervures sont de double qualité ; l’un est le sang du corps qui coule dans les vides entre les organes internes, et s’épanche par les ouvertures ba- silaires des nervures qui ménagent la communication avee la cavité du corps; l’autre est l’air atmosphérique, respiré par les stüigmates et introduit dans les trachées qui le conduisent aussi par leurs branches soutenues dans les mêmes nervures et éten- dant les ailes à mesure que le mouvement respiratoire du corps augmente la force introduisante. La continuité des deux moteurs produit le résultat indiqué de l'expansion en si peu de temps.
44 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
IV ARRANGEMENT SYSTÉMATIQUE DES PAPILLONS
L'objet qui nous occupera ici est un des plus difficiles à traiter de l’entomologie ; la grande ressemblance externe des papillons, le peu d'organes qui se présentent pour être regardés, enfin l'égalité des principaux, tous ces obstacles rendent extrêmement pénible la distinction fixe systématique des Lépidoptères. Nous renonçons à pouvoir donner ici un résultat satisfaisant des recherches faites jusqu'à présent, et confessons franchement que ni les groupes supérieurs, ni les familles, ni les genres même déjà fondés entre les Lépidoptères ne sont pas bien précis, et que beaucoup d'espèces montrent une telle variabilité que les opinions des entomologistes sur leur rang, si ce sont de vraies espèces ou seulement des variétés locales, se séparent beaucoup entre eux.
Depuis longtemps on a fondé trois grands sroupes d’après la manière de voler pendant la journée, le soir et la nuit. Je ne crois pas que ce soit un procédé assez bien fondé, de con- server ces groupes, mais ils donnent un bon appui, et par cette raison il me semble utile de faire usage d'eux, y ad- joignant un quatrième, dérivé de la petitesse générale du corps. De cette manière se donneront quatre groupes prin- cipaux qu'on peut regarder comme des tribus, les déter- minant par les caractères suivants (°):
I. Khopaloecera ou 1. DBiurna
Antennis sexuum æqualibus, in apice dilatatis, nunce clavatis, nune plus minurve compressis. Alis magnis, abdomine parvo angusto. Vivendi ratio diurna.
Il. Heterocera
Antennis pilosis, plerumque setaceis vel pectinatis vel prismaticis et subclavatis, sexuum plus minusve diversis. Vivendi ratio ple= rumque nocturna. f
Li
(*) Tous les caractères systématiques seront donnés en latin, pour faciliter l’intel-
ligence générale et rendre les définitions plus courtes. \
ARRANGEMENT SYSTÉMATIQUE 45
2. Crepuseularia
Alis angustis, posterioribus minutis ; abdomine valido conico. An- tennis plerumque squamosis, nunc prismaticis, nunc subclavatis ; maris parum majoribus.
3. Nocturmna
Alis latis, posterioribus dilatatis ; abdomine crasso, ovali. Antennis vel setaceis, vel plus minusve pectinatis, marum plerumque ma- joribus.
4. NMicrolepidopiera
Alis angustis, longe fimbriatis. Antennis setaceis, maris parum dif- formibus ; corpore parvo, abdomine cylindrico ; palpis maxilla- ribus plerumque exsertis.
Quoique ces quatre groupes ne soient pas bien fixés par les caractères donnés, ils peuvent servir pour la première sub- ordination des familles; l'admission presque générale depuis longtemps justifie assez leur conservation, néanmoins réfutée par les lépidoptérologistes les plus modernes. Ilest vrai que les caractères ne sont pas assez exclusifs, et principalement les Crépusculaires et les Nocturnes présentent des types in- termédiaires, mais les mêmes difficultés se répètent dans tous les arrangements systématiques et il sera toujours mieux de conserver les résultats depuis longtemps admis comme utiles, plutôt que de les abandonner, sans en mettre de meilleurs pour les remplacer.
PREMIÈRE TRIBU LÉPIDOPTÉRES DIURNES
RHOPALOCERA
Prenant la configuration grèle des antennes terminant en massue comme le seul caractère principal pour déterminer ce groupe, nous ne trouvons la même figure dans aucun autre groupe des papillons. Les antennes des Rhopalocères sont généralement très-fines à la base, toujours sans poils pronon- cés ou des ramifications des articles et très-souvent aussi sans écailles, terminant par un accroissement, soit à la pointe même, soit un peu avant, et dans ce cas, finissant par une pointe très-fine, comme une alène plus ou moins recourbée. Quelques variations particulières se présentent dans la figure de l’aceroissement nommé la massue. Elle est tantôt d’une circonférence également circulaire, tantôt plus ou moins com- primée, imitant la figure d’un triangle à coins arrondis à la manière d’une palette ou spatule. Chez les Piérides et Hespé- riades, les antennes sont couvertes d’écailles, chez d’autres familles, comme les Papilionides, Danaïdes et Pavoniades, nues.
La tête est assez petite, mais les yeux sont grands. Les Hes- périades se distinguent des autres familles par une tête relati- vement plus grande. Des stemmates ou yeux lisses manquent, sauf chez les Castniades, famille aberrante, rapprochée par quelques points de vue au type des Sphingides, quoique par les antennes appartenant aux Rhopalocères. La spiritrompe est longue, et les palpes qui la couvrent sont tantôt grands, tantôt assez petits ; exceptionnellement grands chez le genre Libythe«.
Le corps des Rhopalocères n’a rien de particulier, il n’est pas très-crand, ni très-fort, et assez souvent petit en compa- raison avec les ailes; principalement l’abdomen est petit, un peu comprimé et assez grêle, quand le thorax, en relation avec les grandes ailes, a une extension assez considérable.
RHOPALOCÈRES OU DIURNES 47
Les ailes se distinguent par leur grandeur, relativement assez remarquable. Les antérieures sont assez larges, avec des bordures courbées, les postérieures plus ou moins circulaires. Celles-ci ont tantôt la saillie abdominale très-large, comme la plupart des papillons diurnes, tantôt cette saillie manque complètement chez les Papilionides. Ces mêmes ailes, très- élargies à la base, au côté antérieur, n’ont pas le crin pour s'unir avec les antérieures par le frein (voyez page 16), sauf les Castniades, qui sont pourvus de cet apparat, et prouvent par sa présence leur aberration du type des vrais papillons diurnes, quoique par leurs antennes et leur manière de vivre ils appartiennent aux Rhopalocères. Une particularité remar- quable de la plupart des diurnes est leur manière de tenir les ailes élevées pendant le repos, en position perpendiculaire au dessus du corps; mais cette coutuie n’est pas générale; les Hespériades ne la suivent pas, ils tiennent leurs ailes demi- ouvertes en position horizontale et se distinguent, comme par plusieurs autres qualités, du type général de la tribu, de la manière semblable aux Castniades, qui s’éloignent encore un peu plus des autres familles. Ceux-ci forment, comme nous l'avons déjà dit plus haut, un type de transition aux Crépuscu- laires, auquel les Hespériades indiquent la transition du côté du vrai type des Diurnes.
Les pattes offrent les caractères les plus distinctifs pour la séparation des familles et, par cette raison nous les décrirons un peu plus en détail. Les cuisses ne donnent rien pour ee but, uniquement les jambes et principalement les ongles et les appendices du dernier article des tarses. Ce ne sont pas les jambes elles-mêmes, mais les éperons terminaux du coin interne, lesquels montrent quelques caractères d’impor- tance. Ces éperons sont en général assez petits chez les pa- pillons diurnes, au moins les deux de la première paire des pattes qui semblent même manquer, devenant un peu plus orands aux autres. Les Hespériades et les Castniades sont les seuls papillons diurnes qui ont deux paires d’éperons à la troisième paire des jambes, l’une à la fin, l’autre un peu au dessous du milieu au côté interne. Ce caractère des deux fa- milles donne une nouvelle preuve de transition au type des Crépusculaires et des autres tribus, où le même cas des épe- rons doubles est la règle.
Une importance systématique du même rang se trouve dans
48 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
les pattes antérieures, à mesure que ces pattes sont de, la gran- deur complète, ou réduites à une petitesse rudimentaire. Chez les vrais Papilionides, les Piérides, Lycaenides, Hespériades et Castniades, ces pattes sont de la grandeur des autres, ou même un peu plus grandes que celles du milieu, conservant toutes leurs articulations dans la relation générale entre elles. Chez les autres familles les pattes antérieures sont réduites à une petitesse surprenante, perdant quelquefois aussi l’articu- lation des tarses. Cette décadence se trouve tantôt chez les deux sexes, comme dans la famille des Danaïdes, Heliconiades et Nymphalides, tantôt seulement chez les mâles, comme dans : celle des Eycinides. Chez les mâles les tarses des pattes anté- rieures rudimentaires sont plus imparfaits, formant quelquefois un seul article un peu renflé au bout etorné de quelques petites dentelures (pl. IV, fig. 6 A); chez les femelles les tarses des pattes rudimentaires sont parfaitement articulés et de la même figure que les autres, sauf la petitesse extrême (fig. 7, 13, 14 B). Plus des variations nous montrent les ongles terminant les tarses par leurs appendices. Ces organes plus ou moins cour- bés, terminant en crochet fin, sont chez les Papilionides assez longs, peu courbés et simples, c’est-à-dire sans dents ou fissure à la fin, supportés par la petite palette entre eux qui les em- brasse un peu au côté extérieur (pl. IV. fig. 6. B). Chez les autres familles les ongles sont plus courts, plus petits, et tantôt élargis à la base, s'étendant ici à la figure d’un angle aigu ou d’une dent, comme chez les Nymphalides; tantôt fendus à la pointe, terminant par deux petits crochets, l’un au dessous de l’autre, comme chez les Piérides. Chez toutes les familles avec des ongles petits, la palette intermédiaire qui les porte (voyez page 18) devient plus grande et sort plus au dehors, for- mant les appendices particuliers que nous avons décrits plus haut (1. 1.), le médian comme plantule et les latéraux comme paronyches. Les deux subissent des différentes formes, étant tantôt assez grands, tantôt plus petits. Dans quelques familles, par exemple chez les Nymphalides, les paronyches ne sont pas de petites lames entières, mais fendues, divisées en plusieurs lambeaux souvent fins et pointus, qui imitent quelquefois la figure des ongles (pl. I, fig. 22), donnant les vrais ongles comme fendus. Une autre exception remarquable montre les deux genres des Nymphalides, Agraulis et Euptoeta qui n'ont ui la plantule ni les paronyches aussi grandes que les autres,
RHOPALOCÈRES OU DIURNES 49
imitant par cela, la configuration des Papilionides, quoique leurs ongles soient petits et ressemblent plus au type des vrais Nymphalides.
Enfin, nous avons à noter entre les variations du type gé- néral, un caractère remarquable des ailes antérieures chez la sous-famille des Satyrides, où la base des deux nervures principales nommées antérieurement costale et médiane, est renflée, formant une petite bulle ou ampoule de figure très- allongée qui se lève sensiblement au-dessus de la surface plane de la membrane de l’aile. Une semblable configuration desdites branches se trouve aussi chez les genres Myscelia, Eunica, Byblis et Cystineur«.
Le tronc du corps des papillons diurnes ne donne pas un autre caractère général que celui de sa petitesse en comparai- son avec les ailes. Principalement l’abdomen est très-petit, d’une figure presque cylindrique, un peu comprimé des deux côtés, plus renflé au milieu chez la femelle, et engrossi à la fin chez le mâle. Au-dessous de la pointe terminale, on voit chez les mâles deux grandes valvules, cachant les organes sexuels (pl. IL, fig. 5 et pl. IV. fig. 9, À) et une ouverture accom- pagnée de lames beaucoup plus petites, ou entièrement nue chez la femelle (pl. I, fig. 3 et pl. IV, fig. 9, B).
Il nous reste à dire quelques mots de la chenille et de la chrysalide des papillons diurnes.
Concernant les premières, elles sont autant variables de figure que les chenilles en général; aucun des types déjà mentionnés plus haut ne manque à celles des papillons diur- nes. Nous en connaissons des nues et des couvertes, soit de poils, soit d’épines, mêmes des ramifiées. Un coup d'œil sur nos planches IT, IV, VI, VIT et IX montre assez clairement la variabilité des chenilles dans cette tribu. Un peu plus fixes sont les formes des chrysalides. En général, on peut dire que les chrysalides des papillons diurnes ont une figure plus varia- ble que celles des autres tribus, inclinant à des figures angu- leuses, avec des cornes, des coins et des tubercules, qui ne se trouvent pas chez d’autres. Aussi les couleurs très-vives et des taches métalliques, sont propres aux chenilles des papillons diurnes. Plus de la moitié des espèces subissent leur méta- morphose ouverte, sans coque, et les chrysalides sont tantôt suspendues, tantôt succeintes (voyez page 38). Les autres renfer- mées dans une coque ou cachées sous une enveloppe autrement
RÉP, ARG — T, V. 4.
50 INSECTES LÉPIDOPTÈRES
construite, font cette couverture assez légère et aucune chenille d'un papillon diurne ne fait des fils de soie copieux. Toutes sont pauvres en regard de la tisseranderie.
Nous divisons les papillons diurnes en dix familles, qui se distinguent de la manière suivante :
E. Ocelli nulli ; alae posticae basi valde dilatatae, liberae ; subula frenuloque deficientibus. A. Tibiis posticis in solo apice bicalcaralis. #. Pedibus omnibus utriusque sexus perfectis, plus minusve elongatis. a. Unguibus tarsorum longis, liberis, simplicibus, parum cur- vais. ]. Papilionidae b. Unguibus brevibus in apice fissis, plerumque plantula paro- nychiisque praeditis. 2. Pieridae 2. Pedibus anticis utriusque sexus imperfectis, tarso maris plerumque inarticulato. a. Unguibus tarsorum elongatis, liberis (*).
3. Danaidae
b. Unguibus tarsorum brevibus, cum plantula et paronychiis. aa, Alis oblongis, ovalibus, late rotundatis, limbo abdo- minali dilatato nullo. 4. Heliconiadae
bb. Alis anticis triangularibus, posticis limbo abdominali per fecte dilatato.
* Truncis nervorum basalium alarum anticarum angustis.
9. Nymphalidae
" Truncis basalibus nervorum alarum anticarum inflatis.
() Ce caractère se trouve seulement chez les Danaïdes du genre Æuploea; les autres genres, manquant en Amérique, ont les ongles courts, accompagnés des paro- nyches et d’une plantule.
PAPILLIONIDES 1
6. Satyridae 3. Pedibus anticis marum imperfectis, feminarum perfectis.
”
1. Erycinidae
&,. Pedibus séxœuum aequaliter perfectis, sed brevibus : par pri- num minutum.
8. Lycenenidae B. Tibiis posticis el in apice et post medium bicalcaratis.
9. Hesperiadae
HE. Ocelli duo adsunt ; alae posticae subula basaii armatae, frenulo nune praesente, nunc deficiente.
10. Casininadae
PREMIÈRE FAMILLE PAPILIONIDAE
Les Papilionides sont un groupe assez distinct de toutes les autres familles des papillons diurnes; ils se distinguent déjà par leur figure générale assez bien d'elles, soit par la petitesse de la tête, les grands yeux, les antennes en massue ronde recourbée, ou soit par les ailes allongées, les antérieures plus ou moins courbées, les postérieures par le manque de la saillie abdominale et souvent par des longues queues ou des dentelures fortes qui les caractérisent. Aïnsi tous les organes externes du corps donnent quelques caractères particuliers que nous réunirons dans notre descripcion générale.
Des antennes, nous avons déjà dit que la massue, assez forte, très-allongée et recourbée en arc (‘), donne un caractère dis- tinctif. On peut adjoindre que leur position très-rapprochée au milieu du front augmente cette particularité. De moindre
() Les genres où cette massue est droite, comme chez Doritis et Eurycus, man- quent dans l'Amérique méridionale,
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importance sont les palpes, assez petits, quoique la spiritrompe soit très-longue, mais assez fine. Les grands yeux d'une cou- leur noire ou d’un brun obscur augmentent la particularité de la tête.
Le trone du corps est passablement grand et le thorax fort convexe, à cause de la grandeur des ailes; il est généralement presque nu, orné de taches d’écailles et en outre couvert de poils, principalement le thorax. La différence sexuelle de la pointe de l'abdomen est très-forte, plus renflée chez le mâle que chez la femelle, et les deux valvules couvrant les génitaux masculins sont très-grandes, mais celles de la femelle petites. Ce sexe a un abdomen renflé au milieu et plus ovalaire que Île mâle.
D'une grande importance est la configuration des ailes. Ces organes sont très-grands et principalement les ailes antérieures très-allongées ; leur bord antérieur est fortement courbé au de- hors, la pointe largement arrondie et le bord externe faible- ment courbé, principalement chez les mâles qui ont toujours des ailes antérieures un peu plus étroites et la courbure ex- terne un peu dirigée à l’intérieur, c’est-à-dire concave au lieu d'être généralement convexe. Les deux ailes ont une cellule discoïdale fermée, d'où sortent deux rameaux au bord externe. Les antérieures présentent un caractère tout particulier dans le nombre des cellules marginales qui sont de huit, tandis que tous les autres papillons diurnes n’en ont que sept. Cette diffe- rence dépend de la direction du dernier rameau antérieur de la sous-costale, qui se dirige chez tous les autres papillons diur- nes immédiatement à la pointe terminale de l'aile, tandis que chez les Papilionides ce rameau se dirige plus en arrière au bord externe et le pénultième antérieur avant lui, à la pointe terminale. De cette manière s’intercale avant la petite cellule à fourchette une huitième cellule au bord externe. Cette cellule existe aussi chez les autres diurnes, mais elle est dirigée au bord antérieur, étant la branche antérieure de la cellule à fourchette, correspondant au dernier rameau antérieur de la sous-costale, la nervure qui occupe la pointe terminale de l'aile. Chez les Papilionides cette position prend le pénultième rameau sous-costale antérieur, et par cette raison nous avons à compter seulement trois de ces rameaux au bord antérieur chez cette famille et quatre chez la plupart des autres (com- parez les figures 10-16 de la pl. D).
PAPILIONIDES 53
Aussi le tronc dorsal, courant parallèle au bord postérieur interne de l’aile, a un petit rameau courbé tout près de la base, dirigé à la bordure postérieure, lequel manque chez tous les autres papillons diurnes (voyez les mêmes figures). Les ailes postérieures sont longues, dans la direction d'avant en arrière, mais moins larges dans la direction latérale de droite à gau- che, parce qu'il manque la saillie abdominale interne. Par ce manque elles recoivent une figure plus ou moins courbée. De la cellule discoïdale sortent six rameaux à la bordure externe. La bordure antérieure est très-élargie à la base et contient le petit rameau dirigé en avant, formant le erin chez les papil- lons qui en sont pourvus; ce rameau sort d'une petite cellule parallèle à la branche costale. La bordure interne abdominale est sans dilatation sous la forme d’une saillie abdominale, et leur nervure simple sans rameau. Dans beaucoup de mâles, cette même bordure forme une poche allongée par le repli du bord en dessus, et l’intérieur de cette poche est couvert de poils blancs soyeux.
Les pattes des Papilionides se distinguent paï leur longueur, principalement les antérieures qui sont aussi longues que les postérieures et plus longues que celles du milieu. Les jambes de la première paire ont l'éperon interne élargi, lequel manque aux autres papillons diurnes, sauf aux Castniades qui l'ont aussi. D'une longueur exhorbitante sont les tarses, mais les articles restent dans la relation générale entre eux, le premier et le dernier étant les plus grands. Chaque article porte au-dessous un double rang de petites épines, ressemblantes aux éperons plus grands qui terminent les jambes; ces éperons semblent manquer par leur petitesse aux jambes de la première paire des pattes. Très-caractéristiques sont les ongles des Papilio- nides, par leur grandeur allongée, la figure peu courbée et la petitesse de la plantule qui les porte sans s’élargir beaucoup entre eux, les enveloppant un peu à la base de chaque côté externe (voyez pl. I, fig. 21).
Les chenilles et les chrysalides des Papilionides donrient aussi de très-bons caractères pour déterminer le groupe; car les chenilles ont un organe particulier qui se trouve seulement chez elles. C’est une sorte de tentacule, tantôt double, tantôt de figure d’une fourchette qui sort soudainement, d’après les besoins de l'animal, d’une ouverture au sommet de la bordure antérieure du premier anneau du corps, avec une couleur rcu£e
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ou orange, s'étendant plus ou moins long par ces deux branches jusqu’à la longueur d'un tiers du corps (voyez pl. IL, fig.2). J'ai examiné cet organe avec soin et j'ai trouvé qu'il est formé d'une membrane fine cylindrique, vide, fermée à la fin des deux branches en pointe, et ici munie de deux muscles étroits, plats qui retirent les deux branches, quand elles sont sorties par la pression aux organes contenus dans l'intérieur du corps. La surface interne des tubes devient l'extérieur, quand l'or- gane est renversé, et cette surface est opaque, mais lisse, sans aucun appendice. L'animal fait usage de cet organe, quand il est troublé par des attaques de l’homme et des ennemis, et il lui semble être utile pour chasser les insectes parasites de la famille des Ichneumonides qui attaquent ces chenilles comme toutes les autres. En outre, la figure externe des chenilles des Papilionides est très-variable, quelques-unes étant nues et d’au- tres couvertes de prolongements externes charnus, mais aucune velue de poils, quoique lesdits appendices portent généralement quelques poils fins au sommet. La tête est luisante et noire, la surface du corps sans lustre, mais généralement teintée de très-belles couleurs. J’ai donné sur la planche IT de l'Atlas plusieurs figures avec les détails de la tête, que j’expliquerai dans le texte de cette partie de l'ouvrage. Toutes les chenilles ont dix pattes charnues sur les cinq anneaux du corps, qui les portent généralement. Ces pattes sont presque toujours noires, au moins au côté interne et sur les deux lambeaux de la plante. Aussi les crochets sont noirs et fort luisants.
Les chrysalides ne sont pas moins variables, comme le prouvent les figures de notre planche Il. Le caractère le plus prononcé est leur configuration anguleuse, qui se présente tan- tôt sur la tête, en forme d'oreilles, tantôt sur le thorax comme une forte bosse où un cône assez haut, même un cylindre, et principalement sur les côtés de l'abdomen comme des angles latéraux aigus, en continuation des enveloppes saillantes des ailes, enfin sur le milieu de sa surface supérieure, répétant la bosse du thorax. La pointe terminale de l’abdomen n’est pas très-longue, mais assez forte, et attachée avec les crochets qui la couvrent par des fils de soie à la place de repos de la chrysa- ide. Un autre moyen d’attachement forme le lien transversal au milieu du thorax, composé de plusieurs fils de soie et fixé aux deux côtés tout près du corps de la chrysalide. Ces deux moyens tiennent la chrysalide en position perpendiculaire, la
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tête en haut le dos au dehors, comme c’est la loi générale des succeints. La surface externe du corps de la chrysalide est en général opaque, granuleuse ou ruguleuse, jamais lisse et lui- sante. Quelques chenilles des espèces noires tachetées de rouge montrent une figure particulière, très-courte avec le thorax petit, armé d’une grande corne, l'abdomen globuleux renflé en boule. La couleur dominante des chenilles est d’un jaune obs- eur ou vert; quelquefois, comme chez la chrysalide du Papilio Grayi, les deux couleurs sont unies sur le même individu.
Les espèces des Papilionides vivent de préférence dans la zone tropicale, et quelques-uns des plus grands et des plus magnifiques papillons appartiennent à ce groupe.
Des genres connus, nous en avons seulement deux dans notre République, dont l’un est tout particulier au pays. Les deux senres se distinguent comme suit :
1. Papilio. Alae utriusque sexus densissime squamatae, cellula marginalis secunda furcata breviter petiolata ; valvulae genitalia maris oblegentes latae, squamosae.
2. Euryades. Alae marum squamatae, feminarum sub-nudue, hyalinae ; cellula marginalis secunda furcata longius petiolata ; valvulae genitalia maris obtegentes parvae, nudae ; femina- rum vuloa post coitum lamellis duabus peculiaribus basi unitis circumfusa.
1. Genre Papikio FaBr.
Genre très-riche d'espèces, pris ici comme habituellement, excluant les genres Ornithoptera, Leptocireus et Eurycus. Les caractères diagnostiques, déjà mentionnés plus haut dans la phrase latine, sont les suivants :
Antennes avec une massue assez forte courbée de bas en haut, nues, sans écailles. Palpes appliqués au front, à trois articles courts, le troisième bien séparé, ne surpassant pas les yeux; ceux-ci assez grands, passablement convexes. Ailes assez grandes, complètement couvertes d’écailles, sans taches ou parties transparentes; les postérieures avec la bordure ab- dominale courbée, plus où moins repliées en dessus, prinei- palement chez le mâle, et très-souveut avec une queue assez forte. Abdomen cylindrique chez le mâle, renflé au bout, ova- laire chez la femelle ; cavité des génitaux cachée sous deux
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valvules couvertes d'écailles, assez grandes chez les mâles et intimement fermées, plus petites et bâillantes chez la femelle. Chenille avec un simple tentacule fourchu, les branches assez longues, beaucoup plus longues que Île petit pédicule. Chry- salide sans taches métalliques, de figure variable, comme aussi les chenilles.
OnsERvaTION. — Il est bien connu que Lixxé partageait les espèces du veure Papilio, nommées par lui Equites (chevaliers), en deux sections, nommant les noires tachetées de jaune Achivi, et les noires tachetées de rouge Trojani. Ces divisions se trouvant assez justes ont été très-longtemps acceptées; mais à présent connaissant bien qu'il y a des espèces, dont les mâles sont Achivi et les femelles Trojani, on ne peut plus conserver ces sections auparavant ingénieusement fondées. Pour la Faune Argentine, il est possible de les accepter, parce que nous n'avons pas chez nous aucune espèce avec lesdits caractères équivoques, et par cette raison nous faisons usage des deux sections de l’ancien maître d'histoire naturelle.
A. Equites Achivi. a. Caudali 1. Papilio Thons, Lixx.
P, Alis caudatis, nigris, fascia comuni macularum luaulisque mar- ginalibus flavis ; subtus flavis, nigro-variegatis : posticis late caudatis, subtus arcu medio Lunrlarum coeruleo-albarum, et maculis et lunula in angulo anali rubris. Exp. alar. 4-57 (11-14 em.).
Linx. Mant. alt. 536.
Far. Ent. syst. III. 1. 32, 94. — Crau. Pap. exot. pl. 167. AR:
Gop. Enc. méth. IX. 62. 103. — Huegx. exot. Schm. 1. 114, IX, 102 ().
Bois». et Lec., Lépid. d’'Am. sept. pl. 12et 13. —Ej. Spec. wén. I. 355.197.
Papillon très-commun dans toute l'Amérique tropicale et sous-tropicale, répandu de la Carolinie jusqu'à la Patagonie
(‘) Pour citer cette œuvre proéminante, il faut auméroter les planches de chaque tome d’après la table systématique qui l'accompagne : c’est ainsi que j'ai fait pour obtenir les nombres adjoints en haut, Au reste je citerai seulement des ouvrages qui donnent une description ou la figure de l’espèce.
PAPILIO THOAS 57
supérieure, d'où notre collection l’a reçu ; aussi depuis long- temps connu, car il est déjà figuré dans le Thesaurus de SEr, planche 38, fig. 6 et 7.
La couleur dominante du dessus est d’un noir foncé, traver- sée obliquement par une bande jaune de taches assez larges, occupant aux ailes antérieures le milieu, et aux postérieures la base, sans être séparée ici en taches. La troisième tache de cette bande des ailes antérieures est plus longue que les autres, excavée au bord antérieur et accompagnée de trois petits points jaunesà la bordure antérieure. La bande est ac- compagnée dans sa partie postérieure par une série de lunules jaunes, tout près de la bordure externe, lesquelles se changent sur les ailes postérieures, en taches paraboliques dirigées à l'angle anal. Ces mêmes ailes ont des dents à la bordure externe et une longue queue spatulée; cette queue porte généralement une tache jaune et les échancrures entre les dents une bordure fine de la même couleur. En outre se trouve l’angle anal mar- qué d’une lunule rouge, accompagnée d’atomes bleuâtres. La tête et le corps sont noirs au-dessus, avec deux lignes jaunes au thorax. La surface inférieure des deux parties du tronc est jaune, mais la spiritrompe et les pattes sont noires, ainsi que les antennes. Les ailes antérieures sont jaunes en dessous, mais plus pâles que sur l’autre surface; les nervures restent assez largement noires, et dans la cellule discoïdale on voit quàtre lignes de la même couleur; toutes les bordures sont noires, et l’externe ornée de huit taches jaunes elliptiques. Des ailes postérieures, la base est jaune jusqu'au milieu, où court une bande noire ornée de deux petites taches d’un rouge brique et une rangée de lunules d’atomes bleuâtres, auxquelles suivent six grandes taches jaunes allongées et des bordures fines de la même couleur dans les échancrures entre les dents. La queue est aussi ornée d’une tache jaune. Enfin, l'angle anal à une lunule rouge un peu plus grande que la supérieure, se termi- nant à chaque angle en jaune.
Les deux sexes sont tout semblables de couleur et de dessin, seulement le mâle est plus cracile, principalement l'abdomen. On les distingue facilement par la différence sexuelle de la pointe abdominale en dessous.
J'ai souvent examiné la chenille et la chrysalide, donnant ici une figure de la première pl. IE, fig. 1. Leur description se trou- vera dans le texte de l'Atlas. Elle mange les feuilles des oran-
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gers et est très-commune dans tous les jardins aux environs de Rio-de-Janeiro et Novo Friburgo, où j'ai fait mon dessin. A Buénos-Ayres nous l'avons aux mêmes endroits, aussi à Mendoza je l'ai observée et dessinée (fig. 3). Elle est ici un peu plus petite et montre quelques différences, que j'expliquerai plus tard.
Ce n’est pas surprenant que l'espèce si largement répandue, du 40° L. N. jusqu’au 42° L.S., montre des variation endé- miques. Plusieurs auteurs ont fondé sur ces variations des espèces qui ne me semblent pas assez sûres, pour être acceptées. On peut dire que le caractère dominant de ces variations s'ex- prime dans la grandeur générale du corps et dans la largueur de la bande des taches jaunes de la surface des ailes, qui de- viennent plus étendues chez les individus tropiques que chez les subtropiques. Ainsi les individus, chassés par moi-même à Rio-de-Janeiro, sont de 14-16 centimètres de largeur, ayant leurs ailes étendues, et ceux de Buénos-Ayres pas plus de 12; se réduisant ceux de la Patagonie et de Mendoza à 10-11 cen- timètres. De la même manière dégrade la largeur de la bande jaune, laquelle chez les grands exemplaires de Rio-de-Janeiro ascend au bord interne dorsal des ailes antérieures, à 1,3-1,5 centimètres et reste dans les exemplaires de Buénos- Ayres et Mendoza au-dessous de 0,5 centimètre, ne surpassant pas quelquefois 0,4 centimètres.
Lesdites espèces que je peux regarder seulement comme va- riations endémiques, ou si l’on veut comme sous-espèces, sont d'après ma manière de voir les suivantes :
1. P. Cresphontes, Cran, II, pl. 165 A. et 166 B., appar- tenant à l'Amérique du Nord.
2. P. Cresphontinus, MarrT. Psyche, tab. 3, f.8 et tab. 4, fig. 10. — P. Aristodemus EsPer, ausl. Schm., tab. 59, fig. 2. — Bois. Spec. I, 357, 199. — Sara, hist. nat. de Cuba. VII, 483, tab. 14, f. 2. — P. Temenes Gop. Enc. méth. IX, 63, 104 Des Antilles.
3. P. Ornythion, Borsp. Spec. I, 354, 196, de Yucatan.
4 P. Paeon, Borsp. Spec. [. 356, 198. — Gay. Fn. chil. VII, 8.— P. Thrason Ferper, Nov. Reis. Lep. I, 74, 57. Pérou et Chili.
9. P. Cinyras, MéxérTr. Lep. Mus. Petr. IT, 111, n° 1124, table 7, fig. 3. De Bahia.
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6. Enfin, la variété de notre pays, qui peut être regardée avec le même droit pour une sous-espèce, que j'ai nommée :
Papilio Thoantiades, fiourée: Atlas, pl IV, fig. 9.
Il est toujours plus petit que le vrai P. Thoas, mais variable de grandeur entre 10-12 centimètres de largeur des ailes éten- dues, les individus de Buénos-Ayres et Entre-Rios étant un peu plus grands que ceux de Mendoza et Bahia Blanca. Il se distingue du vrai Thoas principalement par la bande jaune de la surface supérieure des ailes, laquelle est beaucoup plus étroite et comme toutes les autres taches jaunes plus claires, res- semblant au jaune de soufre; quand il est chez les individus du Brésil jaune d’'ocre. Cependant nous avons des exemplaires de la province de Corrientes, des Missions et du Paraguay qui montrent cette bande plus large que ceux de Buénos-Ayres et Mendoza, faisant de cette manière une véritable transition entre les deux types les plus éloignés. Il est digne de noter que les taches jaunes du rang externe ne participent pas de cette diminution, mais qu'elles semblent au contraire plus crandes, s'étendant souvent jusqu'à la pointe de l'aile, où elles manquent généralement chez le vrai Thoas. Maïs nous avons aussi des exemplaires dans notre collection, où quelques-unes des premières taches de ce rang manquent, au moins la première toujours très-petite et à peine indiquée. Il survient qu'à la bordure externe des ailes antérieures se présentent aussi, oppo- sées aux postérieures desdites taches, des lignes jaunes maroi- nales entre les nervures, lesquelles sont très-rarement visibles chez les Thous, mais assez souvent chez notre Thoantiades. Les ailes postérieures n'ont pas d'autre différence que la largeur moindre de la bande jaune, quoique les taches marginales jaunes soient évidemment plus grandes. La queue est un peu plus courte, plus étroite et quelquefois sans tache au- dessus. Sur la surface inférieure il ne se trouve pas d’autre différence que les taches marginales jaunes qui sont relative- ment plus grandes et les lunules bleuâtres médianes plus faibles, parce que leurs atomes sont plus dissipés.
Que la tache troisième, jaune plus longue des ailes anté- rieures n'ait pas une échancrure, comme cette tache se trouve chez le Cresphontes et Cinyras, je ne l'ai vue jamais dans nos individus ; aussi les taches rouges au milieu de la surface in- férieure des ailes postérieures, manquant aux Cinyras, sont
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présentes chez notre Thoantiades. L'Aristodemus d'Esrer se rapproche beauconp au type du Mexique et Yucatan, nommé Ornythion, par son noir moins foncé et la couleur jaune d’ocre moins vive. Notre Thoantiades est assez foncé noir, mais le jaune est très-pâle, ressemblant au soufre.
La chenille figurée pl. IL, fig. 3 est un peu plus faible co- lorée, et les taches claires blanchätres ont quelques nuances brunes ou noires. Elle vit sur les orangers des jardins et se trouve assez souvent sur lesdits arbres.
2. Papilio Lycophron HUEB\.
Mus : caudatus, alis supra flavis limbo nigro : anticis lineolis flavis in ipso margine antico : poslicis serie lunularum flavarum ante mar- ginem externum, hunulaque anali rufa. Exp. al. 3-35" (10-11 em).
- Huzex. Samml. exot. Schm. IX, 101.—Borsp. Spec. EL, 352,194. P. Astyalus Gop. Enc. m. IX, 62, 102. P. Mentor Dam. Anal. ent. 37, 2.
Var. minor : P. Mentor Borsp. Spec. génér. [. 351, 195.
Femina: alis supra fusco-nigris : anticis serie macularum flara- rum marginis externi, posticis serie lunularum majorum cum mu- culis quibusdam r'ufis.
P. Perithous Borsp. Spec. génér, I, 358, 201. — Sara, Hist. nat. de Cuba, VII, 484, tab. 14, fic. 1.
P. Lycophron fem. Ferper, Nov. Reis. Lep. I, 76,58.
P. Theophron, ibid, var., n° 59.
P. Hippomedon,, Fezver, Wien. ent. Mon. Schr. XX, 393, 34.
Nous avons cette espèce de la province de Corrientes, où elle fut chassée sur le bord de la rivière Guaiquirar ; aussi à Buénos-Ayres elle fut une fois attrapée. Elle est répandue par le sud du Brésil, le Paraguay et quelques autres parties de l'Amérique méridionale.
Les deux sexes sont complètement différents de couleurs mais très-semblables de stature; la femelle étant un peu plus ramassée avec des ailes plus larges que le mâle. Celui-ci est jaune au-dessus, sauf les bordures antérieure et externe des ailes antérieures. Une petite tache jaune occupe l'extrémité de la cellule discoïdale et avant cette tache, on en voit trois autres, dont deux sont linéaires, touchant le bord antérieur. La tête et le thorax sont noirs au-dessus, celui-ci avec deux lignes jaunes ; l'abdomen jaune avec une bande longitudinale noire
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au-dessus. Les ailes inférieures sont jaunes à la base, largement noires à la bordure externe et décorées par six lunules jaunes externes, dont la première est interrompues et divisée en deux petites taches. L’angle anal à une lunule rouge unie avec une tache jaune au bord de l’aile. La surface inférieure est jaune ; les ailes antérieures ont une raie noirâtre avant la bordure ex- terne et quatre raies de la même couleur dans la cellule dis- coïdale, Sur les ailes postérieures, on voit un rang de lunules oranges, bordées avec du noir sur le côté externe et accom- pagnées à chaque côté de lunules grisàtres plus petites. Enfin le bord externe à une série de lunules noirâtres et la queue est de la même couleur.
La femelle est noire au-dessus, avec une large bande crisâtre, traversant la base des cellules marginales externes des ailes antérieures ; son corps est tout noir, avec les palpes et des taches de la poitrine jaunes. Sur les ailes antérieures on voit 5-9 petites taches jaunes au bord externe, chacune corres- pondant à une cellule marginale. Les ailes postérieures ont les lunules jaunes, comme celles du mâle, mais ces lunules sont plus courtes et plus larges; et avant elles on voit des petites ta- ches rougeâtres, manquant généralement avant la première et la seconde lunule. Enfin la bordure externe des cellules mar- ginales est finement teinte de jaune. Au-dessous, les ailes sont noirâtres à la base et jaunâtres à la moitié externe; les anté- rieures avec les mêmes taches marginales jaunes, mais plus pâles, accompagnées d’une ligne fine avant elles; les posté- rieures avec les lunules rougeàtres et grisàtres comme les ailes du mâle, mais mieux teintes et aussi les lunules et bordures jaunes fines de la surface supérieure.
3 Papilio Cleotas Gray.
P. breviter caudatus, niger ; alis fascia maculari, guitisque mar- ginalibus flavis ; maculis fasciae in apice exlerno croceis. Exp. alar-.22%-3" (9-10 cm..):
Gray, Grirr. anim. kingd. XV, 673, Ins. pl. 86. — Boisn, Spec. génér. I. 364, 207. P. Hellanicus Hewirs. exot. buit. LV. Pap. pl. IX, fig. 27-28.
Espèce très-jolie, ressemblant au P. Grayi Boisp. et P. Victo- rinus Dousz. (P. Helleri Ken), mais un peu plus petite; la
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couleur jaune plus foncée, et les taches de la bande maculée plus étendues. Couleur du fond au dessus-des ailes noire, tra- versée par une bande de taches jaunes qui parcourent la base des cellules marginales sur les deux ailes, commençant au bord antérieur des antérieures et passant par la cellule discoïdale des deux ailes. Ces taches deviennent plus grandes depuis les premières en arrière du berd antérieur jusqu'au milieu du bord abdominal. Les taches sont séparées par les nervures noires, et chacune prend une couleur plus foncée de crocus, vers l'extrémité externe. En outre, les ailes sont notées d’une rangée de gouttes jaunes, presque lunulaires, avant le bord externe, une dans chaque cellule marginale, et d’une petite bordure jaune dans le bord externe. Les ailes postérieures sont assez bien dentelées au même bord, mais la queue est courte et très-étroite. Au-dessous les ailes montrent le même dessin, mais toutes les taches jaunes sont un peu plus grandes, et les ailes postérieures aussi à la base jaunâtre, traversées par des nervures noires. Ces mêmes ailes ont une série d’ares d’ato- mes grisâtres entre la bande jaune et les taches intramargi- nales, quelquefois assez visibles au-dessus. Le corps est noir, mais l’abdomen orné d’une série de taches jaunes sur chaque côté. Les deux sexes se ressemblent complètement.
L'espèce se trouveisur les îles de l'embouchure du Rio Paranä et sur les parties voisines des provinces Entre-Rios et Santa-Fé. Je l’ai chassée au Rosario, et je l’ai reçue de Guale- guaychü, en Entre-Rios. Une fois, un exemplaire fut attrapé à Las Conchas, au nord de Buénos-Ayres, d’autres à Cordova, dans l’intérieur.
Bb. Ecaudati 4 Papilio Polydaumas Lixn.
P. ecaudatus, ater ; alis fascia intramarginali maculorum flavarum : poslicis sublus striolis ante marginem externum rubris. Expans. alar. 4” (10 cm..).
Linx. Mus. Ulr. El. reg. 192.—Syst. Nat. 1, 2,747. 12.—Fape. Ent. syst. IIL, 1, 14, 42. — Crau. pl, 211. D. E. — Drury, exot. Ent. X, pl. 17, fig. 1,2. — Gon. Enc. méth. IX, 39, 44. — Hueex. exol. Schm, T, 130. — Bois», et Lec. Lép. d'Am. sept. 37, pl. 15. — Es. Spec. génér. I, 321, 16:
4e
PAPILIO POLYDAMAS ET MICRODAMAS 63
L'espèce la plus commune du genre est répandue par l’Amé- rique encore plus loin que P. Thoas. Aïles du dessus d’un noir verdâtre, au-dessous brun, avec la base des antérieures et les nervures noires. Sur les deux ailes, une bande de taches jaunes triangulaires, sinuées au bord externe, et une tache dans chaque cellule marginale, suivie d’une petite bordure de la même couleur à la fin des mêmes cellules; les taches des ailes postérieures un peu plus grandes et verdâtres, la bordure marcinale des mêmes ailes presque complète, interrompue seulement par les pointes noires des dents marginales. Au- dessus, les trois premières taches des ailes antérieures sont très-faibles, les autres et les bordures marginales vives. Sur les ailes postérieures manquent les taches jaunes, quoique les bordures jaunes se conservent, accompagnées dans chaque cellule marginale par une ligne rouge, fine, anguleuse, et dans les trois premières cellules d’une tache allongée blanche. Corps noir, poitrine tachetée de rouge, l’abdomen avec des bordures latérales rouges sur chaque segment dorsal. Les deux sexes complètement semblables.
La chenille déjà connue au Fagricrus, est pourvue de longs tentacules charnus sur chaque segment; sa couleur varie entre le rose blanchâtre et le brun-clair ; les anneaux ont des ceintures plus foncées et des taches latérales ovalaires plus ou moins distinctes de jaune et rouge. J'ai donné une figure pl. Il, fig. 6 de la chenille et fig. 6 « de la chrysalide, qui est verte au commencement et après d’un brun-elair. Elle a sur le thorax une haute crête, et deux autres parallèles plus basses sur l’abdomen. La chenille vit sur l’Aristolochia fimbriata, plante assez commune sur le bord des’ ruisseaux et rivières, au fond, entre les arbres et les arbustes.
5. Papilio Microdamas, Atlas, pl. V, fig, 8.
P. ecaudalus, niger : alis fascia intramarginali macularum flava- rum: posticis lunula anali rubra ; subtus fuscis, nigro-venosis, fascia pallidiori, quttisque quatuor rubris in basi alarum. Exp. alar. 3-34" (8-9 cm.).
D'une stature plus petite que l'espèce précédente, et un peu plus gracile. Aïles au-dessus d’un noir pur, au-dessous brun, avec des nervures noires. Sur les deux ailes une bande de taches jaunes, situées dans les cellules marginales ; la pre-
64 LÉPIDOPTÈRES PAPILIONIDES
mière tache des ailes antérieures allongée, la seconde dans la cellule à fourchette très-faible et petite, les autres huit ova- laires, mais de différente largeur ; les taches des ailes infé- rieures paraboliques, un peu sinuées au bord externe. Echan- crures des ailes antérieures finement jaunes, sauf les premières en arrière de la pointe arrondie; celles des ailes postérieures légèrement dentelées, plus larges. Angle anal avec une tache rouge vermillon aux deux surfaces, mais la bande jaune au- dessus des ailes de couleur blanchâtre, et celle des postérieures très-étroites vers l’angle anal, A la base de ces mêmes ailes, quatre grands points roux. Corps du papillon noir; front, occiput, poitrine et côtés de l'abdomen avec des points blancs, sur ce dernier de double rangée de chaque côté.
Nous avons un seul individu féminin de cette espèce dans notre collection, pris dans la partie du sud de la province de Corrientes, au nord de la rivière Guaiquiraré.
B. Equites Trojani. a. Ercaudati. 6. Papilio Serapis Bois.
P. ecaudatus niger, alts anticis albo-maculatis, posticis sanqguineo- maculatis, cellula discoidali tmmaculata ; omnibus insuris albis ; guttis pectoris abdominisque baseos rubris. Exp. alar. 3° (7,7 em.).
Var. æ. Maculis sex sanguineis alarum posticarum per fectis.
Spec. générales I, 295, 130, pl. 1, B, fig. 8.—Grayx. Cut. Lep. Brit. Mus. I, 45, 271. P. Osyris, Fezn. Nov. Reise. I, 30, 19, tab. 9, b. c. d.
Var. Bb. Maculis quinque sanguineis alarum posticarum ; antica
sexta obsoleta, punctiformis.
P. Orbignyanus Lucas, Rev. z0ol, 1852, 192, pl. 10, fig. 3.
Taille et grandeur de l'espèce précédente, un peu inférieure à celle du P. Polydamas. Ailes noires, les antérieures un peu grisâtres vers la pointe, avec des nervures noires, des échancrures fines blanches, une dans chaque cellule marginale, et une tache cendrée du milieu jusqu'au bord postérieur, orné en avant de deux taches blanches rondes; les posté- rieures dentelées, avec six taches allongées d'un beau rouge carmin dans les cellules marginales, dont la dernière est très-
PAPILIO PERRHAEBUS 65
étroite et la première moins large, se perdant chez la varia- tion b en petits points. Surface inférieure comme la supérieure, mais la tache cendrée et les taches rouges augmentées à sept plus faibles, celles-ci d’un rouge de rose. Corps noir, tacheté de rouge aux côtés de la poitrine et du commencement de l'abdomen. Le mâle à le repli du bord abdominal des ailes postérieures couvert de poils soyeux blancs. La femelle est très-probablement un peu différente du mâle de dessins et de couleurs moins claires.
L'espèce se trouve depuis la Colombie jusqu'au Paraguay et la partie supérieure de la province de Corrientes, d'où notre collection a reçu un mâle, le seul sexe que j'ai vu.
OBSERVATION. Le P. Cymochles Doug. GRayx. Cat. Lep. I, 50, 245, pl. 10, fig. 8, des Antilles, se distingue par une tache rouge dans la cellule discoi- dale, qui manque à notre espèce ; celle-ci est très-voisine à ladite de Dou- BLEDAY, mais je la crois distincte. Des autres espèces semblables, sont le P. Zacynthus, le P. Nephalion (Proteus Boisn, ® Vertumnus Gop.) du Brésil, le P. Arcas et le P. Vertumnus de CRAMER, de la Guyane, mais tous d’une taille supérieure à notre espèce.
Bb. Caudati
7. Papilioe Perrhaebus Boisp. (*) Atlas pl. II, fig. 10.
P.caudatus niger, viridi-micans, ciliis alarum marginalibus albis ; alis posticis pone marginem rubro-signatis. Expans. alar. 23-3” (4=%5rem.).
Borsp. spec. génér. I, 305. 140. P. Damocrates, Guéxée, Lep. d. Mus. de Genève.
Tout noir, le mâle avec un reflet faible verdâtre, le reflet vert plus remarquable; la femelle un peu moins vive colorée, brunâtre; toute la bordure externe des ailes avec une frange de poils blancs. Les ailes postérieures assez fortement dentelées, ayant une queue étroite à peine élargie à la pointe. Ces ailes ornées de petites taches rouges avant la bordure externe, deux dans chaque cellule marginale, généralement unies entre elles
() L‘ortographe Perrhebus n’est pas bonne; le nom de la nation pelasgique en Thessalie, d’où vient l’appellatif de l'espèce, s’écrit Hespañfos. RÉP. ARG, — T, V. D.
66 LÉPIDOPTÈRES PAPILIONIDES
par une ligne fine transversale. Ces points ou taches manquent souvent aux premières deux ou quatre cellules au-dessus des ailes et sont toujours un peu plus grands sur la surface infé- rieure, quoique d’une couleur moins vive, versant un peu au rose. Sur cette surface se trouve encore une petite tache rouge avant la paire des points dans l’angle anal, généralement unis en arc, et cette tache devient souvent blanche chez la femelle, plus rarement chez le mâle. Celui-ci a un repli le long de la bordure abdominale, plein de poils soyeux blancs.
La chenille figurée pl. IL. fig. 8, est decorée de petites élé- vations coniques charnues, portant sur leur sommet quelques poils fins: sa couleur dominante est noir brunâtre, avec quel- ques petites taches jaunes, distribuées d’une manière sy- métrique sur le corps et les verrues. Elle vit sur l’Aristolochia ciliata et se trouve assez commune dans les environs de Buénos- Ayres, mais toujours voisine des bords de la rivière et des ruisseaux. La chrysalide est brune, un peu anguleuse, sans caractères particuliers, ressemblant à celle du P. Polydamas, mais elle est un peu plus petite et sans les hautes crêtes dor- sales sur le thorax et l'abdomen.
8. Papilio Agavus
P. caudatus ater ; alis fascia communi alba: anticarum augusta, acuminala, posticarum dilatata, maculiformi, lunulisque margi- nalibus sanguineis ; anali dilatata. Exp. alar. 3" (7,5 em.).
Drury, exoct. Ins. III, pl. 9, fig. 4. —
SroLL, Suppl. Cram. pl. 32, fig, 1. — Gopart, Enc. méth. IX 43, 137. — Borsr. Spec. gén. I, 306,142. — Hu. exot. Schm. LAS;
? Pap. Lysander, Fagr. Ent. syst. ITT, 1, 9, 25.
Ailes et corps tout noirs, côtés du prothorax, de la poitrine et de l'abdomen avec de petites taches d’un rouge-vermillon. Sur les ailes une bande oblique blanche, commençant étroite au bord antérieur et séparée par les nervures en huit portions carrées sur les supérieures, s'étendant sur le milieu des pos- térieures en une grande tache ronde, accompagnée de deux angulaires au bord costal. Ces mêmes ailes fortement dentelées au bord externe avec une queue assez longue un peu élargie au
GENRE EURYADES 67
bout et cinq taches rouge-vermillon avant le bord externe, dont l’interne sans l'angle anal est très-crande et étendue vers la tache blanche du milieu. Surface inférieure semblable à la supérieure, sauf les taches rouges des aïles postérieures qui sont de grandeur plus égale, de figure semi-lunaire et au nombre de sept, l’anale aussi un peu plus grande que les autres.
Le mâle est pourvu du repli de la bordure abdominale des ailes inférieures, couvert de poils soyeux blancs dans l’in- térieur, comme le même sexe des espèces précédentes.
Espèce assez commune dans les environs de Rio-de-Janeiro, surtout au pied du Corcévado et dans la vallée de Rio-Com- prido; s'étendant par le sud du Brésil jusqu’au Paraguay et les Missions de la province de Corrientes, où l'espèce a été prise dernièrement par Mr. Berc.
2. Genre Euryades FELDER
Verh. d. zool. bot. Ges. z. Wien, XIV. 327 et 376.
Figure externe complètement d’un vrai Papilio, mais les deux sexes fort différents, les ailes des mâles étant couvertes d’écailles assez denses, mais celles de la femelle presque nues au moins très-faiblement couvertes, conservant un aspect trans- parent. Les aïles des mâles en outre plus allongées, prinei- palement les antérieures ; celles de la femelle plus larges et un peu plus obtuses à la pointe et les postérieures un peu plus courtes. Aussi le pédicule de la seconde cellule marginale des antérieures de figure d’une fourchette, est plus longue presque de la longueur d’une branche de la fourchette, quand chez les vrais Papilio, il ne surpasse pas un tiers de la même branche, Enfin les valvules des génitaux externes des deux sexes sont tout à fait différentes des mêmes dudit genre. Dans notre genre actuel les valvules des mâles sont petites, arrondies, frangées de poils roides et sans écailles, laissant ouvert le milieu de la cavité externe des génitaux; chez la femelle les valvules manquent complètement, laissant à découvert l’orifice de la vulve. À cette différence assez remarquable . est adjointe une autre, visible seulement chez la femelle fécondée après l’accouplement. Alors on voit sur toute la surface inférieure de la pointe de l'abdomen une membrane dure, couvrant les
68 LÉPIDOPTÈRES PAPILIONIDES
génitaux, d'où sortent deux lamelles allongées et courbées, dirigées en avant et arrondies, comme les deux lames d'un forceps d’accoucheur, et ces lamelles ne sont pas formées d'une substance semblable aux téguments du papillon, mais sans structure interne, un fluide gommeux coagulé, devenu enfin dur comme de la corne même. On ne peut pas douter que cette substance ne soit une effusion du mâle pendant l’accouplement, comme nous le connaissons sous la figure d’une poche chez les femelles du genre Parnassius.
OBSERVACION. J'ai publié sur ce genre des observations détaillées dans le Stettiner entom. Zeitung, année 1870, page 414, et année 1874, page 427; expliquant les caractères particuliers, jusqu’à ce moment non très-bien connus. Cette description sera à présent illustrée par les figures de la pl. III de l’atlas, à laquelle je remets le lecteur, en donnant dans le texte de la planche une explication nouvelle plus détaillée des objets représen- tés, ne les regardant plus ici, pour ne pas répéter la même chose plusieurs fois.
1. Euryades Duponcheli Luc.
E. caudatus ; mas niger, fascia maculari alarum flava, alisque posticis arcu guttarum sanguinearum ; femina fusco-rufescens, alis posticis arcu duplici guttarum roseo-albarum, marginalibus lunulatis. Expans. alar. 35-3£7 (9-10 cm.)
Mas: Lucas, Ann. de la Soc. ent. de France, 1839, 91. pl. 8, fig. 1. — D'Orgrexy, Dict. d’hist. nat. Atl. zool. II, Lep. pl. 2. — Notre planche IIT, fic. 4, surface inférieure.
Femina. Guéxée, Notice s. div. Lépid. du Musée de Ge- nève, avec figure. — Pap. Reevii, Wesrwoop, Trans. ent. Soc. 1872, 103. — Er. Thes. entom. 180, pl. XXXIV fig. 1. — Notre pl. IIL. fig. 1 et 6 (surface inférieure).
Surface supérieure des deux sexes assez différente, l'inférieure plus semblable, sans être tout à fait identique.
Le mâle tout noir au-dessus, avec une bande maculée jaune oblique des deux ailes, qui court dans les ailes supérieures de la base des cellules marginales externes jusqu'au bord posté- rieur. Première tache au bord antérieur rhomboïde, seconde dans la cellule à fourchette cordiforme, troisième la même plus petite, quatrième très-allongée en avant, cinquième, sixième et septième cordiformes, successivement plus grandes, hui-
EURYADES DUPONCHELI 69
tième la plus grande et cornée, neuvième étroite, mais de la même longueur que la précédente. En outre neuf échancrures marginales jaunes au bord externe. Sur les ailes postérieures la bande jaune occupe la moitié externe de la cellule discoïdale et les bases des cellules voisines, se composant de cinq taches et de deux points petits au dehors; aussi les échancrures ex- ternes plus largement jaunes et dans l’espace entre elles et la bande un arc de sept taches d’un rouge-vermillon un peu plus rapprochées à la bande jaune, dont celle de l’angle anal est la plus grande. Bord externe fortement dentelé, la queue courte, étroite, un peu élargie avant la pointe.
Femelle d’un jaune-brun avec une bordure externe noire, ornée des mêmes neuf échancrures jaunes sur les antérieures et cinq sur les postérieures ; celles-ci dentelées et pourvues d’une queue, comme Îles ailes du mâle. La bande jaune des ailes man- que, quoiqu'elle soit indiquée, par des taches du fond plus clai- res, entourées au côté interne par des bordures plus obscures ; seulement les deux premières taches du bord antérieur un peu jaunâtres. Ailes postérieures plus claires à la base, avec un arc de six taches oblongues de couleur de rose foncée par la base des cellules marginales, entourées d’un fond plus obscur, et une seconde série marginale de cinq lunules de la même couleur, entourées d’un fond presque noir. ;
L'angle anal des ailes postérieures des deux sexes profon- dément échancré, le bord abdominal fortement élevé,
Surface inférieure des ailes chez les deux sexes plus sem- blable. Les ailes antérieures du mâle complètement comme au dessus, de la femelle nues à la base, avec de longues taches jaunes depuis du milieu, une bordure noiré et des incisions jaunes, comme au dessus. Ailes postérieures du mâle noires avec la même bande jaune du dessus et deux ares des taches d'un rouge-vermillon, séparées par un arc de taches jaunes carrées assez faibles.
Les mêmes ailes de la femelle jaunes, avec des nervures noires et un arc étroit noir tout près de la base, un autre plus large au milieu et un troisième très-large au bord externe. Dans ces deux ares des tâches de rouge-vermillon, comme les roses de la surface supérieure.
Tête et corps des deux sexes noirs, les palpes jaunes, les côtés du prothorax rouges chez le mâle, jaunes chez la femelle ; l'abdomen avec des points marginaux jaunes et une tache au
70 LÉPIDOPTÈRES PAPILIONIDES
cercle de poils roux sur le septième anneau, plus large chez le mâle.
L'espèce n’est pas rare dans les provinces orientales de la République, principalement dans Entre-Rios à la frontière de Corrientes, à Cérdoba, Santiago del Estero et Tucuman. J'ai pris quelquefois les deux sexes à Paranä en 1858. Extrêmement rare à Buénos-Ayres et toujours au côté de la rivière, où la chenille vit sur la même Aristolochia fimbriata; ressemblant à celle du Papilio Perrhæbus, maïs un peu plus grande, la partie antérieure noirâtre, les anneaux depuis le qautrième gris. La chrysalide ressemble aussi à celle du même papillon.
2 Euryades Coretlhrus, Bols.
E. ecaudatus ; alis anticis maris nigro-fumosis sub-pellucidis, fascia maculari flava ; feminæ hyalinis, testaceis ; posticis maris flavis, nigro-venosis, arcu duplici macularum sanguinearum ; feminae bru- neo-lestaceis, arcu marginali lunularum albidarum. Expans. alar. 31-35 (8-9 cm.).
Mus. Bois. Spec. génér, I, 314 152. pl. 17, fig. 2. — Notre pl. IL fig. 9, en dessous. Fem. Guéxées 1.1. c. figura. — Notre pl. III, fig. 7et8.
Surface supérieure des deux sexes encore plus différente que celle de l'espèce précédente.
Le mâle noir, les ailes supérieures demi-transparentes, res- semblant par sa couleur du fond à celle de la fumée noire; ornées d’une bande de taches jaunes, distribuées comme dans l'espèce précédente, mais d’une couleur plus faible un peu grisâtre et sans détermination fixe des bordures; les échan- crures jaunes marginales un peu plus claires. Les mêmes ailes de la femelle d’un jaune-gris, avec des nervures nues tes- tacées et une bordure externe plus foncée, noirâtre, ornée d'échancrures jaunes. Au milieu quelques taches plus claires, jaunâtres dans les bases des cellules marginales.
Aïles postérieures les deux sexes plus semblables, obtusé- ment dentelées et sans queue; celles du mâle jaunes, avec les nervures, la base, un arc sur la base des cellules marginales et un autre de la bordure externe noirs: ces deux dernières or- nées de taches rouges, dont celles de l'arc du milieu sont de
EURYADES CORETHRUS 71
vermillon et celles de l'arc marginal de rose. Dans celui-là les les taches du milieu très-petites, à points, mais celle de l’angle anal très - grande. Ces mêmes ailes de la femelle d’un jaune- brun avec l'indication faible des trois arcs plus obscurs; celui du milieu sans taches, sauf une grande blanchâtre à l’angle anal; l'arc marginal avec les cinq taches de demi-lune de faible couleur rose-blanchâtre.
Corps des deux sexes noir, l'abdomen nu d’écailles, celui de la femelle gris. Prothorax avec une bordure latérale rouge chez le mâle, jaune chez la femelle; poitrine tachetée ayant la même différence sexuelle de la couleur; l'abdomen avec des points latéraux jaunes chez les deux sexes et un are terminal de poils roux chez le mâle.
L'espèce est plus rare que la précédente, maïs elle vitsur les mêmes endroits. J'ai trouvé à Paranä une paire accouplée et j'ai reçu plus tard des exemplaires de la frontière de Cor- rientes, du Rio Guaiquiraré. Une fois on à pris un mâle à Quilmes, près de Buénos-Ayres. La chenille vit probablement sur la même plante, mais elle n’est pas connue jusqu'à présent.
OBSERVATION
Avant de quitter la famille des Papilionides j'ai à adjoindre quelques ob- servations ultérieures sur les nervures des ailes, non expliquées dans la deseription générale, les comparant avec celles des autres familles des Papillons diurnes. Comptant les rameaux externes des ailes antérieures depuis l'angle antérieur jusqu'au postérieur, on en trouve neuf, dont le second et le troisième sont les deux branches de la cellule à fourchette. Chez tous les autres Lépidoptères diurnes on en compte seulement huit, parce que le rameau externe de la cellule à fourchette occupe la pointe de l’aile, mais chez les Papilionides le rameau sortant avant cette cellule de la branche sous-costale, qui chez les autres diurnes est plus court et dirigé au bord antérieur de l'aile, terminant un peu avant la pointe de l'angle termi- nal. De tels rameaux externes, les Papilionides en ont trois avant la cel- lule à fourchette. comme les papillons diurnes en général, avec quelques exceptions, par exemple chez le genre Gonopteryx et la plupart des autres Piérides. À ce caractère diagnostique des Papilionides accèdent quelques autres de moindre particularité, mais toujours d’une assez grande impor- tance. Telle est la présence d'un petit rameau transversal de conjonction entre la branche médiane et la dorsale des ailes antérieures, tout près de la base. Cette petite nervure de conjonction se trouve toujours bien par- faite chez les Papilionides, mais manque généralement chez les autres
72 LÉPIDOPTÈRES PAPILIONIDES
diurnes. Ainsi les Piérides n’ont aucun vestige de ce rameau, parce que les deux nervures principales sont très-rapprochées l’une à l’autre à leurs ba- ses. Chez les Danaïdes et les Héliconiades on voit un reste du rameau dans un accroissement tout près de la base de la médiane, se rapprockant avec un petit angle assez aigu un peu plus à la dorsale. Chez la plupart des Nymphalides cet accroissement avec l’angle aigu est aussi présent, mais sa figure particulière est plus variable. Ainsi on voit chez Colaenis Julia la pointe de l’angle prolongée au dehors en longue épine courbée, se dirigeant vers le bord externe de l'aile. La voisine espèce d’Agraulis Vanillæ n’a pas cette épine, mais un angle faible à peine visible et chez d’autres Nym- phalides plus typiques, comme le genre Paphia (ou Anaea), il manque aussi, parce que les deux branches sont également voisines l’une à l’autre comme chez les Piérides. Cette même configuration présente les grands Morphoides, principalement les espèces du genre Pavonia; plus ouverte est la distance des deux troncs chez les Morphides et Brassolides qui ont l'indication du rameau conjonctif un peu plus distincte; chez les Satyrides et les Hespériades le rameau conjonctif n'existe pas. Jamais on ne voit ce rameau conjonctif sur la surface supérieure de l’aile, seulement sur l'infé- rieure, quoique les deux branches de la médiane et de la dorsale soient assez levées au-dessus de la membrane de l'aile et bien visible à sa surface supé- rieure.
Un troisième caractère des ailes des Papilionides le donne la nervure dorsale par son rameau court mais fort, sortant de la base du tronc au côté postérieur et se dirigeant courbé au bord, terminant ici presque à un quart de la longueur du bord entier. Ce rameau donne encore un bon caractère de la différence entre les deux genres Papilio et Euryades. Car, chez Papilio, il est toujours séparé du tronc dorsal jusqu’à la base mème, se dirigeant au-dessous du tronc et prenant sa naissance au-dessous de la nervure dorsale, mais chez Euryades la base du tronc médian est entière et le rameau sort du tronc latéralement à une distance assez grande de l'articulation basilaire de l'aile. On voit ce rameau toujours sur la surface supérieure comme sur l’inférieure. Aucun autre diurne n’a pas ce rameau aussi parfait comme les Papilionides, mais on reconnait dans plusieurs familles ses vestiges. Ainsi quelques Piérides ont une très- faible nervure accessoire à la base de la dorsale, dirigée obliquement au bord postérieur. Un peu plus visible se présente une petite nervure sem- blable chez les Morphoides et même chez quelques Héliconiades, on croit voir une indication de la même nervure accessoire de la dorsale. Mais dans toutes les familles avec un vestige de telle nervure, elle est beau- coup plus faible que chez les Papilionides et la présence d’une nervure dorsale accessoire parfaite donne un troisième caractère très-diagnostique pour cette grande et la plus parfaite famille des Lépidoptères diurnes.
Les particularités des ailes postérieures sont également grandes, la prin- cipale provenant du manque de la saillie abdominale, nous l'avons avisé.
Avec celle saillie manque aussi toujours le petit rameau inter-abdomi-
FAMILLE DES PIERIDES 73
nal que les diurnes avec une telle saillie possèdent. L'autre différence donne la petite cellule entre la costale et la sous-costale à leur base. Une telle cellule manque aux autres familles, sauf les groupes des Pavoniades et Bras- solides, qui la possèdent d’une figure variable et quelquefois plus grande.
SECONDE FAMILLE PIERIDAE
La famille qui nous occupera à présent est une des mieux circonserite et facile à reconnaître par presque tous les organes du corps. — Celui-ci est petit, en comparaison avec les grandes ailes ; la tête a des yeux colorés, généralement verdâtres, toujours nus; les antennes terminent de deux ma- nières, tantôt avec une massue très-insensiblement formée et peu renflée au bout, tantôt avec une dilatation abrupte, trian- gulaire, comprimée, tronquée au bout. Les palpes sont grêles, mais assez longs. Les ailes longues ont toujours une cellule discoïdale fermée, mais le rameau récurrent, qui ferme cette cellule, est faible et plus faible que les autres nervures. Dans les ailes antérieures se trouvent sept cellules marginales, ou quelquefois six chez les espèces les plus petites, quand la cellule à fourchette, occupant toujours la pointe des aïles, est très-petite ou réduite à nulle. Les ailes postérieures ont une saillie abdominale avec deux nervures un peu inégales; le nombre de leurs cellules marginales est de six, et la branche sous-costale se divise en trois rameaux, comme chez les papillons diurnes en général et aussi chez les Papilionides. Le thorax et la base de l'abdomen sont généralement couverts de longs poils soyeux blanchâtres, très-caractéristiques pour les genres typiques de la famille. — Egalement caractéristi- ques sont aussi les pattes; soit par leur perfection complète des trois paires, ou soit par la gracilité de chaque paire et sa petitesse, en comparaison avec les longues pattes des Papilio- nides et de quelques Danaïdes. Aux jambes antérieures, remar- quables par leur grand accoureissement, manque l’éperon basi- laire des Papilionides, mais les quatre jambes postérieures ont deux éperons fins à leur extrémité. Les tarses sont longs en comparaison avec les jambes et portent des ongles très-petits, accompagnés généralemeut d’une plantule et des paronyches assez grands. Chez le genre Colias manquent ‘ces appendices.
74 LÉPIDOPTÈRES PIERIDES
Les ongles mêmes sont fendus à la pointe, terminant chacun par deux crochets fins.
Les chenilles n'ont pas de décorations externes, sauf des poils fins, qui donnent au corps une pubescence générale ; leurs couleurs sont claires, verdâtres, ponctuées de noir. La chrysalide est anguleuse, mais sans crêtes très-élevées, avec une tête pointue, élevée plus ou moins en cône, aussi d’une couleur verdâtre ou blanchâtre, souvent ponctuée de noir. Elle n’est pas suspendue, mais érigée, la tête en haut, soutenue par un lien transversal sur le dos, suivant le type des succeints.
La famille est nombreuse d'espèce et répandue sur toute la surface habitable du globe. La couleur dominante du pa- pillon est la blanche ou la jaune-elaire, et la nourriture des chenilles prise des plantes crucifères ou légumineuses. Les espèces de couleur elaire, blanche ou jaune, sont amies du soleil, elles volent au dehors des forêts, sur les plaines ouver- tes, même dans la chaleur la plus forte, cherchant de fleur en fleur le miel, et étant toujours en activité. J'ai vu souvent, pendant mon voyage au Brésil, une centaine d'individus de la même espèce arrêtés au milieu du chemin sur une flaque, ou une accumulation de boue intermêlée d’eau, cherchant l'humidité et sucant l’eau en plein soleil; tous très-agiles et s’envolant dès que mon cheval se rapprochait de leur place de repos. Les espèces de couleurs obscures des genres Leptalis et Euterpe n'ont pas cette coutume ; elles vivent dans l’ombre des forêts et ne se trouvent pas en société, tandis que celles des genres Pieris et Colis se réunissent quelquefois à grands essaims de plusieurs milliers.
Les genres se distinguent assez facilement d’après la table suivante :
H. Antennis distinctius clavatis, clava latiore. A. Alis anticis elongatis, satis angustis: clava antennarum 0b-
comic. æ. Alis lis triangularibus, in utroque sexu œqualibus, in apice oblusis 1. Kuterpe.
Bb. Alis anticis oblongis : maris aculis, feminæ late rotundatis. 2. HLeptalis. B. Alis anticis late triangularibus, clava antennarum compressa. a. His alis albis, nigro-variis. 3. Pieris. D. Alis anlicis macula rubro-aurantiact. Æ. Anmthocharis.
GENRE EUTERRE 75
HE. Antennis sensim clavalis : clava angqusta, sæpissime truncata. A. Alis anticis ovatis, late rotundatis. 5. Terias. B. Alis anticis subtriangularibus, angulo terminal obtuso. a. Antennis brevioribus, clava crassiore. &. Colias. b. Aniennis longioribus, clava angusta. #. Callidryas. €. Alis anticis in apice acutangulis. S. Goniopteryx.
]. Genre Euterpe SWAINsON.
Zool. Illustr. IL, 74. Archonias HuüEBx.
Figure générale du genre Papilio, les ailes antérieures allon- gées triangulaires, avec l’angle terminal largement arrondi; les postérieures presque circulaires, courtes en comparaison avec les antérieures ; cellule discoïdale des antérieures large, des postérieures étroite ; première cellule marginale à fourchette très-large, les branches plus courtes que la tige; nervures recurrentes des ailes antérieures étroites, des postérieures anguleuses, leur saillie abdominale peu développée. Antennes longues, la massue allongée, ovalaire, obtuse. Palpes longs, hérissés de poils roides denses, l’article dernier aigu, presque nu, plus court que le second. Pattes longues, fines, épineuses, les éperons très-petits, les ongles bien distincts, fortement fen- dus, les paronyches et la plantule assez grandes, de la lon- gueur des ongles.
Ce genre est exclusivement américain et se trouve depuis le Mexique jusqu’à la frontière du nord de la République Argentine. Les espèces sont généralement de couleur noire, tachetées de blanc ou de roux, et vivant, comme le Leptalis, dans les forêts, évitant les plaines ouvertes. Les mâles et les femelles sont de la figure et presque de la même coloration, sauf un corps un peu plus lourd et des ailes antérieures un peu plus larges chez les femelles. Les chenilles et les chrysa- lides ne sont pas encore connues.
Deux espèces vivent dans le territoire Nord de notre Ré- publique. 1. Euterpe Terens GopDarT.
E. atra, alis anticis macula disei alba, posticis utrinque macula venis partita rosea. Exp. alar. 21-2%° (6,5 -7 em.).
76 LÉPIDOPTÈRES PIERIDES
Papilio Tereas Encl. méth. IX, 38, 39 et Pieris Tereas 1bid. Suppl. 804.
Euterpe Terea Swaixs. l. l. IL, pl. 74. — Borsp. Spec. gén. I, 40h, 1:
Priamides Julus Huezx. Zutr. IT, 31, 192, fig, 383 et 84 mas.
Archonias Mercius ibid. ILT, 19, 231, fig. 461, 62 femina.
Tout noir, les ailes antérieures avec une tache ovalaire blanche, occupant chez le mâle la base de la cellule entre les derniers rameaux submédians ; cette tache plus grande chez la femelle, étendue à la cellule discoïdale et la cellule radiale précédente à la dernière ; ailes postérieures avec quatre taches roses chez le mâle, et accompagnées chez la femelle de trois points de la même couleur, situés plus en avant, dans la cellule discoïdale et les deux cellules marginales antérieures. Des- sous des ailes du même dessin, mais la tache blanche centrale des ailes antérieures plus grande et sur les ailes postérieures une raie blanche, à la base entre la nervure costale et sous- costale, deux autres de la même couleur en arrière de la ner- vure abdominale et six points triangulaires blancs à la bor- dure externe. En outre, un point blane sur le tronc de la nervure médiane des ailes antérieures et deux ou trois taches rouges à la base des ailes postérieures. Corps noir, prothorax et centre de la poitrine blancs ; palpes avec une ligne latérale blanche ; antennes blanches au-dessous de la massue.
L'espèce est commune dans l’intérieur du Brésil, je l’ai trou- vée à Novo Friburgo comme à |Lagoa Santa; aussi dans les forêts des environs de Rio-de-Janeiro elle n’est pas rare. Je l’ai reçue aussi du Paraguay et je ne doute pas qu'elle vive dans les forêts du nord du Gran Chaco. Je crois l'avoir vue à Tu- cuman.
2. Euterpe Bidihys HUEBNER.
E. nigra, alis vitta obliqua maculari alba, quitisque marginalibus el albis et flavis. Expans. alar. 24" (5,4 em.).
Delias Bithys, Zutr. III, 20, 234, fig. 467-8. 3o1sD. Spec. gén. I, 410 -7.
Couleur du corps et des ailes noire, thorax très-velu de poils grisätres, les côtes du prothorax avec une petite tache rose, de semblables taches plus grandes sur la base des deux ailes en dessous. Les deux surfaces des ailes avec une bande oblique
GENRE LEPTALIS 77
maculaire, occupant sur les antérieures la base des cellules marginales, sur les postérieures le milieu de la cellule dis- coïdale et les cellules voisines. Au-dehors de cette bande deux séries de petites taches dans chaque cellule marginale, l’une de blanches au milieu, l’autre de jaunes plus faible au bord externe. Au-dessous les ailes antérieures dessinées comme au- dessus, mais toutes les taches plus claires; les ailes posté- rieures avec des taches jaunes, mieux teintes, dans chaque cellule, occupant comme des raïes le milieu des taches blan- ches, de la bande oblique centrale, et formant deux arcs dans les cellules marginales, l’un avant le milieu de chaque cellule, l’autre à la fin. Entre ces deux taches encore une paire de taches blanchâtres dans chaque cellule. Cette description est faite du mâle, la femelle peut être un peu différente du dessin, je ne la connais pas.
Nous avons reçu cette espèce du Paraguay; elle est répandue par le sud du Brésil jusqu’à Rio-de-Janeiro et Novo Friburgo, où elle fut chassée, par moi-même, vivant comme la précé- dente dans l’ombre des forêts.
2. Genre Leptalis DALmax,
Analecta entomol. 40. Dismorphia, Huesx.
La figure particulière, extrêmement gracile, distingue facile- ment ce genre des autres. La tête est petite, les yeux sont assez grands, les antennes très-fines, avec une massue fusi- forme allongée ; les palpes courts, le dernier article petit, sans poils, les autres de longs poils roides. Ailes allongées, les antérieures étroites, pointues chez les mâles, arrondies chez les femelles, les postérieures ovalaires, avec une faible saillie abdominale. Thorax petit, mais fort bombé ; abdomen grêle, cylindrique; pattes très-graciles, les angles extrêmement pe- tits, accompagnés de très-petites paronyches.
Les espèces du genre sont particulières à l'Amérique, où elles vivent depuis les Antilles jusqu'au Paraguay ; elles se trouvent dans les forêts vierges sombres et évitent le plein soleil des champs ouverts. La chenille que Srozz à figurée (Suppl. Cram. pl. 1, fig. 5), comme celle de la Lept. Amphinome, n'appartient pas à cette espèce, mais à un Héliconiade, dont
78 LÉPIDOPTÈRES PIERIDES
quelques-uns ressemblent beaucoup par leur coloration à ladite Amphinome. Je crois que la chenille figurée par SroLz est de la Lycorea Cleobaea où L. Pasinuatia de CRAMER.
Dans le territoire de la République Argentine, on a trouvé une seule espèce, c’est la suivante :
Leptalis Thermesia Goparr. Atlas pl. IV. fig. 12.
L. alis albis, anticis fascia apicali intus sinuata, punctoque medio nigris ; poslicis anguste nigro-marginatis. Exp. alar. 127 (4,5 em.). Mas.: alis anticis sub-acutis, vilta ante marginem posticum nigra (fig. 12, A. ala.). Fem.: alis anticis obtuse-rotundatis, vitta postica nulla, (fig. 12). Varietas : puncto medio nigro alarum anticarum deficiente. Pieris Therm. Encl. méth. IX, 164, 154. — Borsp. Spec. génér. I, 424, 14.
Ailes blanches, un peu nuancées de bleuâtre ; les supérieu- res du mâle un peu plus étroites, l'angle terminal bien pro- noncé, quoique non très-aigu ; celles de la femelle plus larges, plus courtes, arrondies à la pointe. Les deux sexes avec une large bande terminale noire incluant un point blanc, et deux fois sinuée au côté interne; la femelle avec un point central noir à l’angle postérieur de la cellule discoïdale, qui manque quelquefois ; le mâle avec une raie longitudinale sortant de la base jusqu'au même angle postérieur de ladite cellule. Aïles postérieures avec une bordure noire externe dentelée intérieu- rement, et une tache olivâtre au bord antérieur. Dessous des quatre ailes sans taches noires, seulement celui des secondes avec quelques nuances grisâtres, formant deux bandes irrégu- lières transversales. Corps noir en dessus, blanc en dessous; la pointe des antennes un peu blanche; pattes blanches.
L'espèce vit dans le Brésil, depuis Rio de Janeiro jusqu'à Porto Allegro; elle se trouve aussi au Paraguay et dans les Missions de la province de Corrientes.
3. Genre Pieris SCHRANK Fauna Boica, 152. Tête assez petite, les yeux relativement grands; palpes
longs, pointus, hérissés de poils raides, inégaux de longueur, le troisième article presque aussi long que le second, ses poils
PIERIS PYRRHA À 79
plus courts, la pointe presque nue; antennes fines, assez lon- oues, la massue comprimée, plus ou moins bien séparée, obtu- sement arrondie au bout. Ailes assez grandes, les antérieures tantôt larges et assez obtuses, tantôt distinctement triangu- laires, avec l’angle antérieur externe aigu, le postérieur tou- jours arrondi; première cellule marginale à fourchette petite ou manquant, deux autres rameaux sous-costales en arrière de ladite cellule; nervure recurrente faible; ailes postérieures arrondies, avec une saillie assez large, embrassant l'abdomen. Corps petit, grêle; le thorax peu engrossi, très-velu; pattes fines, les ongles et leurs appendices très-petits.
Les espèces nombreuses du genre sont répandues sur toute la surface habitable du globe; leur couleur dominante est blanche, avec un léger teint jaunâtre au-dessus; presque toutes ont des taches ou bandes noires. Les chenilles sont allongées, cylin- driques, velues, avec des faibles granulations molles; la chry- salide, presque toujours blanche verdâtre, avec des dessins noirs, est anguleuse ou ornée de tubercules latéraux, avec une tête aiguë.
On peut diviser ce genre en plusieurs sections ou sous- genres, dont nous avons les trois suivants représentés dans notre République,
#. Massue des antennes grêle, peu engrossie. A. La petite cellule appendiculaire du rameau antérieur de la cellule terminale des ailes antérieures man- que. Perrhybris HuEBx.
1. Pieris Pyrrha Farr.
P. alis obtusis, maris albis, anticis apice nigris; feminae auran- liacis flavisque, nigro et marginatis et oitlatis. Expans. alar. 3-32 (7,6-8,0 cm.).
Fagr, Syst. Entom. 464, 95. — Es. Spec. Ins. IT,-46, 200. —- Gop. Enc. méth. IX, 155, 128. — Cram. pap. exot. 62, A. B. — Bois». Spec. I, 440, 4.
Perrhybris Eieidias Hwesx. exot. Schm. IE, 122.
Var. Pap. Iphigenia, Fagr. Ent. syst. LIT, 1, 199, 621.— Suzzer, Naturf. IX, 108. tab. 2, fig. 5. — GoparT, Enc. méth. IX, 156429:
Femina : Papilio Pamela Craw. tab. 319, A.— Goparr. Encl. IX,
db 180!
80 LÉPIDOPTÈRES PIERIDES
Le mâle esten dessus entièrement blanc, avec une large bordure noire à l’angle antérieur des ailes antérieures et une raie de couleur semblable à la base de la même bordure; la tête et le thorax sont noirs en dessus, couverts de poils blanchâtres ; les antennes noires, avec la massue blanche; l’abdomen blanc. Au-dessous les ailes antérieures ont la même couleur et dessin, sauf une petite tache noirâtre à la base du premier rameau sous-costal externe. Les ailes postérieures sont aussi blanches au-dessous, avec une bordure noire étroite en avant et large en arrière, qui forme sur trois rameaux marginaux externes des larges taches triangulaires. En outre on voit deux bandes noires, séparées par une bande rouge, traversant la cellule discoïdale et terminant l’antérieure au bord de l’aile, la posté- rieure avec la bande rouge à la fin de la cellule discoïdale. Les pattes sont noires, avec les tarses un peu blanchâtres.
La femelle est jaune d'orange à la base des ailes antérieures et jaune de soufre avant la plante. Celle-ci, la bordure anté- rieure et l’externe à l’angle postérieur sont noires, avec deux taches ovalaires jaunes dans la bordure externe, Co ponlant à la troisième et cinquième cellule marginale. De la bordure antérieure sort une grande tache noire, située dans l'angle supérieur de la cellule discoïdale et une grande raie de la même couleur accompagne la branche médiane des nervures, jusqu'au bord externe. Les ailes postérieures sont toutes oranges, avec une large bordure noire en dessus, comme celles du mâle en dessous, et deux raies noires transverses, l’antérieure sur la branche sous-costale, la postérieure sur la médiane. Le corps est noir, sans poils, avêc des écailles jaunes sur le thorax, la poitrine et le ventre; prothorax au dessus, front et palpes avec des poils blancs. Les aïles antérieures ont au-dessous le même dessin comme au dessus, les postérieures aussi, sauf que l'espace entre les deux raies noires transverses est peint, comme chez le mâle, avec une bande rouge un peu plus faible sur leur bordure antérieure.
L'espèce est commune dans le Brésil, aux environs de Rio- de-Janeiro, d’où,elle se répand au Nord jusqu’à la Guyane et au Sud à la Bande Orientale de l'Uruguay. Nous avons dans la collection des exemplaires des Missions de la province de Cor- rientes et du Paraguay. À Buénos-Ayres elle n'a été jamais trouvée.
PIERIS LOCUSTA 81
B. La petite cellule triangulaire du rameau antérieur de la cellule terminale des ailes antérieures est présente.
2. Pieris Locusta FELDER.
P. alis utriusque sexus albis, maris limbo apicali anteriorum, exlerno posteriorum nigris, albo-guttatis; feminae late nigro-limbatis. venisque alurum posticarum nigris. Expans alar. 24-24 (6-6,4 cm.)
Wien. ent. Mon. Schr. V,81, 31. — Nov. Reis. II, 175, 163, tab. 25, fig. 8, 9.
Un peu plus petite que l’espèce précédente, de la même figure ; la coloration ressemblante à celle de la Pieris Demophila Lix. (Amathonte et Molphea Cram. pl. 116, A. B. C.). Aïles du mâle blanches; les antérieures avec une bordure large de la pointe externe noire, renfermant sur leurs quatre premières cellules marginales des taches blanches successivement plus petites; cellule accessoire très-petite, à peine + ligne de lon- gueur. Corps noirâtre, thorax avec des poils grisâtres, ventre et palpes blancs, gorge et côtes du prothorax jaunes. Ailes postérieures avec une bordure noire, grise à l'intérieur, en taches sur les nervures, incluant deux petits points blancs dans les deux cellules marginales correspondant à la discoï- dale. Antennes noires, massue blanche.
La femelle a les mêmes dessins, mais toutes les bordures noires sont un peu brunâtres et plus larges, lavées au gri- satre vers le centre des ailes postérieures et occupant aussi la base avec le bord postérieur des “antérieures. Les nervures du centre des ailes antérieures sont blanches, celles des ailes postérieures noires, et tout le disque entre les rameaux de la branche médiane parsemé d'écailles brunâtres. Sur cette large bordure brunâtre deux petites taches blanches sur cha- que aile, occupant les deux premières cellules marginales, non compté dans les ailes antérieures la petite cellule accessoire, qui est plus grande que chez le mâle, presque deux lignes de longeur (4%),
Au-dessus, les ailes antérieures du mâle sont dessinées et peintes comme au-dessus ; les postérieures sont grisâtres, avec la bordure postérieure noire, des taches jaune de citron dans toute les cellules marginales antérieures et externes, et trois taches rouges à la base. La femelle est en dessous complè-
RÉP, ARG. — T. V. 6.
82 LÉPIDOPTÈRES PIERIDES
tement du même dessin, mais les couleurs sont un peu plus faibles.
L'espèce fut rencontrée, par M. BERG, pendant son voyage aux Missions de la province de Corrientes, dans les forêts vierges, volant dans l'ombre des grands arbres, et cherchant de préférence des endroits obscurs et humides.
Er, Massue des antennes plus courte et plus grosse, un peu plus renflée. A. Ailes supérieures obtuses, l'angle terminal presque arrondi. La petite cellule triangulaire appendiculaire à la terminale est présente.
Les espèces de ce groupe vivent dans la zone tropicale, quelques-unes entrant aussi dans les régions les plus au nord de la République Argentine. Telles sont les deux suivantes :
3. Pieris Buminae HUEBN.
P. alba, alis anticis limbo apicali lato punctoque medio nigris ; posticis subtus flavescentibus, punctoque duplici centrali nigro. Exp. alar. 34-34'/ (8-8,3 cm.).
Catophaga Buniae, exot. Schm. IT, 126. — Boisp. Spec. gén. I, 530, 156. P. Endeis Gonarr Encl. méth. IX, 158, 135.
L'une des plus grandes espèces du genre, répandue depuis Rio-de-Janeiro au sud jusqu'à Porto Allegro, Paraguay et la Bande Orientale de l’'Uruguay. — Tout blanc, tête, thorax et
-abdomen au-dessus noirs; front, sommet de la tête et pro- thorax couverts de poils noirâtres, l’autre partie du corps jusqu’au milieu de l'abdomen avec des poils fins blanchâtres. Les ailes blanches, les antérieures ayant une large bordure noire sinuée au côté interne, occupant l'angle terminal, et un grand point noir sur la nervure recurrente; les ailes posté- rieures avec des taches noires au bord externe, une sur chaque rameau des branches sous-costales et médianes ; ces taches, plus grandes chez la femelle, grisâtres au côté interne. Massue des antennes blanche. Aussi les pattes de la même couleur. Dessous des ailes antérieures comme au-dessus, mais la bordure noire de cette surface d’un gris-jaunâtre ; les ailes postérieures pâles, jaune de soufre, avec l'angle basal et la bordure antérieure jaune d'orange et deux points noirs sur la
PIERIS PYLOTIS ET MONUSTE 83
> nervure recurrente. — Première cellule marginale à fourchette des ailes antérieures très-petite, à peine reconnaissable à la surface supérieure.
4. Pieris HPylotis GoDArr.
P. alba, alis anticis limbo apicali punctoque medio nigris; posticis subtus flavescentibus, puncto unico centrali nigro. Exp. al. 2” (5 em.). Enyel. méth. 158, 137. — Borsp. Spec. génér. I, 530, 135.
Stature de l'espèce précédente, mais beaucoup plus petite et les ailes antérieures encore un peu plus obtuses, de couleur toute blanche des deux surfaces, la supérieure avec une large bordure terminale fortement sinuée au côté interne sur les ailes antérieures et un point noir sur la nervure recurrente ; dessous des mêmes ailes également colorées, sauf une petite bordure orisâtre à l’angle externe. Aïles postérieures au-dessus sans taches, au-dessous d’un jaune pâle de soufre, avec un petit point noir à la fin postérieure de la nervure recurrente. Corps noir au-dessus, blanc au-dessous ; le thorax couvert de poils blanchâtres; front et palpes marqués de blanc; antennes brunes, la massue jaunâtre.
Cette espèce est encore plus commune que la précédente et plus répandue au Sud; nous avons des exemplaires recueillis à la frontière méridionale de la province de Corrientes.
OBSERVATION. — M. Boispuvaz à dit avec raison que les deux espèces Buniae et Pylotis sont les représentantes sud-américaines des espèces d'Europe Brassicae et Rapae.
B. Ailes supérieures plus évidemment triangulaires, l’an- gle antérieur externe plus ou moins aigu. a. Une très-petite cellule triangulaire se trouve aux bout des ailes antérieures, appendiculaire du; pre- mier rameau de la cellule terminale.
5. Pieris Nonusée LiInx.
P. colore maris albo, feminae flavescente ; utroque sexu limbo ala- rum nigro ; anticarum latiori, lineolis duabus albis. Exp. alar. 24” (6,4 em.).
Linx. Mus. Ulr. Eleon. reg. 257. — Syst. Nat. IT, 760, 80. —
Crau. pap. exot. 141, F. — Gon. Encl: méth. IX, 141, 79.
84 LÉPIDOPTÈRES PIERIDES
—_ Borsr. Spec. gén. I, 495, 88.— Huesx. exot. Schn. I, 137.
Fem.: Pap. Phileta Fasr. Syst. Ent. 471, 119. — Ej. Ent. syst. IIL. 1, 190, 590. — Borsp. Spec. gén. I, 550, 161. Pier. Suasa Bois». [. !. 549, 160.
Varietas: P. Cleomes Boisr. et Lec. Lép. d’Amér. Sept. 43, pl. 16.
P. Orseis Gop. Encl. méth. IX, 141, 78. P, Albusta Sep», Lep. d. Surin. pl. 141.
Mâle: Couleur principale blanche au-dessus; jaune pâle au-dessous ; tête avec une bordure orange en arrière des yeux, thorax et abdomen grisâtres, le premier couvert de longs poils ; antennes noires, annelées de blanc, la massue jaune au-dessous. Ailes antérieures largement bordées de noir à l’angle terminal, cette bordure dentelée au côté interne, renfermant deux lignes blanches ; ailes postérieures avec des taches marginales noires triangulaires, correspondant aux rameaux des branches sous- costale et médiane. Les parties au - dessous noires, d’un jaune- grisâtre ; les nervures aux ailes postérieures de la même couleur avec une bande imparfaite transversale au milieu. — La femelle ressemble par les dessins au mâle, mais la couleur fondamentale des ailes est jaune-verdâtre au-dessus et celle du dessous plus vive, jaune d'œuf clair; les dessins noirs et grisàtres sont un peu plus larges, plus foncés et sur les ailes supérieures aussi la bordure basilaire antérieure de la même couleur, s'étendant à la cellule discoïdale et terminant sur la nervure recurrente avec un point isolé noir. ,
L'espèce est répandue de la Géorgie de l'Amérique septen- trionale jusqu'à Porto Allegro, Paraguay et les Missions de la province de Corrientes. — La chenille a été figurée par ABgor et Sepp dans les ouvrages cités plus haut ; elle est d’un vert- violet, avec des bandes longitudinales, jaune-citron ; tête, pattes et dessous du corps d’un jaune un peu verdàtre. La chrysalide d’une couleur pâle, jaunâtre, nuancée de noirâtre, a une crête sur le milieu du dos. La chenille vit sur Cleome pentaphylla. Il semble que Srozz figure aussi, pl. IV, fig. 2, la même chenille et la chrysalide sous le faux nom de Pap. Lyn- cida (Cram. pap. exot. pl. 131, B), car cette espèce vit dans l'Ancien Monde, à Java et les îles voisines, tandis que la che- nille figurée est de Surinam, où se trouve vulgairement notre Monuste.
PIERIS AUTOMATE ET ILAIRE 85
5. Pieris Automate. Atlas, pl. IV, fig. 11.
P. alis albis, anticis in summo apice fusco-nigro-limbatis, posticis subtus flavescentibus. Exp. alar. 257 (5,5 cm..).
Stature et grandeur de l'espèce précédente, aussi du fond de la même couleur, sauf le jaune du dessous, un peu plus pâle. Corps au-dessus noir, le thorax couvert de poils fins, blan- châtres, sauf au prothorax, où ils ont un teint jaunâtre un peu rougeâtre. Ailes antérieures avec une faible bordure antérieure noirâtre, plus large au bout, ici dentelée au côté interne; cette même région de la surface inférieure et celle des ailes posté- rieures un peu jaunâtres. Antennes brunes ou noirâtres, faible- ment dessinées des écailles blanches ; la massue termine en blanc-verdâtre.
Nous avons cette espèce de la Sierra de Cordova, où elle fut découverte par M. BerG, qui lui a donné le nom. Elle ressem- ble. beaucoup au P. Monuste, sauf qu'elle est un peu plus petite.
Bb. La petite cellule triangulaire appendiculaire au pre- mier rameau de la cellule terminale manque. aa. Nervures des ailes inférieures sans bordures noi- res. Daptomura (au lieu de Daptonoura) Burz.
7. Pieris Hlañre GODART.
P, alis maris albis, auticis in summo apice griseis ; feminae anticis albis, posticis flavis ; illis limbo terminali late utrinque, his subtus limbo postico nigris. Exp.'alar. 25-257 (6,5-7 em.).
Mas.: Encl. méth. IX, 142, 83. — Borsp. Spec. gén. I, 491,
80. — Pory. Cent. Lep. Cub. av. fig. Mylothris Margarita Hvsex. exot. Schm.IT, 121. Fem.: P. Mysia Go». l. 1. 87. — M. Molpadia Hvesx. {. l. L, 35.
Espèce remarquable par la figure très-allongée triangulaire des ailes antérieures et le manque de la petite cellule triangu- laire au bout des mêmes ailes.
Le mâle est généralement un peu plus petit que la femelle, tout blane, le corps noir au-dessus, tête et thorax couverts de poils blancs, la massue des antennes peu élargie, jaune en dessous. Ailes antérieures avec une bordure antérieure grisâtre
86 LÉPIDOPTÈRES PIERIDES
et quelques nuances de la même couleur au bout externe; les postérieures un peu jaunâtres au-dessous avec la bordure de l'angle basal antérieur jaune. La femelle, un peu plus grande, a les ailes antérieures blanches avec la bordure antérieure finement noire et aussi toute la pointe des mêmes, jusqu'au- près de l’angle postérieur. Les ailes postérieures sont d'un jaune de citron, bordées de jaune d'œuf en arrière et des taches noires souvent unies en bande marginale complète, ou inter- rompue par des taches jaunes. À la surface inférieure, les ailes ont toutes ces bordures noires de couleur brunâtre, les anté- rieures montrent une tache triangulaire correspondant à la fin de la cellule discoïdale et les postérieures deux taches jaune d'orange, l’une à la base en avant, l’autre à l'angle anal. Aussi le prothorax a une tache orange à chaque côté.
Il ya des variations des mâles, imitant plus oufmoins la coloration de la femelle, quoique toujours plus pâle ; très-rare- ment la femelle ressemble au type du mâle par ses couleurs.
L'espèce est répandue dans presque toute l’Amérique méri- dionale et se trouve encore aux Antilles. Nous avons dans notre collection des exemplaires du Paraguay et des Missions de la province de Corrientes.
8. Pieris Achamantis BERG.
P. omnino alba, corpore supra nigricante, albo-hirto ; alis anticis in margine antico maculaque in apice cellulæ discoidalis nigris. Expans. alar. 24° (6,4 cm.). |
Acta Acad. Nac. d. cienc. exact. X, 67, 4, et 155. P. van Volxemi, Capronx. Ann. dé la Soc. ent. Belgique X VII, 11, pl. I, fig. 1, et Bulletin. Ser. II, N°. 42, page 6.
Stature et grandeur d’un petit mâle de l'espèce précédente : couleur toute blanche, le dos du corps noirâtre, couvert de poils blanchâtres sur le thorax, bordure postérieure des yeux orange. Ailes antérieures très-aiguës, assez faiblement couvertes d’écail- les, la bordure antérieure finement noire, les premiers rameaux marginaux avec des petits groupes triangulaires d’écailles noires, à la fin de la cellule discoïdale une tache noire trans- verse; les ailes postérieures tout-à-fait blanches au-dessus. Aïles antérieures au-dessous figurant les mêmes dessins, les postérieures avec une bordure fine jaune externe, mieux pro-
.
PIERIS MENACTE 87
noncée du bord antérieur jusqu'à la base et quelques écailles noires accompagnant les rameaux marginaux externes à la fin. Antennes noires, annelées de blanc, la pointe de la massue blanche.
L'espèce se trouve dans la Patagonie, depuis Bahia Blanca | jusqu'au Rio Negro, à Carmen de Patagones.
O8sERvATION. — Le nom donné par M. CaPRONNIER {(l. L.) ne peut être conservé, parce qu'il est fondé sur une double erreur. M. VAN VoLxEm n'a pas chassé lui-mème l'espèce, et celle-ci n’est pas de Buénos-Ayres ; il possède son exemplaire par cadeau de M. François MoRENo, qui l'avait reçu de El Carmen, au Rio Negro en Patagonie ; c’est ce que m'a dit M. Moreno lui-même.
9. Pieris Menncete Bols. Atlas, pl. IV, fig. 10
P. alba, alarum anticarum summo margine nigro, apiceque nigro- adsperso ; sublus unicolor subflavescens. Expans. alar. 2” (6 em.). Borsp. Spec. génér. I, 517, 116.
Plus petite que l'espèce précédente, mais de la même figure générale. Aiïles d’un blanc crétacé, principalement chez la fe- melle, les antérieures avec la côte finement noire et les rameaux marginaux externes lisérés d’écailles noires, plus denses chez la femelle. Dessous des ailes postérieures et la pointe des’ an- térieures un peu lavées de jaune-soufre pâle, couleur un peu plus forte chez la femelle, avec un petit point orange pâle à la base. Corps au-dessus noirâtre, thorax couvert de poils blan- châtres; ceux du prothorax et les bordures postérieures des yeux, jaune pâle; antennes noires, couvertes des écailles blan- ches, bout de la massue blanc.
L'espèce n'est pas rare à Buénos-Ayres, où elle se trouve principalement sur les bords de la rivière et les îles, entre les embouchures du Rio Paranä; elle est répandue jusqu’au Paraguay.
bb. Nervures des ailes postérieures accompagnées de { e x 0 . nm e bordures noires à la surface inférieure.
88 LÉPIDOPTÈRES PIERIDES
10. Pieris Autodice HuEBx.
P. alba, alis anticis supra maculis marginalibus et ante marginem nigris; posticis sublus venis nigro-marginalis. Expans. alar. 2° (Om)
Huezx. exot. Schm. II, 128 et Zutraege fig. 151-2. — Borsp. Spec. gén. I, 539, 149. — Berc. Acta Ac. nac. I, 65 -1. Pontia Mercedis Esca. Korzes. Reise, LIT, 215, tab. 9, fig. 22.
Espèce assez commune à Buénos - Aires, répandue par toute la République jusqu'au Paraguay au Nord et à la Patagonie supérieure au Sud. Ailes blanches en dessus, les antérieures avec des raies noires triangulaires le long de la bordure externe, occupant les nervures radiales et diminuant d'avant en arrière ; avant ces raies une série de taches rondes dans les cellules mêmes, aussi une grande tache transversale à la fin de la cellule discoïdale; toutes ces taches plus grandes chez la fe- melle, manquant les postérieures chez les mâles. Ailes infé- rieures sans taches au-dessus chez le même sexe, avec deux ou trois petites dans les cellules marginales chez la femelle.
Au-dessous se trouvent les mêmes taches aux ailes anté- rieures, mais les nervures de la pointe des ailes et celles des ailes postérieures sont accompagnées de deux lignes fines noires etentre ces lignes une tache dans chaque cellule, de figure d’un V dans les cellules marginales, ronde dans la costale, et allongée en raie dans la discoïdale, avec une raie latérale jaune d'orange plus foncée que le fond des ailes jaune-verdâtre. Tous ces dessins moins foncés chez le mâle. Corps noir en dessus, blane en dessous; le thorax couvert de longs poils blanchâtres,; bor- dures postérieures des yeux orange; antennes noires, finement annellées de blane, la massue terminant en blanc.
La chenille, décrite par M. Ber& /. {. est d’un vert-bleuâtre, avec des points noirs assez denses et quelques poils blanchâtres, son corps couvert de petites verrues, comme chez les chenilles de cette famille en général. La chrysalide est blanche, ponctuée de noir et ressemble beaucoup à celle de P. Rapae. La chenille vit sur le Raphanus satinus, Lepidium nuderale, plante très -com- mune à Buénos-Ayres sur les toits des maisons vieilles, et aussi
sur Cestrum Parqui, plante servant de nourriture à beaucoup de chenilles.
PIERIS DEMODICE ET MICRODICE 89
11. Pieris Demodice BLAncr.
_ P. venis alarum nigris, macula sagittaeformi in quaque cellula marginal; als posticis subtus maculis aurantiacis. Expans alarum 12” (4 cm.). Mas.: fundo alarum albo, Fem.: fundo alarum griseo. — Bzaxcu. dans Gay. Fn. chil. VII, 13. — F&zper, Verh. zool., bot. Ges. z. Wien, 1862, 444. — Berç. Acta etc. X, 66, 2.
Beaucoup plus petite que l’espèce précédente, de la même stature générale et d’un dessin semblable. Le fond des ailes chez le mâle, blanc, chez la femelle, grisâtre; toutes les ner- vures noires. Au-dessus une tache triangulaire ou sagittée dans chaque cellule marginale des deux aïles postérieures, ces taches plus fortes dans les antérieures que dans les postérieures chez le mâle, mais également fortes dans les deux ailes et un peu plus larges chez la femelle. En outre une tache transver- sale à la fin de la cellule discoïdale des ailes antérieures. Au- dessous, les dessins comme au-dessus, mais le fond des ailes postérieures jaunâtre et une tache ou raie jaune plus foncée dans le milieu de chaque cellule. Corps noir en dessus, le thorax très-velu de poils blanchâtres; antennes noires, an- nelées de blanc, la pointe de la massue blanche.
L'espèce a été apportée par M. Bere de la Patagonie, des environs du Rio Santa Cruz au sud dudit territoire.
12. Pieris Microdice BLaxcu.
P. alba, alis supra maculis marginalibus trigonis fasciaque intra- marginali angulata nigris ; posticis sublus flivis, venis nigro-margi- natis. Exp. alar. 14°” (3,8 cm.).
BLzancxaRD l. 1. 14: — Beré L. |. 3.
Cette espèce, encore un peu plus petite, que la précédente, lui ressemble par le dessin de la surface supérieure des ailes, et à la P. Autodice par le dessin de la surface inférieure. Celle- là est blanche d’un reflet de nacre, avec des taches triangu- laires noires sur les nervures marginales et une bande de la même couleur avant les taches, formée de petits ares, un dans chaque cellule marginale. A la fin de la cellule discoïdale des
90 LÉPIDOPTÈRES PIERIDES
ailes antérieures se trouve aussi une grande tache noire. Au- dessous, les ailes antérieures ont presque le même dessin; les postérieures sont jaunes, un peu oranges sur le bord antérieur ; les nervures accompagnées à chaque côté d’une ligne noire et celles des rameaux marginaux, unies par une bande onduleuse d'ares noirâtres. Dans la cellule discoïdale se trouvé une raie noirâtre et une autre dans la cellule entre le dernier ramgau de la branche médiane et le premier de la branche abdominale ; enfin, sur la nervure recurrente, une tache blanche, presque nue d’écailles. Le corps est blanc au-dessous, noir au dessus, très-velu de poils blanchâtres jusqu'au milieu de l'abdomen. Les pattes sont blanches, les tarses d’un brun-elair; les antennes noires, annelées de blanc et la surface inférieure de la massue jaune-blanc.
L'espèce a été rapportée par M. Ber« de son voyage en Patagonie, chassée par lui-même, à la colonie du Rio Santa- Cruz. Les exemplaires décrits par BLaAncnarT furent pris aux environs du détroit de Magellan.
4. Genre Amthocharis Boisp. Spec. génér. [, 556
Tête petite, yeux relativement grands; palpes assez longs, hérissés de poils roides, le dernier article plus court que le second, mais bien visible, généralement pointu ; antennes cour- tes, terminées par une massue ovalaire comprimée. Aïles pe- tites, d’une texture très-délicate ; les supérieures généralement avec une grande tache jaune d'orange avant la bordure ter- minale noire. Chenille et chrysalide très-grêles, celle-ci at- ténuée aux deux extrémités, sans tubercules latéraux et sans anneaux mobiles de l'abdomen. Ce genre n’a pas été trouvé jusqu’à présent dans la République Argentine; mais comme il y en à une espèce au Chile, j'ai cru utile de donner une courte description d'elle, parce qu'il serait possible qu'on la chasse aussi dans le territoire occidental de notre République, prin- cipalement dans la Patagonie.
On a divisé le genre en plusieurs sections, d’après la figure du dernier article des palpes. Le groupe contenant l'espèce du Chili, nommé par Dougzepay Eroessa (Gen. diurn. Lepid. X, 56.), se distingue par le dernier article des palpes non pointu, et par
. GENRES ANTHOCHARIS ET TERIAS 91
la présence d’un petit rameau supérieur sortant de la cellule discoïdale qui n’existe pas dans les espèces de l'Ancien Monde et de l'Amérique du Nord.
Anthocharis ehilemis GUÉRIN
A. alis albo-flavescentibus ; anticis fascia apicali nigra, macula auroro-rubra antecedente ; posticis maculis sex marginalibus subtusque maculis viginti nigris, nec non quatuor fulois. Expans. alar. 1-1L” (2,5-3 em).
Guer. Voy. d. 1. Coq. Zool. IT, pl. 15, fig. 1. — Borsp. Spec. gén. I, 566, 11. — Gav: Fauna chil. VII, 15, 1.
Aïles d’un blanc légèrement soufré; les antérieures ayant le sommet peu arrondi et couvert d’un très-large espace noir, sinué intérieurement, marqué d’une tache transversale oblongue d'un rouge foncé, arrondie extérieurement et sinuée sur son côté interne; échancrures jaunâtres. Ailes postérieures offrant à l'extrémité une rangée marginale de cinq à six points noirs. Dessous des premières ailes ayant outre le dessin du dessus, une rangée marginale de taches jaunâtres ; dessous des secondes d'un jaune soufre, parsemée d’une vingtaine de petites taches noires et quatre à cinq taches fauves.
Chassé à Concepcion (37° L. S.).
OBSERVATION. — N'ayant pas vu celte espèce j'ai été obligé de copier la description de BorspuvaL et la diagnose de BLancHaRD.
5. Genre F'erias SWAINSON
Zool. illustr. EL, pl. 22
Xanthidia Borsp. et Leconre antes. Eurema Hueex.
Stature assez petite, corps grêle, tête très-petite, yeux grands; palpes courts, leur dernier article très-court, seul couvert d'écailles; antennes très-fines, la massue faiblement engrossie, allongée, terminant avec un article ovalaire, arrondi au bout. Ailes grandes, en comparaison du corps, les supérieu- res largement arrondies, sans angle externe avancé; les posté- rieures ovalaires; nervures particulières, avec trois rameaux antérieurs de la sous-costale et six cellules marginales externes. Pattes très-graciles, les jambes antérieures très-courtes, sans
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92 LÉPIDOPTÈRES PIERIDES
éperons, les tarses plus longs ; les ongles très-petits, fort cour- bés, accompagnés d’une plantule et des paronyches.
Les chenilles et les chrysalides ont toute la figure de celle du genre Callidryas, sauf qu’elles sont plus petites. Les espèces de couleur blanche ou jaune avec une bordure noire externe aux ailes antérieures, vivent dans les zones subtropicales et tropicales des deux hémisphères et sont plus nombreuses dans le Nouveau-Monde que dans l'Ancien, où elles manquent à la faune européenne et de l’Asie boréale, Nous en avons trois dans notre République.
1. Terias Agave Farr.
P. flava, alis anticis in apice late nigris : posticis sublus fasciohis abbreviatis rufis, maculaque costali transversa fusca. Exp. alarum 17-41 %(8;0"1Cmt):
Pap. Agave FaBr. Mant. Ins. TI, 19, 202. — Es. Ent. syst. III, 1, 195, 599. — Doxov. nat. repos. pl. 6, fig. 2.
Pier. Agave GoparT, Enc. méth. IX, 135, 52.
Ter. Ag. Bois». Spec. gén. I, 656, 5. — Huezx. Zutr. exol. Schm. V, 24, 448, fig. 895, 96.
Ter. Deva Dousz. gen. diurn. Lep, [, 78, 7.—Bares, Journ. of Ent. I, 249, 3.
Ter. chilensis Bzancu. Gay, Fn. chil. VIL 17, pl. 1, fig. 5.
Ter. Agavoides WazLEeNGr. Wien. ent. Mon. VII, 67, 33.
L'espèce la plus grande du pays, mais assez variable de grandeur ; les exemplaires les plus petits surpassent à peine 1 pouce (2,5 cm.) d'envergure et les plus grands jusqu’à 2 pouces (5 em.). Généralement, ceux de Buénos-Ayres sont un peu plus petits que les mêmes du Brésil. — Couleur dominante des deux côtés, jaune de citron ; le dos du corps noirâtre, avec de longs poils blanes sur le thorax ; antennes noires, au-dessous brunes, la pointe blanchâtre. Aïles antérieures avec une large bande semi-lunaire à l’angle externe, lisérée de blanc au bord an- térieur, et des points’ noirs sur les deux ailes à la fin des ner- vures séparant les cellules marginales. A la surface inférieure la bande terminale est rougeâtre, et quelques taches allongées de la même couleur aux ailes postérieures, formant trois ban- des transversales étroites, çà et là interrompues, dont une tache allongée, plus obscure, noirâtre, se trouve au bord anté- rieur de Ifaile. Pattes jaunes.
Ê TERIAS ALBULA 93
OBSERVATION. — Le changement du nom de Agave en Deva me semble une innovation innécessaire, l’Agave de CRAMER ayant déjà trois noms de différents auteurs et étant assez bien déterminée, comme différente, par ces dénominations.
2. Terias Albula CRAMER.
T.tota alba, limbo alarum anticarum externo nigro ; alis posticis subtus fasciolis quibusdam angustis griseis, interdum evanescentibus. Exp. alar.: 17-157 (8,1-3,8 cm.).
Crau. pap. exot. pl. 27, E. — Gonarr. Enc. méth. IX. 138, 65. — Boisp. Spec. gén. I. 682, 50. — Bates Journ. of Ent. I. 243, 10.
Pier. Sinoe Gon. l. 1. 138, 66. — Borsp. [. L. 683, 51.
Pier. Cassiae Sere, pap. d. Surin. pl. 56.
Espèce assez commune à Buénos-Ayres, répandue par les provinces orientales de la République jusqu’au Brésil et la Guyane. — Tout blanc; les ailes antérieures avec une bordure noire externe, qui court un peu au bord antérieur, mais ne touche jamais l'angle postérieur externe des ailes ; aussi une faible raie grisâtre à la base, entre le bord externe et la bran- che sous-costale, Aïles postérieures tout-à-fait blanches. Sur- face inférieure un peu tirant en jaune, et chez les individus du Brésil évidemment jaunes; les ailes postérieures avec des faibles taches grisâtres, se formant en bandes transversales, interrompues de la même manière que dans l’espèce précé- dente; généralement la tache au bord costal et une autre plus allongée, traversant les rameaux terminaux de la branche sous-costale, plus prononcées.
Sepp a figuré la chenille et la chrysalide; les deux sont vertes, la chenille avec une raie latérale jaune. Ellé vit des feuilles de Cassia.
OBsERVATION. — Les individus de Buénos-Ayres sont généralement un peu plus grands que ceux du Brésil, mais aucun. n’est pas si grand que Ja figure de Sepp. Le Mancipium fugax Nise de HuEBneR (Exot. Schm. I, 146), que BoispuvaL pense unir avec cette espèce, n’est pas la même; notre P. Albula n'a jamais des ailes antérieures jaunes et les postérieures bor- dées de noir; c’est, d’après mon opinion, la vraie Terias Nise de lui-même (Spec. gén. I, 657, 7) ou le Pier. Neda de Govarr (Encl. méth. IX, 135, 54). Le Mancipium fugax mâle de HueBnER ou le Terias tenella de Boisp.
94 LÉPIDOPTÈRES PIERIDES
(657, 6), 4 laquelle appartient aussi la figure K. L. de la pl. 20 de CrAMER, est une espèce différente que nous avons dans notre collection de Rio- de Janeiro.
3. Ferias Elathen CRAMER.
T. alis et albis et flavis, anticis margine basali cinereo fasciaque arcuata terminali nigra ; posticis vel limbo nigro dentato, vel lineolis quibusdam marginalibus ; omnibus subtus punclo gemino nigro. Exp. alar. 1” (2,5 cm)
Mas.: alis anticis flavis, vitta postica marginali nigra, aurantiaco-
terminala.
Fem.: fundo alarum omnium albo ; anticis sine vitta marginal
poslica.
Craw. pap. exot. pl. 99, C, D. — Rossez Ins. Bel. IV, Taf,3, fig. 4 — Fagr. Ent. syst. IE, 1, 196, 610. — Goparr Enc. méth. IX, 136, 58. — Bois. Spec. gén. I, 664, 19. — Lucas, pap. exot. pl. 39, fig. 1. — Bates, Journ. of Ent. T, DLINS Terias vitellina Fezner. Nov. Reis. Lep. IT, 202, 209. — Plataea Es. ibid. 203, 210.
Une des plus petites espèces du genre, répandue par l’Amé- rique méridionale depuis les Antilles jusqu'à Buénos-Ayres, où dans les bosquets à l'embouchure des ruisseaux entrant dans la rivière, elle n’est pas rare. — Corps blanc, surface su- périeure noire-grisàtre; antennes annelées de blanc au-dessous. Ailes antérieures d’un jaune de citron chez le mâle, blanches chez la femelle, avec une large bordure noire semi-lunaire, occupant l’angle externe et se prolongeant en teint grisâtre le long du bord antérieur à la base des ailes; chez le mâle une autre raie de la même couleur le long du bord postérieur, accompagnée de couleur orange au bord même; ce teint orange, aussi quelquefois visible chez la femelle, mais toujours plus faible. Ailes postérieures blanches chez les deux sexes, tantôt avec une bordure externe noire, dentelée au côté interne des ailes, tantôt avec deux, trois ou quatre lignes noirâtres, corres- pondantes aux rameaux marginaux externes.
Les individus de Buénos-Ayres sont un peu plus pâles de couleur noire et ont très-généralement des lignes marginales sur les ailes postérieures; ceux du Brésil ont une bordure complète au lieu des lignes. Aussi la bande longitudinale
GENRE COLIAS 95
des ailes supérieures du mâle est souvent très-faible, de cou- leur grisàtre.
Dessous des aïles jaune-pâle cette couleur plus forte sur la pointe et le bord externe des antérieures, les deux ailes par- semées de petits points noirs, quelquefois unis à deux bandes faibles grisâtres, et deux points un peu plus grands sur la ner- vure recurrente des deux aïles, dont ceux des antérieures sont plus faibles. Pattes blanches.
6. Genre Colins, Fapr.
Izuic. Magaz. d. Insect. VI. 284.
La tête et le corps de ce genre sont de la conficuration, du suivant, sauf les antennes et les palpes. Celles-là forment une massue un peu plus grosse, quoique tronquée aussi au bout, et ceux-ci sont couverts de poils plus longs à la pointe et même sur la surface supérieure entre les écailles. Aussi le front et le sommet de la tête portent des poils. Les ailes sont relativement plus petites et les antérieures moins larges, mais la distribution des nervures est la même. Les mâles de quel- ques espèces ont aussi une tache glanduleuse à la base des deux ailes, de la même manière que dans le genre suivant. Le caractère principal du genre les ongles des tarses le don- nent, lesquels sont plus grands et plus allongés que chez les autres genres, aussi libres à leur base, sans plantule et sans paronyches. La fissure à la pointe de l’ongle est inégale, et la pointe supérieure beaucoup plus longue que l’inférieure, très courte et faiblement indiquée. |
Les chenilles ressemblent à celles des autres genres ; les chrysalides sont moins épaisses et carénées sur le dos.
Les espèces du genre sont généralement d’une couleur d’o- range en dessus, avec une bordure noire externe et une tache petite argentée, au centre de la surface inférieure; elles pré- fèrent la zone tempérée à la tropicale et se répandent jusqu’à la polaire. Toutes sont d’une taille moyenne, inférieure à celle des genres Pieris et Callidryas.
Nous avons une seule espèce dans notre territoire.
Colias Lesbian, Fasr.
C. supra auroro-rubru, sublus flavescens, capile antennisque rubris:
96 LÉPIDOPTÈRES PIERIDES
subtus alis posticis quitta argentea, rufo-cincta. Exp. alar. 15-27 (4-5 cm.). Mas :